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G A L E R I E S O L L E R T I S
Madeleine Berkhemer /Christian LouboutinPerformance
Vendredi 30 janvier 2009 à 18h30Centre d'initiatives Artistiques du Mirail (CIAM)La Fabrique Culturelle / Université du Mirail 25 Allée Antonio Machado 31300 Toulouse
 Paradoxe sulfureux s'érigeant à la verticale de l'asphalte, oxymore parfait de la grammaire érotique, à la foisemblème de pouvoir et instrument de torture sophistiqué, le talon aiguille atomise à toute heure du jour et de lanuit la réalité même du principe de gravité et de toute notion de la chaussure envisagée comme l'accessoirepragmatique et fonctionnel d'une démarche souple et honnête. Un attentat permanent à l'équilibre et à la pudeur,techniquement inspiré de l'ingénierie aéronautique. Ce minuscule et vertigineux écrin à fantasmes, fascinantsupport de toutes les fictions érotiques, réalise le point de fusion et de rupture du corps public et du corpsintime, dans la nonchalante subversion, la vulnérabilité feinte et la fatale fragilité d'une femme qui provoque etchaloupe, toute en creux et courbes sublimées, capable de mettre le monde à ses pieds par le seul pouvoid'une cambrure de reins exacerbée. La simplicité du conte et la complexité du songe sont perceptibles à l'oeil nu: la femme qui s'avance en ondulant dangereusement, chasse, et ses escarpins sont faits pour danser avec lediable.L'un des suppôts du diable s'appelle Christian Louboutin, et son nom suffit à faire se damner des pléthoresd'amazones urbaines, extatiques face à ses créations ensorcelantes et additives, alchimie mystérieuse devirtuosité mathématique et de matières rares et précieuses mise au service d'un onirisme sans limites, peuplé deCendrillons éblouies par les néons de Pigalle et de banquières lascives alanguies dans des boudoirs. On raconteque le styliste mondialement célèbre fut un garçon subjugué par l'icône d'un escarpin barré d'un trait rougesignifiant l'interdiction du port de talons hauts dans les musées, au point d'en reproduire l'image à l'infini sur sescahiers d'écoliers et de métamorphoser l'obsession en sacerdoce et en art. Les forfaits commis par Louboutinsont reconnaissables à leurs semelles écarlates, signature en forme d'éclair sanglant zébrant le regard desadmirateurs en une durable persistance rétinienne, allusion sans équivoque aux semelles de cuir gravé desprostituées de l'empire romain, qui imprimaient ainsi leurs noms sur le sable, en invitation à la débauche. Pour David Lynch, qui les a scénographiées et photographiées, le créateur a imaginé cinq chaussures, semblables àdes visions hallucinées de fétichistes -d'altocalciphistes pour être exact-dont une étrange, inquiétante etcaptivante paire d'escarpins siamois au talon unique soudant les pieds... Au stade ultime des talons aiguilles, iln'y a plus que le plaisir, et la possibilité de distiller une dramaturgie singulière de la séduction, façonnée sur mesure par celle qui les porte et qui raconte.Aussi, la collaboration de Christian Louboutin avec Madeleine Berkhemer s'impose avec la scandaleuse limpiditédes évidences.La jeune artiste néerlandaise modèle en effet son propre univers sensuel pop-trash, à la façon d'un bréviaire chicet d'un bestiaire choc, affûtant les codes du désir et les clichés masculins - notamment ceux du rétifisme,fétichisme du pied et de la jambe -, à la mesure de sa propre sensibilité, dévastant au gré de ses obsessions lesstéréotypes de la séduction : blondeur, chaussures, voitures de luxe, satin, latex. Artiste polymorphe, MadeleineBerkhemer investit selon ses nécessités la photographie, le dessin, la sculpture, l'installation et la performance, etre-crée une iconographie de l'érotique dont elle est le corps unique, démultiplié, morcelé, fragmenté, matériau detoutes les transformations et lieu de tous les passages. Elle le tronque ainsi, pour n'en conserver que le compasexplicite des jambes, qu'elle décline en mille versions tour à tour obscènes, ludiques, émouvantes, organiques,expérimentant les matières et interrogeant les formes de la représentation du trivial nylon des collants commeseconde peau omniprésente et envahissante à la délicatesse obsolète du marbre blanc. Elle crée deshétéronymes aux biographies bien distinctes et abouties, comme autant d'émanations de femmes possibles etrêvées, Milly, Molly, Mandy, mises en corps, en images et en scène par ses soins. Madeleine Berkhemer s'infiltreà la façon d'un poison suave, disséquant langoureusement les mécanismes d'un imaginaire collectif où il estquestion de la chair, corrompue, consumée, consommée et de la frontière ténue qui sépare le désir du dégoût,l'appétence de l'écœurement.Quand celle qui épuise la banale crudité des clichés pour les muter en œuvres d'art rencontre celui qui dessinedes souliers à l'indécente beauté pour "déshabiller" les femmes, c'est à retrousser la peau d'un mythe qu'elle leconvie, celui du talon haut, peut-être né aux pieds des bouchers de Carthage, qui les enfilait pour s'élever au-Galerie Sollertis 12 rue des Régans F 31000 ToulouseTél : 33 (0)5 61554332 Fax : 33 (0) 826 698 154 email : sollertis@sollertis.com
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