Un nouveau métier ?Bâtisseurs d’alliances. La pratique.Jean-Pierre Guth, Editions d’Organisation, 1998, 438 p.Critique d'ouvrage parue dans la Revue Française de Gestion, n° 124, 1999La presse économique annonce chaque jour, ou presque, les fiançailles (accords inter-entreprises) et l’union (fusion-absorption) d’entreprises. On connaît aujourd’hui, avec une assezgrande précision, la morphologie de ces rapprochements grâce à des recensements réguliers
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. On saitaussi quels peuvent être leurs motifs
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, même s’il n’est pas toujours possible de préciser avec certitudelesquels se rattachent à une opération donnée, sachant que les partenaires peuvent avoir des « agendascachés ». Quoi qu’il en soit, les alliances sont en général annoncées par leurs initiateurs comme la cléde la compétitivité des entreprises qu’elles concernent. Pourtant, force est de constater que les histoiresde rapprochement « finissent mal en général »
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: près de trois fusions sur cinq ne créent pas de valeur pour l’actionnaire (enquête AT Kearney, citée par le Monde du 22/1/1999), deux tiers des accordsrencontreraient d’importantes difficultés managériales ou financières
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et moins de la moitié d’entreeux ne satisferaient à l’ensemble des partenaires
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. Fatalité ou défaut de compétences des managers ?L’ouvrage de Jean Pierre Guth nous suggère de retenir la seconde hypothèse : opérer unrapprochement est une « facette du métier des cadres supérieurs... nouvelle pour beaucoup d’entre euxet souvent les méthodes leur manquent... » (p. 20). Bref, bâtir des alliances (entendues ici comme lesaccords et les fusions-absorptions) constitue un nouveau métier. Et c’est l’objet de l’ouvrage que d’en proposer les démarches fondatrices.Son originalité procède précisément de cette incursion dans la sphère des techniques etméthodes, sans qu’il soit pour autant fait abstraction de l’importance qu’il y a à ce qu’unrapprochement s’inscrive dans une vision stratégique claire (chapitre 1). Sont ainsi abordés, outre ladémarche de sélection d’un partenaire (chapitre 2), des aspects par ailleurs souvent négligés tels que lanégociation d’une alliance (chapitre 3), la préparation de son lancement (chapitre 4), l’union deshommes (chapitre 6), la réorganisation des activités des partenaires (chapitre 7), l’harmonisation deleurs processus et systèmes d’information (chapitre 8) ou encore le pilotage de l’alliance dont lagestion d’un éventuel divorce (chapitre 12). Le zoom qui est effectué sur les alliances commerciales ettechnologiques (chapitres 9 à 11) constitue également un point fort du livre. Encore une fois, il esttraité de dimensions qui sont souvent éludées dans les ouvrages généraux sur les rapprochements: lechoix d’une formule juridique, l’évaluation d’une technologie et d’un savoir-faire, la déterminationdes types de rétribution et modalités de paiement des partenaires ou encore le partage des tâches du projet commun. Il ressort de l’exposé que les compétences à mobiliser embrassent toutes les fonctionsde l’entreprise. A l’actif de l’ouvrage, on peut également citer les ponts établis entrel’intraorganisationnel et l’interorganisationnel : une association peut non seulement être conditionnée par la présence d’hommes « socialisés » (imprégnés par la culture de leur organisation) et l’existencedans l’entreprise d’un service d’intelligence industrielle, mais aussi requérir une clarification desstructures et des procédures ainsi que la protection et/ou l’isolement préalable de savoir-faire. Unentretien récent que l’on a eu avec responsable du suivi des alliances d’un grand groupe automobilecorrobore l’importance de cette dimension: il était d’avis que les difficultés rencontrées dans lescoopérations sont souvent dues à des problèmes de coordination interne plutôt qu’externe. En ce sens,l’opération conjointe apparaît comme un révélateur inexorable. Plus spécifiquement, l’ouvrage estémaillé de remarques bienséantes. Il y a par exemple celle stipulant que la répartition du pouvoir ne
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On peut consulter notamment les chroniques de Robert Paturel dans la Revue d’Economie Industrielle.
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Blanchot F. (1997),
Modélisation du choix d’un partenariat,
Revue Française de Gestion
, n° 114, pp. 68-82
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Paraphrase d’un titre fameux du journal Le Monde du 22 janvier 1999
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Bleeke, J. and Ernst, D. (1991), The Way to Win in Cross-Border Alliances,
Harvard Business Review
, Vol.69, n° 6, pp. 127-135
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Harrigan, K. R. (1988), Strategic Alliances and Partner Asymmetries,
Management International Review,
Special Issue, pp. 53-72
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