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Chrhc 1238 99 Enjeux Actuels Et Temps Coloniaux Lecture Historique d Un Debat

Chrhc 1238 99 Enjeux Actuels Et Temps Coloniaux Lecture Historique d Un Debat

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Cahiers d'histoire. Revued'histoire critique
99 (2006)Relectures d'histoires coloniales
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Daniel Hémery
Enjeux actuels et temps coloniaux,lecture historique d’un débat
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Référence électroniqueDaniel Hémery, « Enjeux actuels et temps coloniaux, lecture historique d’un débat »,
Cahiers d'histoire. Revued'histoire critique
[En ligne], 99 | 2006, mis en ligne le 01 avril 2009, consulté le 18 novembre 2012. URL : http://chrhc.revues.org/1238Éditeur : Association Paul Langevinhttp://chrhc.revues.orghttp://www.revues.orgDocument accessible en ligne sur :http://chrhc.revues.org/1238Document généré automatiquement le 18 novembre 2012. La pagination ne correspond pas à la pagination de l'éditionpapier.© Tous droits réservés
 
Enjeux actuels et temps coloniaux, lecture historique d’un débat2
Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 99 | 2006
Daniel Hémery
Enjeux actuels et temps coloniaux, lecturehistorique d’un débat
Pagination de l’édition papier : p. 113-147
« Chaque fois que nos tristes sociétés, en perpétuelle crise de croissance, se prennent àdouter d’elles-mêmes, on les voit se demander si elles ont eu raison d’interroger leur passé ou si elles l’ont bien interrogé. » Marc Bloch,« Apologie pour l’histoire », écrit en 1941, publié à Paris en 1949.
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Comme le remarquait un penseur allemand dans les années 1930
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, la « contemporanéité dunon-contemporain » n’est bien souvent que le marqueur du potentiel de crise qui s’estaccumulé dans une conjoncture historique donnée. De fait, en un an, du vote de la loi du25 février 2005 à la récente annulation de son article 4, le débat sur la colonisation s’est trouvémis en synchronisme, dans les banlieues urbaines de France, avec un soulèvement social aussiénigmatique qu’imprévu : le non-contemporain – le passé colonial – s’est conjugué avec lacontemporanéité – les nuits de novembre – au point que l’on a assez souvent cherché à éluciderles émeutes des banlieues par les effets de long terme, supposés explicatifs, du passé colonialfrançais.
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Pourtant, les approches qu’esquissent et les usages sociaux que font de l’actuelle interrogationcoloniale, assez voisine au fond des thèses des « Post-colonial studies » d’outre-Atlantique,les forces ou les dynamismes sociaux qui l’ont portée se relient bien malaisément, puisquetoujours de manière quasi abstraite, à l’énigme de novembre. Qu’il s’agisse des problématiquesavancées par un certain nombre de jeunes historiens dans le but d’arracher la réflexion surla colonisation à sa marginalité universitaire et scolaire, en écho tardif à nombre de leursprédécesseurs, sur le thème de la « fracture coloniale »
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. Formule-choc mais simpliste
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dont les auteurs reconnaissent d’ailleurs que « la définir dans toutes ses dimensions n’estpas chose aisée » (en ce cas pourquoi donc l’utiliser ?). Car c’est la division sociale, celledes classes, si complexe qu’elle puisse être, même si elle est recoupée par les diversesappartenances, distinctions et discriminations religieuses, ethnoculturelles ou sub-nationales,et non une hypothétique fracture coloniale, qui donne son sens au présent. Il est bon derappeler à ce propos que le taux de chômage moyen des immigrés d’origine africaine, Maghrebinclus, était de 21,1 % en 2003, contre 9,2 % en moyenne pour les Français de naissanceou par naturalisation, et qu’aujourd’hui la moitié des moins de 26 ans issus de l’immigrationmaghrébine n’a pas d’emploi stable contre un tiers des jeunes dont le père est né en France
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: lesdiscriminations et les diverses configurations du racisme sont indissociables des changementshistoriques des régimes du travail ; c’est la subversion du statut de l’emploi (R. Castel), laprécarisation maximum du salariat qui refondent et amplifient la fonctionnalité sociale duracisme et des discriminations afférentes.
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Qu’il s’agisse aussi des nombreuses initiatives médiatiques que ces problématiques ont plusou moins inspirées, et l’on ne s’en plaindra pas, sous la forme d’appels collectifs, de pétitions,d’articles de presse, de publications, d’émissions de télévision ou de radio (une semaine durantsur France Culture en novembre 2005), comme si, par ces temps de repentance générale, lesmedia mettaient les bouchées doubles pour faire oublier leur assourdissant silence antérieursur la colonisation. Qu’il s’agisse encore de la résonance que ces initiatives ont eue dans lesdiverses associations de soutien aux immigrés ou de résistance aux racismes actifs dans lasociété française d’aujourd’hui. L’un de leurs échos les plus confus, mais les plus sonores àdéfaut de briller par sa pertinence analytique, a été l’Appel « Nous sommes les indigènes de larépublique » (17 janvier 2005) agencé autour de la vision, au sens plein du terme, d’un « post-colonialisme » (le « post » étant censé éclairer le contenu du phénomène…) dans lequel lemonde, mais surtout la « république » française, s’enfonceraient du fait de la « recolonisation
 
