partir du
XVII
e
siècle qu’elle est décrite en tant que maladieépidémique distincte (registre de décès à Londres 1629, JohnHall à Boston 1657). En 1675, Sydenham la distingue de lascarlatine. Il est cependant vraisemblable qu’au cours de laconquête du Nouveau Monde par les Européens la rougeole futl’un des germes nouveaux à l’origine des épidémies qui ontanéanti les Amérindiens. Au
XVIII
e
siècle, la transmission de lamaladie est démontrée expérimentalement par Howe lors detentatives de vaccination par scarification. Ce mode de trans-mission avait été considéré comme effet indésirable de lavaccination jennérienne, si le donneur est aussi atteint derougeole. L’entité clinique et le caractère épidémique sont bienprécisés au
XIX
e
siècle : en France par Trousseau, Rilliet etBarthez, et au Danemark par Panum (1846) lors d’épidémies aux îles Féroé. La preuve de la transmission par un agent filtrant estapportée en 1911 par Goldberger et Andersen par injection àdes singes d’un filtrat provenant de malades atteints de rou-geole. La culture du virus, d’abord effectuée par Plotz (1938) etRake (1940), est obtenue par Enders et Peebles en 1954 surcultures cellulaires, permettant la mise en évidence du virus.
Classification, structure et multiplication
Le virus appartient, à l’intérieur de la famille des
Paramyxovi-ridae
, sous-famille des
Paramyxovirinae
, au genre
Morbillivirus
,dont il est le seul pathogène pour l’homme. Ce genre inclutaussi de nombreux virus pathogènes pour les animaux domes-tiques dont le virus de la maladie de Carré du chien et le virusde la peste des petits ruminants. On observe depuis unequinzaine d’années une radiation évolutive qui conduit àl’émergence épidémique de nouveaux
Morbillivirus
dans deshôtes inhabituels (dauphins, phoques, lions, chevaux, porcs,etc.)
[1]
. Le franchissement de la barrière d’espèce a été observéen Australie à partir d’un
Morbillivirus
équin conduisant à deuxcas humains mortels
[2]
. Plus généralement, la famille des
Paramyxoviridae
semble être une source potentielle d’émergencede nouveaux pathogènes sévères pour l’homme. L’épidémie devirus Nipah, faisant près de 300 cas humains et plus de100 morts à partir d’une épizootie porcine, en est une illustra-tion inquiétante
[3]
.Le virus de la rougeole est un virus enveloppé à ARN (acideribonucléique) dont la capside est hélicoïdale. Le virus poly-morphe a un diamètre qui varie entre 120 et 250 nm. L’ARNmonocaténaire négatif (antimessager) non segmenté de15,9 kilobases code pour six gènes. La nucléoprotéine NP est lecomposant majeur de la capside tubulaire. La grande protéineL
(large)
est l’ARN polymérase, elle constitue le complexe detranscription avec la protéine régulatrice P (phosphoprotéine).L’enveloppe virale lipoprotéique est tapissée sur sa face internepar la protéine de matrice M, importante pour la maturation duvirus. Des spicules hérissent la face externe de l’enveloppe, ellescorrespondent à la protéine H (hémagglutinine) qui reconnaîtles récepteurs des cellules cibles, et à la protéine F responsablede la fusion de l’enveloppe virale avec les membranes cellulai-res. Contrairement à d’autres
Paramyxovirus
ou au virus grippal,le virus de la rougeole n’a pas de protéine de surface ayant unefonction neuraminidase et n’utilise pas les récepteurs cellulairescontenant de l’acide neuraminique. Un premier récepteurcellulaire, le CD46, a été identifié
[4]
. C’est une protéinemembranaire appartenant à la superfamille des immunoglobu-lines et qui est retrouvée dans un grand nombre de typescellulaires. Elle fixe les composants du complément C3b et C4bet joue un rôle de cofacteur dans l’inactivation de ces deuxcomposants par protéolyse. La réplication du génome viral et lamaturation des virus a lieu dans le cytoplasmique de la celluleinfectée. La réplication met en œuvre les protéines L, NP et P.Deux protéines non structurales V et C (qui ne sont pasprésentes dans le virion) sont probablement requises dans larégulation de la polymérase. La matrice pour la réplication et latranscription n’est pas l’ARN viral mais le complexe ribonucléo-protéique. L’ARN génomique négatif dirige la synthèse des ARNmessagers (ARNm) viraux et d’antigénomes positifs. Les antigé-nomes servent à leur tour de matrice à la production denouveaux ARN génomiques qui sont incorporés dans les virionsnéoformés. Une dizaine d’activités enzymatiques cellulaires estégalement mobilisée au cours de la réplication du virus. Lapolymérase virale assure la transcription des ARN viraux enréinitialisant la transcription à chaque jonction intergènes, etproduit ainsi six ARN messagers codant chacun pour uneprotéine unique
[5]
. La maturation du virus de la rougeole est unphénomène complexe qui représente un exemple très significa-tif d’assemblage viral gouverné par les radeaux membranaires
(raft)
. Ces structures sont des microdomaines des membranescellulaires riches en glycosphingolipides et en cholestérol oùsont adressées séquentiellement les protéines virales structuralescomplexées avec l’ARN
[6]
. Les nouveaux virus assemblésbourgeonnent à la surface de la membrane cytoplasmique.
