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[Vox Philosophiae] Cristian Ciocan, Peut-on faire de la philosophie quand on est privé de liberté (Constantin Noica et Alexandru Dragomir)

[Vox Philosophiae] Cristian Ciocan, Peut-on faire de la philosophie quand on est privé de liberté (Constantin Noica et Alexandru Dragomir)

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Je vais parler aujourd’hui de deux philosophes roumains : Constantin Noica et Alexandru Dragomir. Il faut préciser dès le début que ma spécialité n’est pas l’historie de la philosophie roumaine. Toutefois, d’un point de vue biographique, je dois personnellement à Constantin Noica le premier impulse vers la philosophie. Plus récemment, j’ai découvert avec beaucoup d’émotion le destin et les manuscrits inédits d’Alexandru Dragomir. C’est la raison pour laquelle je ne vais pas présenter d’une manière systématique leur philosophie. Je voudrais plutôt présenter leur manière de philosopher et leur manière de se concevoir eux-mêmes en tant que philosophes, dans le cadre d’un régime politique totalitaire. Ainsi, je voudrais lancer mon exposé, á partir d’une question générale: peut-on faire de la philosophie sans liberté ?
Je vais parler aujourd’hui de deux philosophes roumains : Constantin Noica et Alexandru Dragomir. Il faut préciser dès le début que ma spécialité n’est pas l’historie de la philosophie roumaine. Toutefois, d’un point de vue biographique, je dois personnellement à Constantin Noica le premier impulse vers la philosophie. Plus récemment, j’ai découvert avec beaucoup d’émotion le destin et les manuscrits inédits d’Alexandru Dragomir. C’est la raison pour laquelle je ne vais pas présenter d’une manière systématique leur philosophie. Je voudrais plutôt présenter leur manière de philosopher et leur manière de se concevoir eux-mêmes en tant que philosophes, dans le cadre d’un régime politique totalitaire. Ainsi, je voudrais lancer mon exposé, á partir d’une question générale: peut-on faire de la philosophie sans liberté ?

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05/10/2014

 
Revista Vox Philosophiae(www.filozofie.eu)
Revista Vox Philosophiae
 Peut-on faire de la philosophie quand on est  privé de liberté ?
 Le cas roumain : Constantin Noica et Alexandru Dragomir 
Cristian Ciocan
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Revista Vox Philosophiae(www.filozofie.eu) 
7 februarie 2009Je vais parler aujourd’hui de deux philosophes roumains : Constantin Noica et Alexandru Dragomir.Il faut préciser dès le début que ma spécialité n’est pas l’historie de la philosophie roumaine.Toutefois, d’un point de vue biographique, je dois personnellement à Constantin Noica le premier impulse vers la philosophie. Plus récemment, j’ai découvert avec beaucoup d’émotion le destin etles manuscrits inédits d’Alexandru Dragomir. C’est la raison pour laquelle je ne vais pas présenter d’une manière systématique leur philosophie. Je voudrais plutôt présenter leur manière de philosopher et leur manière de se concevoir eux-mêmes en tant que philosophes, dans le cadre d’unrégime politique totalitaire.Ainsi, je voudrais lancer mon exposé, á partir d’une question générale: peut-on faire de la philosophie sans liberté ?On suppose d’habitude que la pensée, la réflexion, et surtout sa manière radicalisée comme philosophie, comme exercice spécialisé d’élaboration conceptuelle et d’interprétation, ne peuts’effectuer que dans les conditions d’un certain degré de liberté. Il ne s’agit pas d’une liberté totaledans une république idéale de philosophes, mais d’un certain degré de liberté. Aristote est le premier qui affirme cela, quand il écrit, au début de la Métaphysique, que la philosophie acommencé en Egypte, là où la classe des prêtres était dispensée de travail, obtenant le confort pour la réflexion. Mais au-delà de ce confort, et au-delà de cette liberté à l’égard des nécessitésquotidiennes, il faudrait un autre type de liberté pour que l’instinct philosophique enraciné dansl’homme puisse se développer dans un exercice philosophique libre, dans une culture philosophiquevive et créatrice, permettant une polyphonie des voix et un dialogue ayant une diversité de points devue. Il s’agit, comme on peut l’anticiper, d’une liberté politique, d’une liberté civique, d’une libertésociale. Nous pouvons constater que cette sorte de liberté a rendu possible les épisodes les plusfertiles de l’histoire de la philosophie. Si nous pensons à la Grèce antique, nous voyons que la propagation de la philosophie a eu lieu dans un climat de liberté politique. Concrètement, la philosophie s’est toujours développée sous une certaine protection, ou au moins une tolérance de la part des autorités, fut-ils rois, empereurs ou nobles, papes ou évêques, qu’il s’agisse de la philosophie antique, de la philosophie du Moyen Age ou encore de l’Idéalisme Allemand. Quand la
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Revista Vox Philosophiae(www.filozofie.eu)
 protection et la liberté disparaissent, la philosophie meurt aussi ou, du moins, elle s’étouffe, commec’est le cas de la clôture de l’école néoplatonicienne d’Athènes sous l’édicte de Justinien.Le terrible vingtième siècle nous a mis dans une toute autre situation, où la liberté de l’homme aconnu une systématicité introuvable autrefois, devenant politique d’état et dogme officiel. Quand untel régime dure des décennies, comme fût le cas du communisme dans l’Europe de l’Est, lestransformations peuvent être monstrueuses, parce que des générations naissent et meurent dans ununivers concentrationnaire, sans espoir et sans lumière. La philosophie est ici réduite à l’instrumentde propagande, à l’idéologie officielle.Et on peut se demander de nouveaux : peut-on faire de la philosophie sans liberté ?Le cas roumain, et la philosophie roumaine sous le communisme, peuvent être compris dans uncontexte social plus large, dans l’histoire récente des pays qui ont été écrasés par l’impérialismesoviétique. Essayons toutefois de comprendre sa spécificité2. La culture roumaine est devenue entreles Deux Guerres une culture très vitale, très créatrice, très prometteuse, une culture en pleineascension, avec des étudiants ayant fait des études aux universités les plus fameuses d’Europe, avecdes professeurs diplômés dans l’Occident, avec des revues et des publications de spécialité, en bref,une culture apte à s’intégrer organiquement dans la culture européenne. Cette période se montre trèsfertile, très ambitieuse et très impétueuse, affirmant des voix nouvelles et provocatrices, des voixqui, après la Seconde Guerre, sont devenues célèbres en Occident, comme c’est le cas de MirceaEliade, de Eugène Ionesco ou de Emil Cioran.Mais, à un moment donné, survient le désastre. Un désastre qui dure malheureusement quatredécennies et défigure tout, y compris la philosophie. Nous sommes dans les années 1945-47, la guerre est finie, l’armée russe occupe la Roumanie, lescommunistes prennent le pouvoir, le roi abdique et quitte le pays. La plupart des intellectuelsquittent la Roumanie pour l’Occident et forment une diaspora impuissante. Ceux qui demeurentsont menacés avec la détention politique. Les plus fameux sont arrêtés, torturés, leurs biens sontintégralement confisqués, leurs familles sont terrorisées.
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