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Essai
Cet essai a comme prétexte un projet d’extension de Linh Dam qui a été proposé aux dirigeants d’uneentreprise de consultant, d’investissement et d’aménagement urbain mandatée par la ville de Hanoi pour élaborerles plans d’extension de ce secteur en cours d’achèvement. La présentation de ce projet sert de base à unesynthèse des réflexions personnelles sur le projet Urbain, sur son objet, et sur son application dans un cadreparticulier qui ici est le Viet Nam et sa dynamique actuelle de développement.Cet essai tente de ne pas être le point de vue d’une personne étrangère méconnaissant complètements lesenjeux de la politique de la ville vietnamienne, les réalités économiques des entreprises de construction, ainsi quela culture et les composants traditionnels de l’urbanisme de Hanoi. Il essaye d’intégrer toutes les problématiquesliées aux enjeux du développement urbain actuel que connaît la capitale en les reliant avec des réflexions issuesdes leçons tirées des problèmes d’autres cultures de l’urbanistique. Par exemples : quelles enseignements tirer dela destruction programmée des grands ensembles en France afin de faire des propositions maintenant qu’ici cemodèle menace de nouveau d’être mise en oeuvre. Ces réflexions sont issues des travaux et études menéesdepuis près de deux ans maintenant dans ce pays, additionnés à une culture acquise en étudiant ainsi qu’envoyageant.Le projet proposé ne prétend pas apporter de solution idéale, le temps de conception et de réalisationordonné a été irresponsablement, si Rome ne s’est pas construite en un jour, Linh Dam pourrait l’être.L’essai présente d’abord une perception personnelle du projet urbain, ensuite il aborde les considérationssur le développement global de Hanoi dans lequel le nouveau quartier de Linh Dam s’intègre, puis, après uneprésentation du site, il définit des « outils » du projet urbain utilisés pour dessiner le projet qui, finalement, seraexposé.
Pour un « Projet Urbain »
Loin de toutes les grandes théories, la manière dont j’aborde le projet urbain est essentiellement fondée surla notion de perception de l’espace, d’utilisation de formes et de fonctionnalité urbaine -nommés « outils » duprojet- sélectionnées pour leur qualités. Celles ci sont mis en formes en suivant les lignes directrices déterminéespar l’important travail de l’analyse des conditions d’un projet (le site, l’environnemet, la culture...).Au départ il y a l’idée que le projet n’est pas un plan, que ce n’est pas un dessin vu du ciel qui n’exprime riende l’espace qu’il entend définir. Le projet c’est une intention, c’est une opinion sur la ville, sur la perception deses espaces, sur leur constitution et sur leur déclinaison. Exemples: dessinons des grandes tours alignées fièrementdevant des grandes routes (image caricaturale de la modernité). Quelle est en réalité la perception de l’hommequi vivra cet espace ? C’est un piéton qui se déplace dans une étendue d’échelle sur-humaine dont il est incapa-
 
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ble de percevoir les hauteurs. A cela s’ajoute le sentiment agressif qu’il bataille contre le flux incessant et bruyantdes voitures et motos qui l’empêchent de profiter de cette espace public qui normalement lui est dédié. CetHomme ne peut se référer aux figures innées du bien être et du calme que sont la nature, les animaux et lamaison… Ailleurs dans cette parodie de ville il faut penser à la mère de famille qui aura peur de laisser son enfantsortir dans ce cadre où la démesure architecturale bannie la proximité. Son enfant qui avait l’habitude de jouer audehors sera un enfant de la télévision….Un être humain vit dans une Ville, dans un Espace qui peut être défini. Pourquoi ne pas partir du principeque ce sont les Hommes qui « vivent » la ville et pas du principe que c’est la ville définie ce que vivent lesHommes ? Pourquoi ne pas concevoir la ville du point de vue de l’Homme et pas la ville de la voiture et dumaximum terrains à vendre ? Les pratiquants de la ville se structurent psychologiquement aussi par rapport à ceterme de ville. Une ville c’est une identité qui s’est forgé, c’est une identité qu’ils se sont appropriés. La ville s’estconstituée d’élément divers assemblés au cours du temps d’échelle jusque récemment appréhensible. Lechangement des techniques de construction et des moyens de déplacements doivent-ils favoriser le changementd’échelle et de pratique de la ville. Faut-il perdre une identité au nom de la modernité ? C’est le politique