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Esprit - 8 - 10 - Mounier, Emmanuel - Certitude de Notre Jeunesse

Esprit - 8 - 10 - Mounier, Emmanuel - Certitude de Notre Jeunesse

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08/29/2014

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ESPRIT - Mai 1933 - Page 1 sur 7
CHRONIQUES
Destin
du
Spirituel
CERTITUDE
DE
NOTRE
JEUNESSE
pat~
Emmanuel MOUNIER
Remercions Garric d'avoir posé aussi nettement le problème :
<<
Si
la révolution ne se fait pas, -
par
eux ou sanseux, il n'importe, -si elle ne vient pas, qu'auront-ils faitde leur vie
?
»
1
Un mois après, François Mauriac, préferantla correction
à
l'exhortation, proposait
qu'on
donnât sur lesdoigts de ces petits jeunes gens déréglés et ingénus, le coup
de
baguette qui les empêchera de déchaîner les démons surla bourgeoisie de province et
la
majuscule
du
mot Patrie
2
Garric, Mauriac, il n'est pas besoin de dire que nousconnaissons leur foi et leur bonne foi. A les voir adopter, dans ce refus de refuser le monde moderne, malgréla sévérité qu'ils lui montrent,
et
quoiqu'ils veuillent, leparti auxiliaire de ceux qui en profitent,
un
problème plusgrave se pose
qu'un
problème de sincérité. Essayons del'éclaircir.Bonne
ou
mauvaise, la révolution est établie en Russie,
en
Allemagne, en 1 alie ;
il
y
a
un
an, elle ne fut pas
loin
d'éclater en Belgique, en Suisse, en Espagne (la seconde);des dizaines de millions de chômeurs en alimentent chaquejour la promesse ; le colosse américain, pivot
du
régime,bascule
sur
ses bases. Entendre parler de la révolution, dansune pareille époque, où elle jaillit de toutes parts, comme
1.
La
Revue
des
Jeunes,
15
février
1933.
2.
Écho
de
Paris,
25
mars.
 
ESPRIT - Mai 1933 - Page 2 sur 7
DESTIN
DU
SPIRITUEL
229
d'une
mode de jeune;;se,
d'un
mot
dont
on discute s'il estgracieux ou disgracieux,
à
la mesure de nos collines françaises ou des usages de notre langue : on
<>e
demande quellescatastrophes doit exhiber l'histoire
pour
se rendre visibleaux hommes de chez nous.
Car
il ne s'agit pas
d'un
mot, ainsi
qu'on
essaye de la repandre. Les mots ne
sont
pas des mots
quand
ils soulèvent
tant
d'emotion.
«
Ce
mot revolution, dont ils
ont
plein labouche
))
1:
sentez cet agacement revelateur
d'un
débatrefoule,
d'une
dissociation naissante,
d'un
honte insensible.
Le
mot les blesse, ils
ne
savent où. Ils essayent de chasserla gêne par des paroles précipitées, indignes d'eux.Lieu commun, nous dit-on, qui traîne aujourd'hui danstoutes les revues, dans tous les partis, qui
n'a
même plusl'avantage
de
la nouveauté. Avons-nous jamais cherché lanouveauté?
Quand
nous l'avons adopté, ce mot,
il
y a
un
an, ce
fut
contre nos résistances
et
perpétuellement contre notretranquillité. Aucune mode, aucun entraînement ne nous ypoussait. Les parasites mondains
de
la naissance des idéesne l'avaient pas encore découvert en ouvrant
un
matin la
Nouvelle Revue française,
et
nous avons souvenir de toutesles précautions
dont
il fallait l'habiller
pour
le grand public,afin de lever au moins le préjugé défavorable. Nous l'avonsadopté avec gravité. Nous nous y sommes engagés, avecnos vies, avec notre âme : non
pour
le mot,
-qu'il
ailleaux orties, si l'on en
tient un
autre
e:.l
réserve qui ne soit nicharabia, ni évasion, -mais
pour
la prière humaine
qu'il
porte. Il faut nous excuser, nous ne pouvons pas, nous, levoir
du
dehors, le discuter en linguistes ou en littérateurs,
à
travers les ombres mouvantes de la mode. Les modes passent,s'éloignent, repassent
sur
les biens qui
no~s
sont les pluschers : allons-nous nous soucier de leurs jeux ? Lieu com
mun
:
et
amour donc,
et
humanité ;
et
esprit,
pour
commencer ? et ordre,
M.
Mauriac,
et
charité, Garric ?
On
insiste :
<<
Il
y
a plus grave.
Le
mot est
impur
)),
Ilfaut s'entendre.
S'il
s'agit des impuretés de l'imagination, le mal
n'est
passérieux.
On
a peur
du
sang, des barricades : le sang,
il
y
adix manières de le faire
couler;
le régime l'anémie
chaque
jour dans des millions d'êtres,
à
travers des millions demisères,
et
quand
ille
verse, on sait
qu'il ne met
pas longtemps
l.
François Mauriac,
ÉchQ de
Paris
du
25
mars,
Annales
du l 0 mars.
 
