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David CAPES
Pourquoi et comment connaître ensemble ?
Quelles valeurs heuristique, méthodologique et organisationnelle descommunautés scientifiques multidisciplinaires peuvent-elles trouver dans laparticipation à une épistémologie social-pragmatiste appliquée aux situations degestion environnementale ?
Dans la deuxième édition corrigée, parue en avril 1999, de son ouvrage Lesépistémologies constructivistes,
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Jean-Louis Le Moigne insiste sur le fait que lessciences portant sur des objets complexes sont “rarement soucieuses de justifier leur statut épistémologique, et en appellent volontiers à la modélisation systémique qu’elles prétendent mettre en œuvre pour justifier pragmatiquement de la scientificité desénoncés enseignables qu’elles produisent”
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. Sollicitant parmi d’autres, la théorie de“l’action intelligente”
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de John Dewey [1859-1952], il montre : pourquoi ces sciencesdevraient, et indique comment, dans une certaine mesure, elles pourraient : “assurer lestatut et l’organisation épistémologique des connaissances qu’elles produisent.”
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 S’éloignant de la conception traditionnelle de l’épistémologie comme étude a posteriorides sciences,
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on peut prolonger l’approche de John Dewey, inscrite dans la lignée du pragmaticisme de Peirce et du pragmatisme de William James, pour proposer uneépistémologie appliquée, entendue comme une réflexion associée à la production deconnaissances, réflexion qui vise à formaliser et contrôler les conditions qui permettentd’obtenir une “assertibilité garantie”
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par application d’une méthode scientifique.Une telle épistémologie qui prolonge la démarche philosophique de John Deweydevrait plutôt être qualifiée de social-pragmatiste. Au risque de se confronter au principe selon lequel la pratique philosophique est d’autant plus spécifiquement philosophique (tout autre pensée riquant de ne pas « mériter » d’être qualifiée de philosophique) qu’elle se préserve des injonctions qui s’imposent aux acteurs sociauxd’une époque donnée, l’épistémologie est envisagée comme « une analyse du processusde connaissance » dont la valeur peut être déterminée de façon intégrée à la pratiquescientifique, pratique scientifique elle-même intégrée à un contexte social et historique.
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 Dans son ouvrage Logique, la théorie de l’enquête
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John Dewey définit troisconditions logiques qui accompagnent la méthode scientifique : “(a) le statut desconceptions théoriques comme hypothèses qui (b) ont une fonction dans le contrôle del’observation et de la transformation pratique ultime des phénomènes antécédents, et qui(c) sont éprouvées et continuellement révisées à partir des conséquences qu’elles produisent dans l’application existentielle” (op. cit. p 609). Nous appuyant sur de telles approches, nous avons expérimenté durant plus de 10ans dans un contexte d’exercice professionnel, en qualité de consultant-formateur unensemble de conceptions opératoires de l’ingénierie de communication appliquée à desactions que l’on peut désigner comme relevant de la planification participative dedéveloppement : professionnel, organisationnel, territorial. Ces conceptions setraduisent par des modalités de gestion d’interactions produisant des représentationsutiles pour guider l’action :
 
- pour assurer une valorisation de ressources humaines dans un contexte de recherched’emploi ou en situation d’activité professionnelle personnelle,- pour établir ou redéfinir des modes d’organisation d’activité d’entreprises oud’organismes,- pour améliorer les activités économiques, sociales et les conditions d’existence sur un territoire donné.Ce faisant, nous avons suivi la proposition de Gérard Deledalle qui écrit dans sonintroduction à la Logique de Dewey : “Il (John Dewey) offre une hypothèse. Ilappartiendra aux chercheurs - à tous les chercheurs et pas seulement aux logiciens - auxchercheurs engagés dans l’enquête anthropologique surtout, de l’expérimenter.”
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 Dans le sixième chapitre du livre édité sous sa direction : Enquêtes de gestion, à larecherche du signe dans l’entreprise,
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Philippe Lorino expérimente la pertinence de lathéorie de l’enquête selon John Dewey pour l’analyse des obstacles à l’apprentissageorganisationnel. Il montre comment la théorie appliquée de l’enquête proposée par Dewey permet de cerner les difficultés rencontrées lorsque l’on souhaite évaluer et faireévoluer : les systèmes de gestion et de contrôle de leurs résultats.
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Nous pensons – dansune autre perspective - que dans le cadre de projets de recherche multidisciplinairesvisant à associer aux travaux des personnes concernées par les résultats de la recherche,(spécialement dans la cadres des recherches environnementales portant sur des zonesateliers telles que le CNRS les définit dans les programmes xxx ), il est pertinent dechercher 
 