quicontrôle la ville, c’est lui seul qui peut définir ses enjeux, ses formes et ses fonctionnalités futurs. La ville est lereflet d’une société. Les choix politiques déterminent des choix d’une société future. C’est une responsabilitéqu’il ne faut pas oublier et qu’il faut partager.Le travail sur le projet urbain s’effectue en utilisant des outils et matériaux tout aussi importants à définir :l’expérience et le savoir, complétés par un important travail d’analyse. En effet le projet urbain est le retour del’urbanisme à l’échelle du dessin de l’architecture et de l’échelle humaine dans sa conception. Cette échellehumaine c’est aussi la connaissance de ceux à qui s’adressent ce projet urbain. L’analyse urbaine entreprend dedécouvrir une partie de la culture, des modes de vies, puis aussi de déchiffrer avec sensibilité le site du projet.Tous ces éléments additionnés ramènent le projet dans une dimension de proximité et de présent. C’est unedémarche différente de la promotion immobilière, de la tabula rasa. C’est une démarche parfois qualifiéed’urbanisme à faible pensée. Mais c’est une démarche volontaire qui se veut respectueuse, et qui non plusn’oublie pas d’être prospective et modernisante.Le projet de Linh Dam qui est présenté se réfère à de nombreuses analyses réalisées ou appropriées surHanoi, à de nombreuses expériences urbaines qui servent de références et d’outils. Mais il se nourrit aussi de lavie au quotidien. C’est un manifeste pour un projet de ville qui se veut, au-delà des chiffres et de l’image souventviciée de la modernité, intégrateur de l’échelle humaine et sensible. Ces phrases semblent ambitieuses, mais c’estpour marquer un attachement certain à cette ville et à une culture, et pour éviter de sembler venir poser sur unecette terre quelque chose qui ne lui appartient pas. Ceci est aussi une critique ouverte sur l’inadmissible projet deCIPUTRA qui s’implante actuellement avec bien veillance au Nord Est de Hanoi.
Présentation du projet en liaison avec une réflexion sur l’urbanismecontemporain de Hanoi
L’acte fondateur du projet proposé est issu de la constatation que la partie sur laquelle celui ci s’établit estune zone vierge de constructions qui se situe au croisement de toutes les opérations réalisées : celles en cours etles villages traditionnels. Qu’est ce que cela signifie ? Linh Dam une fois terminé sera une zone urbaine de 400hectares. Comment aborder ce futur ensemble? Devra-t-il être un simple collage d’opérations promotionnellesqui lui-même s’adjoint à la ville ou devra-t-il être un quartier, peut être même une ville nouvelle, avec son identitéet ses fonctions propres. Actuellement il est prévu que cet ensemble fini soit un quartier. Certes dans sonfonctionnement et dans sa pratique, vu la petite échelle des précédentes réalisations, il est possible de se sentirdans un espace aux proportions de quartier. Mais la fonctionnalité globale proposée n’est convaincante; le projetprésenté tente d’introduire une identité par
l’ajout d’un centre ville
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Une critique maintenant est émise sur la forme urbaine typique développée actuellement à Hanoi. Il ymanque des centres, des centres de quartier. Il faut définir ce terme de « centre ville » auquel le projet présentése réfère. Dans cette représentation de centre il y a évidemment le lieu qui attire, un lieu centripète, du lieu parlequel le passage se fait obligatoirement, ce lieu qui pèse sur les pensées, c’est le lieu où le rassemblement estpossible, où s’effectuent les échanges. Concrètement, le centre ville est un lieu dense où sont réunies toutes lesfonctions de services et d’échanges. C’est donc un espace de mixité et de rassemblement. La liaison entre lescentres de quartier est essentielle dans le bon fonctionnement global d’une ville. Pour les occidentaux, le centreactuel de Hanoi est l’ancien quartier marchand. Il rassemble des fonctions de services, de commerces, de travail,et une densité humaine. C’est aussi l’image de la ville, c’est un lieu que tous les autres habitants, même à dixkilomètres respectent et désirent fréquenter. C’est un lieu vivant facilement lisible et accessible.La fondation d’un centre de quartier clairement identifiable est l’acte qui guide toutes les autres considérationsd’agencement et d’intégration au site du projet proposé. Ce désir est peut être occidentalement culturel, mais ledispositif de centre ville, fondamental dans le projet urbain occidental semble essentiel dans l’écriture d’uneidentité d’une ville ou d’un quartier.
