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Évaluation des compétences langagières et interculturelles : une approche par compétences pour l’enseignement supérieur.Professeur Claude Springer, université de Provence, France.Les universités européennes se trouvent confrontées à des changements profonds concernantla dimension internationale de la recherche et la dimension européenne et internationale desformations. S’il était possible, il y a peu de temps encore, de limiter les ambitions politiquesau niveau local et parfois national, il est aujourd’hui indispensable d’envisager et définir lescontours d’une politique plurilingue et pluriculturelle. C’est dans ce fil de pensée que s’inscritcette contribution. Cette problématique générale s’appuie inévitablement sur la définition descompétences que l’université élabore : comment aborder la notion de compétence ? quelle estla place de la compétence plurilingue dans les qualifications universitaires ?Les didacticiens des langues que nous sommes sont bien évidemment concernés, ils ne peuvent pas rester en dehors des débats qui se développent pour définir de nouvellesorientations politiques pour les universités. Notre rôle est de ce fait essentiel si noussouhaitons défendre l’idée de plurilinguisme. Il en va aussi de notre crédibilité si nousvoulons que les étudiants disposent des meilleurs environnements linguistiques/interculturelset des nécessaires espaces d’apprentissage des langues et des cultures.L’approche par compétences, qui doit être clarifiée en contexte universitaire, pourrait permettre d’offrir un cadre théorique général en adoptant une vision macro des compétences.Un recul, sinon une rupture, est en effet nécessaire par rapport à la définition traditionnelle ettrop confortable de la compétence de communication à laquelle nous sommes particulièrement attachés depuis quelques décennies. L’approche par compétences nous situedans une perspective actionnelle en prise directe avec le social et la vie, optique valorisée par le
CECR
.Mots clés : politique linguistique, plurilinguisme, compétence plurilingue, qualifications,évaluation des compétences, approche par compétences
Comment les universités gèrent-elles le bi/plurilinguisme ?
Lors d’une journée d’études organisée en 2002 par l’Académie suisse des sciences humaineset sociales
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, deux points ont été mis en exergue par les intervenants sur la question deslangues et de la production des savoirs à l’université. Comment les universités peuvent-elles passer de vagues intentions sur quelle langue et combien de langues à une réelle planification plurilingue, c’est-à-dire à une politique linguistique ? Comment cerner l’indissociablecomplémentarité entre disciplines scientifiques et langues ? Ces deux questionsfondamentales dépassent les éternelles querelles sur le choix économique de l’anglais commelingua franca. Il n’existe pour l’instant pas, à ma connaissance, d’études approfondies sur les politiques linguistiques des universités. Je vais prendre m’appuyer sur le cas de la France que je connais bien, ayant assuré le pilotage et la mise en place, de 2002 à 2004, d’un projet decertification des compétences en langues pour l’enseignement supérieur français (CLES, voir http://cles.u-strasbg.fr/
 
). Une étude a été réalisée à cette époque sur les différentes optiquesdes universités en matière de formation en langues. Nous avons observé une nette évolutionsur la façon de voir les langues à l’université. La nécessité de fournir aux étudiants undispositif d’apprentissage des langues a ainsi fait son chemin dans les mentalités, la maîtrisedes langues devenant une mission de l’université. Très schématiquement, avant les années 90,les langues n’étaient pas considérées comme une discipline nécessaire à tous les étudiants. La
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C. Springer,
 
« Effets du plurilinguisme sur les compétences à l’université : quelles compétences en langues pour les étudiants ? », in Colloque de l’Académie suisse des sciences humaines et sociales, « Langues et production du savoir ». Université de Lausanne. Lugano, 14 juin 2002, pp 19 - 32.
 
