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Coopétition et alliances en R&D
Article paru dans la Revue française de gestion, 2007/7 - n° 176, pp.163-181
Fabien Blanchot
CREPA-DRM - Université Paris DauphinePlace du Maréchal de Lattre de Tassigny75 775 Paris cedex 16fabien.blanchot@dauphine.fr 
François Fort
IMRI – Université Paris Dauphine & ERFI Université Montpellier Ifort.francois@wanadoo.fr 
Résumé
Cet article s’intéresse à la signification de la coopétition et à sa morphologie dans les accordsen R&D. Une grille de lecture originale est proposée et utilisée pour rendre compte descomportements coopétitifs dans six consortia en R&D subventionnés par la CommissionEuropéenne. Il ressort de cette recherche exploratoire que les comportements compétitifs,dans l’action collective en R&D aidée, portent sur des objets spécifiques, prennent desformes à la fois singulières et faibles et ont une dynamique qui varie notamment en fonctiondu type de consortium
 
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Coopétition et alliances en R&DLe cas de consortia de recherche du PCRD
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européen
Les alliances constituent un levier incontournable de la compétitivité, du développementet/ou de la survie des organisations tout en étant des opérations risquées. Les risques dont ilest question ne sont pas uniquement ceux associés au projet porté mais aussi ceux liés à lanature spécifique de la relation créée. En effet, les alliances unissent des organisations quidemeurent juridiquement indépendantes et continuent de poursuivre, en général, des objectifsqui leur sont propres, dans le cadre et/ou en dehors de l’accord conclu. Dès lors, il peut se produire à tout moment une tension entre les intérêts de chacune et ceux de la coalitionconstituée. Il peut en résulter des comportements nuisibles au projet commun mais aussi àl’un ou plusieurs des partenaires. Dans la littérature en sciences de gestion, le concept de« coopétition » semble bien refléter cette dualité entre intérêts particuliers et collectifs, ce quiexplique sans doute le succès qu’il ait rencontré. Son apparente simplicité (la conjonctionentre les concepts de coopération et de compétition) masque une ambiguïté qui est passéesous silence. Ne pas la lever peut conduire à des erreurs de raisonnement et des contresenslorsqu’il s’agit de chercher à rendre compte du fonctionnement réel des alliances. C’est cequ’on montre dans un premier temps, et ce qui nous conduit à proposer une grille de lecturenouvelle. Fort d’une catégorie plus précise des comportements possibles au sein d’unealliance, on étudie, de façon exploratoire, la coopétition au sein de six consortia en R&Danalysés dans le cadre d’une recherche réalisée pour le compte de la CommissionEuropéenne.
1. Sens et fondements de la « coopétition »
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Programme Cadre de Recherche et Développement
 
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1.1. Les concepts sous-jacents
La paternité du concept est attribuée à Ray Noorda
, fondateur de la société Novell, maissa popularité est associée aux travaux de Nalebuff et Brandenburger (1996). Pour Noorda, lacoopétition signifie que «
You have to compete and cooperate at the same time
». Dans lalittérature sur les alliances, le néologisme peut paraître aussi banal qu’innovant. Il est banal sil’on reconnaît que la plupart des entreprises qui coopèrent le font dans un esprit decompétition, la coopération pouvant constituer un moyen au service d’un projet compétitif.Suivant cette perspective, la coopétition est une évidence et l’innovation n’est quesémantique. Le concept n’est plus « creux » et devient une innovation conceptuellestimulante dès lors qu’on considère que l’oxymore met au défi le principe aristotélicien denon-contradiction (A n’est pas non-A). Ces positionnements extrêmes reflètent en fait desconceptions différenciées et étroites du concept de coopération, qui gagnent à être combinées.
La coopération peut faire référence à un engagement dans l’action collective ou dans lagestion d’une situation d’interdépendance ex ante
horizontale (concurrents) ou verticale(fournisseurs, clients). Le terme est souvent utilisé en management international pour simplement faire référence à une alternative à la filiale 100% consistant à recourir à un partenaire et, plus généralement, à l’action autonome, à l’option de conduire seul, plutôt queconjointement, un projet, une activité, une opération. Le vocable est aussi utilisé en stratégie pour faire référence aux accords conclus en vue de réguler une relation concurrentielle(entente) ou verticale (partenariat). Coopérer signifie ici que les partenaires «
acceptent uncertain degré d’obligation - et, en conséquence, donnent un certain degré d’assurance – sur leur conduite future
» (Richardson, 1972, p. 886), étant entendu qu’il s’agit là d’unengagement dont le respect ne peut toutefois jamais être totalement garanti.
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