aux solives ; une odeur caractéristique faisait dire à tous les spectateurs : « Comme c'estvécu
! » À l'acte suivant, un atelier, avec de vraies machines à vapeur faisant de vraischapeaux à la minute avec le poil des rongeurs
. Le dernier acte se dispensait de toute miseen scène : la situation suffisait
.Enfin, l'article du journal était une apologie, par l'auteur, des deux œuvres ci-dessusmentionnées, de la pièce et du roman. Avec une raideur dogmatique et un flegme tranchant,cet homme infaillible affirmait que le théâtre serait « vitaliste » ou ne serait pas ; qu'il n'yavait rien de plus intéressant que la classe des marchands de peaux de lapin et que les seuls jeunes gens qui lui parussent avoir de l'avenir étaient ceux qui l'admiraient et s'efforçaient demettre ses théories en pratique
.***Deux ans après cet événement littéraire, la Justice s'aperçut soudain que la donnée duroman était souverainement immorale, que la pièce était faite pour choquer les yeux et lesoreilles des honnêtes gens et que le feuilleton propageait des idées subversives. Le tripleauteur fut poursuivi, comparut devant la cour d'assises et fut acquitté.Cette sentence porta à la littérature « vitaliste » le coup du lapin (ce jeu de mots est dûà un chroniqueur judiciaire de l'époque).Une réaction formidable se produisit dans le sens de la vertu. Une brochure intitulée
Conseils aux littérateurs de l'avenir
atteignit plus de deux cents éditions. L'auteur ydécouvrait entre autres choses que
Paul et Virginie
avait déjà été écrit par Bernardin de Saint-Pierre, mais que cela ne suffisait pas. Il fallait refaire
Paul et Virginie
. Il était temps de faireamende honorable. On s'arracha les œuvres de Berquin, et Florian
devint à la mode. « Avez-vous lu
La Grandisson
? » On ne s'abordait qu'avec cette question, et l'on ajoutait avec unsoupir : « Ah! comme cela repose ! »Mais ce n'est pas tout. La lutte n'était pas finie. On vit des écrivains plus que lestesfaire amende honorable. L'un d'eux écrivit spécialement en vue de l'Académie un petitvolume, en gros caractères :
La Conversion du capitaine
. Il s'agissait d'un brave sacristainqui amenait un vieux pilier de garnison à ne jurer plus que « Nom d'un petit agneau ! » Lesdames étaient fort édifiées. Dans un autre roman qui n'eut pas moins de succès,
Gringalette
,on voyait une jeune comédienne répondre à un rastaquouère qui lui offrait un hôtel : « Non,monsieur, je ne vous écoute pas ! » Ce dénouement parut aussi touchant qu'imprévu
.
16
Le deuxième tableau de
L'Assommoir
présentait un lavoir ; il remporta un vif succès.
17
Allusion au septième tableau de
L'Assommoir
, qui se situait dans la forge de Goujet.
18
Au dernier tableau, Poisson tuait sa femme Virginie et l'amant de celle-ci, Lantier (dénouement sansrapport avec celui du roman) ; et Gervaise mourait peu après.
19
C'est dans son article sur « Le Naturalisme au théâtre », publié en 1879 en tête des
Annales du théâtreet de la musique
d’Edmond Noël et Edmond Stoullig, qu'on trouve la formule : «
Notre théâtre sera naturalisteou ne sera pas
» (
Œuvres complètes
de Zola, t. X, p. 1257).
20
Armand Berquin (1747-1791), auteur de fades idylles, vite surnommées berquinades. Jean-Pierre Clarisde Florian (1755-1794), auteur de fables moralisatrices bien pâles en comparaison de celles de La Fontaine.
21
Souvenir de la célèbre question de La Fontaine : «
Avez-vous lu Baruch ?
» Le nom de Grandissonapparaît également sous la plume de Zola, dans son article de 1880 « La Littérature obscène ».
22
Allusion à Ludovic Halévy qui, pour se faire pardonner ses comédies et opéras bouffes irrévérencieux, a publié en 1882 un très mauvais roman,
L'Abbé Constantin
, en guise de viatique pour l'Académie. EdmondAbout, auteur en 1880 du
Roman d'un brave homme
, pourrait également être visé. En récompense de leur bonnevolonté, tous deux ont été dûment académisés...
23
Peut-être faut-il y voir une allusion à
Criquette
, de Ludovic Halévy (1883).
24
Mirbeau a déjà dénoncé cette littérature à l'eau de rose dans
Les Grimaces
, notamment le 8 décembre1883 (voir
supra
le texte 27).
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