Il faut préciser que la distinction entre le dessingéométrique et le dessin figuratif, claire du pointde vue de l’expert, l’est beaucoup moins quandl’on se place du point de vue du dessinateur. Si,
a priori,
la figure est dépourvue de signification, ledessinateur peut toujours lui en attribuer une. Ilpeut, par exemple, considérer la figure de Rey Acomme un dessin figuratif en l’assimilant à unmoulin ou à une église. Dans ce cas, le dessin dela figure est souvent «redressé».
B. Dessin figuratif et ses interprétations multiples
Le dessin figuratif peut renvoyer à un objet uni-que ou à une composition d’ensemble. Le per-sonnage ou le bonhomme (Goodenough, 1926;Machover, 1949), la maison (Miljkovitch, 1985;Royer, 1989; Barrouillet, Fayol & Chevrot, 1994),l’arbre (Koch, 1949; Stora, 1978; Fernandez,2005), la famille (Corman, 1961), le paysage (LeMen, 1966) sont des thèmes de dessin étudiésdepuis longtemps. Aux Etats-Unis, Buck (1948)a proposé un test qui regroupe ces trois dessins(The House, Tree, Person test).On considère généralement que certains dessinsinduisent des réponses chargées émotionnelle-ment alors que d’autres sollicitent essentiellementl’intelligence du sujet. Le test de l’arbre et celui dela famille sont clairement indexés comme destests projectifs. Le dessin est alors considérécomme le support de la projection des aspectsprofonds de la personnalité du dessinateur et cha-que détail (la mise en page, les formes, les oublis,les proportions, les couleurs, etc.) est censé por-ter la marque de l’état émotionnel du dessinateur.Par exemple, le dessin de la famille permet defaire émerger des conflits du petit dessinateuravec sa fratrie ou avec ses parents.Le dessin du bonhomme ou celui de la maisonpeuvent être considérés comme des tests projec-tifs ou comme des épreuves de développementcognitif. Comme on le voit dans l’encadréNuméro2, Goodenough (1926) considère le des-sin du bonhomme comme un test de développe-ment de l’intelligence. De son côté, Machover(1949) considère que ce dessin même dessin estle produit de la projection de soi et interprète ence sens tous les aspects du dessin (taille, omis-sion, exagération, posture, etc.).La maison est aussi un thème sensible, investiaffectivement, qui habite notre conscience etnotre inconscient. Elle est intimité familiale,sécurité, refuge. E.T. dans le film de StevenSpielberg (1982), perdu à plus de trois millionsd’années-lumière de sa planète, désignant le cielavec son immense doigt, prononce le mot «mai-son». Mais le dessin de la maison est aussi lelieu de la géométrie et son évolution permet desuivre les premières tentatives du dessin en pers-pective. Ainsi, Royer (1989) utilise le dessin dela maison comme épreuve de diagnostic de lapersonnalité de l’enfant, alors que Barrouillet,Fayol et Chevrot (1994) proposent une échellede développement. Le Men (1966), dans sonanalyse du paysage imaginaire composé de dixéléments, conçoit l’espace comme une entitécomplexe qui intègre des aspects moteurs, cog-nitifs, culturels et affectifs. Il distingue notam-ment l’espace affectif et sociodramatique del’espace géométrique et intellectuel.Cette brève présentation montre que tout dessin,du simple gribouillage à la production – figurativeou non – la plus sophistiquée, peut être regardé àtravers des grilles conceptuelles relevant de champsthéoriques différents.
III. Des idées reçues
Nous discutons ici certaines «idées reçues» surle dessin, et proposons une mise en garde contreces idées qui peuvent nuire à l’usage raisonné dudessin dans la pratique psychologique.
Développements
/ juin 201147
Le dession de l’enfant et son usage dans la pratique psychologique
Figure 1:
Figure complexe (A) et figure simple (B) de Rey (1959).