« Un choix d’urbanisme / Un choix de société »
La ville qui s’écrit désormais au Vietnam n’est plus, comme elle a pu l’être dans son passé, la ville defondation chinoise : lieu du pouvoir et du commerce. Elle s’écrit sur des standards qu’il est possible de qualifierd’internationaux. Maintenant, pour fire projet, il faut faire un choix de modèle qui se résume en simplifiant à la villed’inspiration européenne, la ville de fondation coloniale, la ville américaine, les cités de Singapore ou de Hongkonget désormais les mégapoles chinoises. Le choix d’un modèle urbain est aussi un choix d’un modèle de société.Ce choix se sont les représentants du peuple qui l’effectue avec pour but de tracer la voie pour l’évolution futurede la société.Deux visions peut-être propagandistes pour expliquer cela. Premièrement évidemment la ville américainequi est caricaturalement le monde de la voiture individuelle, de l’autoroute et de la ségrégation urbaine. La villeest complètement diluée, des zones pavillonnaires s’étendent à l’infini, sans centre identifiée. Elle est comme unreflet d’une société qui se fonde sur l’affirmation des valeurs individuelles, jusqu’à ériger l’égoïsme en droit.Deuxièmement, les villes de la vielle Europe. Une histoire millénaire a lentement forgé leur urbanisme. Au sortir dela guerre, grisées par une réussite économique qui semblait infinie, elles se sont essayées bien sur elles aussi aumodernisme de la ville voiture et puis de la structuration urbaine par les zones dédiées au dieu « consommations »(est ce que ça ne vous rappelle rien ?). Mais une réaction récente de grande ampleur pousse à retrouver lesvaleurs de la société que ce modèle « moderniste » avait commencé à démanteler. Les maîtres du « projeturbain » réinterroge les valeurs de la ville ancienne européenne, évidement d’un point de vu modernisant, etreparlent de continuité urbaine, de centre de quartier, de relation de proximité et d’échange, d’indenté culturelleet de lien social…Ces deux modes actuels de construire la ville rappellent donc la liaison entre un acte et ses conséquences.De ce point de vu, il est peut être aussi intéressant de se poser la question si Hanoi n’est pas en train dedévelopper un modèle original de forme urbaine et quelles peuvent les implications dans le futur. Les quartiersnouveaux réalisés ces quinze dernières années sont remarquables parce qu’ils proposent une mixité des formesurbaines, entraînant une mixité des habitants (bien que cela soit en grande partie contre dit par une spéculationexcluant ceux qui seraient les plus demandeurs d’habitats), ainsi qu’une mixité, certes faibles, de fonctions urbainesde proximité. Ce sont ces dispositions urbaines oubliées dans la majeure partie des grandes opérations urbainesdu modernisme contemporain, couplé à un oubli total de gestion (ce qui est le cas en ce moment à Hanoi) qui enont entraîné leur remise en cause actuelle. Les origines du rejet ont été diagnostiquées : désordres sociaux,ségrégation populaire, habitats taudis, guerres urbaines. Ceci est peut être une mise en garde lorsque ces faits
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