 
langue de communication n’avait de ce fait aucun statut spécifique, apprendre une langue pour communiquer était optionnel. Les années 90 furent marquées par une première prise deconscience de la nécessité pour les étudiants non spécialistes des langues de maîtriser deslangues pour l’exercice même des études et du futur métier. La question de la maîtrise del’anglais a ainsi été soulevée. Les langues pour les spécialistes d’autres disciplines vont ainsi pouvoir être intégrées au curriculum universitaire. C’est pendant cette décennie quedifférentes associations ont été créées en Europe (Cercles, Confédération Européenne desCentres de Langues, création en 1991 à Strasbourg
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; Ranacles (Rassemblement National desCentres de Langues de l'Enseignement Supérieur), création à Strasbourg en 1992
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). Cette phase a permis de développer de nombreux centres de langues dans les universités, d’offrir aux étudiants scientifiques plusieurs langues, de concevoir des dispositifs d’autoformation.Des enseignants ont également été recrutés pour assurer ce nouveau type de formation auxantipodes des cours de traduction et de littérature proposés par les départements de langues.Depuis le début des années 2000, nous sommes entrés dans la deuxième phase de cedéveloppement. Cette phase a été marquée par la volonté de certaines universités et duministère de l’enseignement supérieur de créer une certification spécifique pour plusieurslangues (CLES), calée sur les niveaux du CECR (de B1 à C2) - étant entendu que les élèvesdu secondaire devraient obtenir en langue étrangère 1 (l’anglais majoritairement), auminimum, le niveau B1, et en langue étrangère 2 (l’espagnol et l’allemand dans la plupart descas) le niveau A2
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. Depuis, grâce à la déclaration de Bologne, mais aussi grâce à la nécessitéde regrouper les universités dans des entités plus larges pour faire face à la concurrenceinternationale, l’idée de se doter d’une politique linguistique commence à faire, timidement,son chemin.Les obstacles sont malheureusement nombreux. Beaucoup de responsables estiment quedonner aux futurs étudiants un bagage linguistique suffisant n’est pas du ressort del’université, que cette mission revient au secondaire. On souligne souvent aussi le coûtexcessif de la formation en langues pour l’université, d’autant plus si l’on opte pur le plurilinguisme. Les scientifiques, quant à eux, pensent que l’université ne doit proposer quel’anglais et viser alors l’excellence dans cette
lingua franca
. D’autres jugent que le niveau enanglais des étudiants est suffisant pour suivre des cours et lire des documents scientifiques enanglais. Ces représentations négatives rendent difficile un dialogue constructif sur la nécessitéd’envisager une véritable politique linguistique pour l’université. Pourtant, dans nos enquêtes personnelles, nous avons pu constater que les étudiants souhaitent non seulement poursuivrel’apprentissage des langues, mais voudraient en plus connaître d’autres langues que le lycéene pouvait leur offrir (chinois, japonais, arabe, …). Nous avons également pu constater queles étudiants inscrits en sciences humaines ont à 80% un niveau inférieur ou égal au niveauB1, rares sont ceux qui dépassent ce niveau seuil. L’université subit ainsi des pressionscontradictoires avec, d’un côté, une tradition universitaire arc-boutée sur son monolinguismeet, de l’autre côté, quelques modernistes convaincus, avec la majorité des étudiants, militant pour le plurilinguisme. Il apparaît clairement, dans le cas de la France bien entendu, que noussommes encore loin du minimum de consensus sur les aspects « techniques » del’apprentissage des langues et, par conséquent, des compétences que l’université doit permettre d’acquérir. Or, si l’on suit la réflexion de Beacco
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, si ce niveau technique n’est pasréglé, sans ce minimum de consensus, de discours partagé sur les « standards et les normescommunes », il n’est pas question d’envisager une approche politique et de discuter des
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Confédération Européenne des Centres de Langues :http://www.cercles.org/ 
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Ranacles :http://joomla.ranacles.org/ 
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CLES :http://certification-cles.fr/ 
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J.C. Beacco, L'Europe des langues aujourd'hui : de technique en politiqueSynergies Italie : revue de didactologie des langues-cultures, n° 1, 2004, p. 42-50
 
 
finalités de l’enseignement des langues à l’université. Sans ce préalable, il n’est pas possiblede poser clairement, voire même d’évoquer, les enjeux sociétaux qui justifient la définitiond’une politique plurilingue. Toute politique linguistique doit en effet expliciter les finalitésdes apprentissages et des autres dispositifs favorables aux langues, définir les actions permettant de développer et valoriser les répertoires plurilingues, diversifier les formesd’acquisition des langues et les objectifs d’apprentissage (Beacco, 2004). On est bien loind’une prise de conscience de la nécessité de valoriser la diversité linguistique, de développer chez les étudiants une « compétence plurilingue ».
Un miroir des consciences plurilingues
L’analyse des sites internet d’université apporte un éclairage intéressant sur la« conscience plurilingue » des responsables universitaires. Un site est un ensemble de fichiersliés entre eux par des liens hypertextes. On s’attend à une certaine cohérence, à un desseinclair pour faciliter la reconnaissance rapide des points forts de l’université aux visiteurs. Lesite d’université est ainsi, en quelque sorte, un miroir des consciences plurilingues.J’ai choisi quelques exemples qui permettent de voir très concrètement l’état de la question plurilingue dans ces aspects politiques et techniques.Université de Provence, France.http://www.univ-provence.fr/ Depuis l’analyse faite pour la conférence plénière enseptembre 2007, le site a changé. La partieinternationale a été étoffée, mais dans l’ensemble onvoit bien que la conscience plurilingue de cetteuniversité n’a pas bougé. Le site reste monolingue,même dans les pages qui s’adressent aux étudiantsinternationaux (on trouve cependant quelques paragraphes en anglais). Aucun effort de localisationdu site n’est fait, et pourtant la nouvelle chartegraphique devait mieux tenir compte de la variété des visiteurs. Le site montre desresponsables politiques plus que timides, l’atout des langues n’apparaît pas, il n’y a pas designes d’un début de conscience politique sur l’atout du plurilinguisme et par conséquentaucune politique plurilingue. C’est un exemple tout à fait typique d’une universitétraditionnelle qui reste dans son périmètre local et national.Université Marc Bloch, Strasbourg, France.http://www-umb.u-strasbg.fr/ Cette autre université française de sciences humaines, pourtant au cœur de l’Europe, ne se distingue pas plus quel’université de Provence. Le site est égalementmonolingue, les pages consacrées aux étudiants étrangers(24% d’étudiants étrangers) sont toutes en français ! Danssa présentation, on souligne pourtant l’ouvertureinternationale : « l'Université Marc Bloch développe des partenariats vers l'international et l’importance des langues: conventions et accords avec des universités européennes,université d'été des Balkans, contacts institutionnels avec le Japon, échange d'étudiants etd'enseignants avec des universités hongroises, polonaises, tunisiennes, marocaines et
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