ESPRIT - Mai 1933 - Page 3 sur 7
230
CHRONIQUE
à réaliser l'internationale de la mort, la seule qui, jusqu'ici,ait encore établi l'unanimicontrainte des nations ; lesbarricades, quelques manœuvres et quelques revues militaires encore, et les promeneurs paisibles des rues et desidées ne mettront pas longtemps
à
comprendre
qu'il
n'y
aplus de révolution dans les rues
à
l'âge des tanks et desmitrailleuses.
S'il
s'agit des impuretés métaphysiques, nous nous sommesexpliqués
sur
elles \ et avons fait le partage
de
notre bien.
Tous
les mots sont impurs.
On
ne
va
pas à la bataille avecdes souliers vernis
et
des nœuds de cravate cartésiens.Mais je pense toujours à cet agacement.
Et
sous l'impureté
du
concept, dont quelques pages
ont
raison, je crains fort
qu'une
autre impureté ne soit ressentie. Révolution n'estpas
un
mot noble, ni rassurant : des mains sales, des bouchesamères, des hommes
qui
sont
un
reproche vivant
et
rude,voilà ses amis. Ces gens font peur.
Eh
bien, disons-le,
et
qu'on
ne voie ici nulle démagogie, mais
un
choix passionnéde notre cœur, si ce mot a raison, malgré tout,
pour
nous,contre ses impuretés, c'est
pour
ce long séjour
qu'il
a fait
du
côté l'on reçoit systématiquement les coups, ceux
du
sort, ceux
du
régime et ceux de la police,
du
côté où se maintiennent encore dans l'oppression, les instincts primairesde justice, disons-le
pour M.
Mauriac,
du
côté où la Croix estprésente quotidiennement dans la chair des hommes vivants .
Il s'agit bien de nos affaires personnelles.« Ingénieurs sanstravail, diplômés sans issue, artistes mourant de faim
)),
c'est
tout
ce
que
trouvent,
pour
expliquer
un
mouvementqui les déborde, des hommes qui ne voient une plare sociale
que
lorsqu'elle commence à ronger leur monde.
D'un
psychologue chrétien, on attendrait
pour
le
moins
qu'il
futchrétien et psychologue. Chrétien, qu'il ne portât pas
un
jugement sommaire
sur
des hommes
dont
il ne sait pass'ils n'auraient pas avantage,
pour
la plupart, à jouer le jeu
du
régime,
et
qu'il se rappelât
que
du
christianisme aussi
on
avait essad'expliquer
la
naissance
par
la misère deses premiers adeptes. Psychologue, qu'il devinât mieux
l'am-
pleur et les sources véritables
d'une
révolte
qui
sur
toute
1.
Esprit,
avril
33,
communication
à
l'Union
f'our
la
Vérité,

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