des voies de collaborations entre scientifiques de la nature et philosophes quitestent la valeur d’une épistémologie appliquée social-pragmatiste. (ces « philosophes » peuvent être appelés : sociologues, psychosociologues, anthropologues, le titre importemoins que l’ambition de penser ensemble et de « faire penser » selon l’expression deMontesquieu).Quelles sont les valeurs heuristique, méthodologique et organisationnelle que peuventtrouver les communautés scientifiques multidisciplinaires dans la participation à uneépistémologie social-pragmatiste appliquée ?Le projet de connaissance multi-disciplinaire d’une « zone-atelier », qui peut être définitcomme une « intervention-recherche », cherche à atteindre deux objectifs :- fournir aux savants des opportunités d’organiser des expérimentations utiles pour l’évolution des savoirs dans leurs disciplines ou champs interdisciplinaires,- établir avec les citoyens et les élus locaux, avec les acteurs économiques etadministratifs concernés par un territoire un contrat de participation à un projet deconnaissance qui aura une valeur d’aide à la décision, voire d’innovation dans larésolution des problématiques vécues sur le territoire.Cette « intervention-recherche » s’effectue dans le contexte d’une certaine “matrice bio- physique et socio-culturelle”
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, qui déterminent : 1/ des modalités d’appropriation possible des résultats de la recherche, 2/ des formes d’interactions qui permettent de produire ces résultats, 3/ des conséquences possibles d’actions découlant des résultatsde la recherche, ou encore, 4/ des appréciations de la valeur de ces conséquences, etc.
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 Une réflexion épistémologique social-pragmatiste intégrée à ces travaux permetd’aider à définir les modalités de production de savoirs “actionnables”
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tout en
 
questionnant les fondement épistémologiques historiquement contextualisés de cesconnaissances.
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Le point de départ de cet effort de réflexion doit être la reconnaissanceintersubjective de situations problématiques imposant une réflexion agissante, etorientant vers la définition d’expériences, de recherches, et d’actions.Ces procès peuvent être ainsi étudiés selon les critères d’une évaluation :- épistémique
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et pragmatique (quelles sont les garanties de scientificité apportées par les modalités de coproduction, de mise en forme et de diffusion d’informations ?quelles sont les arrière-plans à partir desquels ces informations peuvent prétendrereprésenter une “réalité”?),- pragmatique et pédagogique (quelles sont les conséquences concrètes probables ouconstatables de l’appropriation et de l’utilisation de ces informations par les récepteursvisés par la communication des résultats de l’intervention ?),- éthique et axiologique (quels sont les buts d’intérêt public visés et les valeurshumaines servies par la production et la diffusion des informations ?). Nous pensons qu’il est opportun et possible que cette évaluation se réalise dans lecontexte même de la conception et de la mise en œuvre de projets de recherchemultidisciplinaire et appliquée. Dans la perspective des problématiques actuelles, uneapproche social-pragmatiste peut-être rapprochée des objectifs de “valorisation desressources humaines ou environnementales”, que l’on peut définir commel’investissement de moyens et/ou de ressources naturelles (plus ou moins artificialisées),qui, en retour, d’une part permettent d’améliorer les conditions de vie de citoyens-contribuables
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et/ou de clients-consommateurs
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, et d’autre part génèrent en retour desmoyens nouveaux de transformation de ressources qui puissent être mobilisés par lesagents de transformation. Ces cycles de transformation doivent être « contrôlésdémocratiquement »
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(à l’échelle internationale et locale) de manière à garantir les possibilités de renouvellement des ressources et la valorisation optimale de leur  potentiel. Le livre de José A Prades, R Tessier et J-G Vaillancourt Environnement etdéveloppement. Questions éthiques et problèmes socio-économiques
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précise lestenants et aboutissants et justifie la pertinence d’une telle définition, y compris du pointde vue de l’analyse économique.Laissant pour un instant les références à John Dewey, nous devons mentionner quele projet de philosophie pragmatique d’Emmanuel Kant [1724-1804] préfigure uneépistémologie appliquée social-pragmatiste. Spécialement, dans L’anthropologie du point de vue pragmatique
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Kant expose :- le fait que : “La connaissance physiologique de l’homme vise l’exploration de ceque la
nature
fait de l’homme
 ,
la connaissance pragmatique celle de ce que l’homme,comme être agissant par liberté, fait ou peut et doit faire de lui-même”
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(ibid, p41) ;- le principe selon lequel : “Le contentement est le sentiment que quelque chosefavorise le déploiement de la vie”
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(Ibid, p 189) mais pour un être humain “lasatisfaction n’est jamais pure et complète” (Ibid, p 193)- la nécessité d’établir cette réflexion dans une perspective socio-politique : “Unetelle anthropologie (…) ne sera proprement pragmatique que si elle contient uneconnaissance de l’homme qu’en tant que
citoyen du monde
” (Ibid, p 42), ce qui supposeque l’on cherche à connaître et construire l’espèce humaine comme “une espèce d’êtresraisonnables s’efforçant de s’élever du mal vers le bien à la faveur d’une constante
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