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Avant-propos du traducteur
Ce livre offre d’abord une formidable introduction à la pensée de MartinHeidegger, comme il y en a peu et comme il n’y en aura plus. Témoin de lapremière heure, élève et ami personnel de Heidegger, grand philosophe etherméneute, Gadamer, qui est né en 1900 et qui nous a quittés le 13 mars2002, a suivi de très près le parcours de son maître à travers tous les détoursde son chemin de pensée et les vicissitudes de son siècle. Présent au début deson enseignement révolutionnaire à Fribourg en 1923, donc avant que laparution d’
Être et temps
en 1927 ne lui confère une notoriété mondiale,Gadamer a aussi pu porter un regard sur la portée historique de son oeuvreaprès sa mort en 1976. Aristote et Ricoeur ont bien raison : ce n’est qu’aprèsla mort d’un individu que l’on peut vraiment saisir la signification de sonexistence. C’est pourquoi
Les Chemins de Heidegger
n’ont paru qu’en 1983.Mais celui qui retrace alors le cheminement complexe de Heidegger, soixanteans après l’avoir rencontré, l’a connu dans sa première fraîcheur, donc avantl’existentialisme, avant la déconstruction et bien avant que l’éditionmonumentale de son œuvre ne permette de le ranger dans le panthéon desclassiques de l’histoire de la pensée. Il a surtout été le témoin privilégié de sespremières motivations, à la fois philosophiques et religieuses, mais aussi de laconstellation dans laquelle il est apparu et qu’il a si profondémentmétamorphosée. Gadamer a, en effet, aussi côtoyé ses premiers interlocuteurs,Edmund Husserl, Max Scheler, Nicolai Hartmann, Karl Jaspers, Karl Löwith,Hannah Arendt, Rudolf Bultmann, Werner Jaeger, Leo Strauss, mais aussiPaul Natorp, mort en 1924 et qui avait dirigé sa thèse de doctorat sur Platon en1922. Il a assisté au succès foudroyant d’
Être et temps
, mais comme tantd’autres élèves de Heidegger, il trouvait que son maître n’y était peut-être pasassez lui-même, parce qu’il s’y appropriait d’une manière un peu tropartificielle tout le vocabulaire de la philosophie transcendantale de Husserl,qu’il critiquait pourtant avec tant de véhémence dans ses cours. Il n’a donc pasété surpris de voir Heidegger prendre un tournant après
Être et temps
. Il s’enest rendu compte quand il est allé entendre ses conférences sur l’origine del’œuvre d’art à Francfort en novembre 1936. C’était un nouvel Heidegger, quis’était manifestement remis de son égarement politique
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, mais qui s’inspirait
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Cf. la lettre de Gadamer à Löwith du 12 décembre 1937 (citée dans ma biographie deGadamer :
Hans-Georg Gadamer. Eine Biographie
, Tübingen, Mohr Siebeck, 1999,180) qui fait état d’une visite auprès de Heidegger, où celui-ci aurait lui-même parlé de« l’épisode fatal » de 1933.