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ORIGÈNETRAITÉ DES PRINCIPESLIVRE IIPREMIER CYCLE DE TRAITÉS (I, 1 À II, 3)EXPOSÉS D'ENSEMBLE SUR LES TROIS ArchaiTroisième traité (II, 1-3) :“ Le monde et les créatures qui s'y trouvent ”Bien que tout ce dont nous avons parlé dans le livre précédentconcerne le monde et son ordonnance, il semble maintenant logique derevenir en particulier sur quelques points qui regardent le monde lui-même, son début et sa fin, ce qui se passe entre le début et la finsuivant les plans de la divine providence, ou ce qu'on peut concevoir avant le monde ou après le monde.La première chose qui apparaît avec évidence c'est qu'il est composé,dans sa variété et sa diversité, des natures raisonnables plus prochesdu divin et de différents corps, mais encore des animaux muets, bêtessauvages, bestiaux, oiseaux, de tout ce qui vit dans les eaux, ensuite dedivers lieux, le ciel ou les cieux, la terre, l'eau, et encore l'air qui estentre ciel et terre, ou ce qu'on appelle l'éther, enfin de tout ce qui procède et naît de la terre. Puisqu'il y a une telle variété dans le mondeet une telle diversité dans les êtres animés raisonnables eux-mêmes,qui semblent être le motif de toute la variété et la diversité qui existentchez les autres êtres, peut-on trouver une autre cause à l'existence dumonde, surtout si nous considérons la fin qui restaurera tout dans l'étatinitial, selon les discussions du livre précédent ? Si tout cela a été ditavec logique, peut-on trouver une autre cause que la diversité et lavariété des mouvements et des chutes de ceux qui tombèrent de l'unitéet de la concorde initiales, état primitif de leur création par Dieu ?Eloignés de cette situation de bonté par leurs troubles et leursdéchirements, par les agitations des divers mouvements et désirs deleurs intelligences, ils divisèrent cette bonté unique et indistincte de
 
leur nature dans les qualités diverses des intelligences par suite de ladiversité de leurs inclinations.Mais Dieu, avec l'art ineffable de sa sagesse, transforme et restauretoutes choses, de quelque façon qu'elles se produisent, pour l'utilité etle profit commun du tout : ces créatures elles-mêmes, si éloignées lesunes des autres par la diversité de leurs mentalités, il les ramène d'unecertaine fon à un unique accord, dans leur activiet leursintentions, pour consommer, malgré la diversité des mouvements desintelligences, l'accomplissement et la perfection d'un monde unique etdiriger la variété des intelligences elles-mêmes vers une seule fin parfaite. Il est en effet l'unique puissance qui embrasse et maintient enlui toute la diversité du monde, ramène à l'unité ses mouvementsvariés, pour empêcher que son ouvrage si immense, le monde, ne soit bripar les divisions des intelligences. Et c'est pourquoi nous pensons que Dieu, père de l'univers, pour sauver toutes ses créatures, par le moyen ineffable de sa Parole et Sagesse, a disposé chaque chosede telle manière qu'aucun esprit, intelligence, ou être rationnelsubsistant, de quelque manière qu'on l'appelle, ne soit contraint par force, malgré la liberté de sa volonté, à faire autre chose que ce que luicommande le mouvement de son intelligence, car autrement lui seraitenlevée, semble-t-il, la faculté du libre arbitre et la qualité de sa natureen serait tout à fait modifiée ; mais il a agencé les mouvements diversde leurs intentions avec à-propos et utilité pour assurer l'accord d'unmonde unique ; et c'est ainsi que parmi ces êtres raisonnables, les unsont besoin d'aide, les autres peuvent aider, d'autres encore soulèventdevant ceux qui progressent des luttes et des combats pour éprouver davantage leur diligence, pour rendre plus stable après la victoire l'étatde la dignité qu'ils ont récupéré, affermi par leurs difficultés et leurs peines.Bien que l'état de l'univers soit composé de fonctions diverses, il nefaut cependant pas comprendre qu'il serait en saccord et endésharmonie avec lui-même ; mais comme notre corps formé demembres nombreux est un et maintenu par une âme unique, de mêmeà mon avis il faut concevoir l'univers comme un animal immense eténorme, gouverné par la Puissance et Raison de Dieu comme par uneâme unique. Cela est indiqué, je pense, par la sainte Écriture quandelle dit par le prophète : Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre,dit le Seigneur, De même : Le ciel est mon trône et la terre l'escabeau
 
de mes pieds. Et ces paroles du Sauveur lorsqu'il défend de jurer, ni par le ciel, parce qu'il est le trône de Dieu, ni par la terre, parce qu'elleest l'escabeau de ses pieds. Pareillement celles de Paul, prêchantdevant les Athéniens : En lui nous vivons, nous nous mouvons et noussommes. Comment comprendre qu'en Dieu nous vivons, nous nousmouvons et nous sommes, si ce n'est qu'il enserre et maintient lemonde par sa puissance ? Comment comprendre que le ciel soit letrône de Dieu et la terre l'escabeau de ses pieds, comme l'affirme leSauveur lui-même, si ce n'est que dans le ciel et sur la terre sa puissance remplit l'univers selon ses paroles : Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre, dit le Seigneur.Dieu, le père de l'univers, remplit donc et maintient l'univers par la plénitude de sa puissance : je ne pense pas que quelqu'un fasse desdifficultés à l'accepter à partir des textes que nous avons invoqués.Mais puisque la discussion précédente a montré que les mouvementsdivers et les opinions variées des créatures raisonnables ont été causede la diversité du monde, il faut voir s'il ne convient pas aussid'attribuer à ce monde-ci une fin semblable au commencement. Il n'est pas douteux en effet qu'il trouvera encore sa fin dans une grandediversité et variété et que cette variété, surprise en cet état par la fin dece monde-ci, sera la cause et l'occasion des diversités quicaractériseront l'autre monde qui viendra après celui-ci, la fin de cemonde-ci étant le début du monde futur.Si le cours de cette discussion est parvenu à ces découvertes, la suitedes idées demande, puisque la diversité du monde ne peut subsister sans les corps, que nous discutions ce qu'est la nature corporelle. Laréalité elle-même montre que la nature corporelle subit deschangements divers et variés pour pouvoir être transformée de tout entout : ainsi par exemple le bois est changé en feu, le feu en fumée et lafumée en air ; de même l'huile, un liquide, est transformée en feu. Netrouve-t-on pas la même cause de changement dans les nourritureselles-mêmes, des hommes ou des animaux ? Car ce que nous prenonscomme aliment, quoi que ce soit, se change en la substance de notrecorps. Bien qu'il ne soit pas difficile d'exposer comment l'eau sechange en terre ou en air, l'air en feu et le feu en air, ou l'air en eau, ilsuffit cependant pour le présent de mentionner seulement cela si onveut discuter la nature de la matière corporelle. Nous entendons par matière le substrat des corps, c'est-à-dire ce par quoi les corps
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