Propriétés antigéniques
Les anticorpsproduits après infection et dirigés contre lesprotéines du virus peuvent être mis en évidence par inhibitionde l’hémagglutination d’hématies de singe (anticorps spécifiquesde la protéine H), fixation du complément, immunoprécipita-tion, immunofluorescence, méthodes enzymatiques (Elisa) ouinhibition de l’effet cytopathogène (anticorps neutralisantsspécifiques des protéines H et F). Il existe un seul sérotype devirus de rougeole et l’infection confère une immunité durable.Le virus est stable malgré de légères variations antigéniquesmineures portant sur les épitopes des protéines H et M. Unevariation de la structure génétique et antigénique de la protéineH a été notée lors des récentes épidémies américaines. Desréactions croisées avec des
Morbillivirus
animaux (maladie deCarré du jeune chien et peste bovine), mais non avec d’autresmembres de la famille des
Paramyxoviridae
, sont dues à unecommunauté antigénique entre les protéines F et NP desdifférents virus.
Culture
Le virus de la rougeole peut se répliquer dans de nombreuseslignées cellulaires humaines et simiennes. Pour l’isolement, onutilise des cellules primaires de rein embryonnaire humain(HEK) ou de rein de singe ; la lignée lymphoblastoïde demarmouset B95 transformée par l’herpèsvirus d’Epstein-Barr esttrès sensible. Les lignées continues (Vero, Hela, Kb) sont utiliséespour l’entretien au laboratoire des souches adaptées. La crois-sance du virus est lente ; l’effet cytopathogène (ECP) n’apparaîtqu’après au moins une semaine, parfois après seulement un oudeux passages. Il est caractérisé par l’apparition de
syncytia
aveccellules géantes multinucléées ou de cellules effilées « enaiguilles ou en étoiles ». Il existe de volumineuses inclusionséosinophiles dans le cytoplasme et les noyaux des cellulesmultinucléées. En l’absence d’ECP, la présence du virus doit êtrerecherchée au 5
e
et 10
e
jour par immunofluorescence ou parhémadsorption d’hématies de singe.
■
Pouvoir pathogène expérimental
Seuls les singes et le rat du coton (
Sigmodon hispidus
) peuventêtre infectés par voie nasale. Les singes développent unemaladie bénigne, à l’exception du marmouset (petit singe del’Amazonie) qui peut développer une infection sévère. Les singespeuvent être contaminés au contact de l’homme. Des atteintesneurologiques (encéphalite à inclusions, encéphalite démyélini-sante avec autoanticorps) ont été obtenues par inoculationintracérébrale à des hamsters ou des rats. Les souches adaptéesen culture sont pathogènes pour la souris ou le hamster et trèsutilisées pour étudier la persistance virale et le neurotropisme.
■
Épidémiologie
Hormis la contagiosité et la transmission du virus aux sujetsnon immuns, les données épidémiologiques classiques sontmodifiées par la vaccination à des degrés divers dépendants dela couverture vaccinale, de sa stratégie et de sa continuité, ainsique des conditions socioéconomiques. Sont d’abord rappeléesles données classiques appartenant à un passé très récent, dontune partie reste d’actualité.
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Rougeole (I). Le virus. Aspects épidémiologiques et cliniques
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Maladies infectieuses
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