Enjeux actuels et temps coloniaux, lecture historique d’un débat3
Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 99 | 2006
du monde que mènent les États-Unis relayés notamment par la France »
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. Reconnaissons quece texte a (peut-être) l’avantage de réhabiliter le vieux mot « indigène » dont personne ne sehasardait plus à user. Mais, dans la droite ligne de l’exaltation contemporaine et foncièrementconservatrice de la « différence » et de l’altérité pensées comme réponses miracles au racismeet à la dureté extrême de la condition immigrée, il dénonce comme son ennemi principall’universalisme soi-disant « républicain », ce truisme du jour. Alors que ce n’est pas le sens del’universalisme, à la fois connaissance-reconnaissance de l’Autre et tout autant reconnaissancede soi dans l’Autre, qui fait problème, c’est bel et bien son présent déficit d’universalité.Ce qu’il s’agit d’inventer c’est un universalisme qui ne se satisfasse pas seulement de sepenser comme paradigme philosophique mais se construise comme processus historique,apte à répondre à la globalisation des défis, des contraintes et des risques croissants quel’ensemble de l’humanité doit et devra assumer. Un processus universaliste qui fasse touteleur place à l’affirmation et au renouvellement des multiples et légitimes singularités commedes appartenances ethno-culturelles et nationales mais qui sache en même temps dégager etpromouvoir avec la plus grande force leur principe d’unité. Là est l’une des problématiquescentrales de notre temps. Même si elle ne cesse de se recontextualiser, la vérité élémentairedu racisme n’a pas changé. Il est toujours l’une des légitimations et l’une des régulationsclassiques du différentiel des statuts économiques, sociaux, culturels et politiques, il a toujoursaussi, entre autres usages, celui que rappelait récemment le chanteur guadeloupéen FredDeshayes : « il faut trouver un bouc émissaire à l’échec économique et social : le racisme esttoujours conjoncturel et utilitaire »
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.
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Le présent néo-indigénisme n’est pas sans évoquer, de manière plus que sommaire, certainsthèmes de la riche pensée indigéniste latino-américaine des XIXe et XXe siècles. Son uniqueperspective politique est la « lutte autonome », c’est-à-dire séparée et en conséquence vouéeà l’échec, des « populations issues de l’immigration post-coloniale ». Une lutte isolationniste,ségrégée, ignorante des solidarités sociales fondamentales. Son schéma implicite est celuid’une « racialisation » du combat des minorités immigrées, parfaitement inoffensive audemeurant pour ce qui fonde l’ordre en place, d’autant qu’elle est potentiellement porteused’une guerre, non moins « utilitaire » elle aussi, des pauvres contre les pauvres et les unpeu moins pauvres. Avec ce schéma il n’est pas de compromis concevable puisqu’il ne peutdéboucher, en guise d’issue libératrice, que sur l’accession à quelques parcelles de pouvoird’une mince couche de professionnels, de porte-parole et d’experts du « différentialisme »,issus ou non de l’immigration. En outre il n’est pas exempt de l’assimilation hâtive du présentau long passé colonial, alors que si nombre d’éléments de ce dernier continuent à travaillerles sociétés européennes, ils ne le font qu’actualisés par la déstabilisation sociale en coursde ces sociétés : le présent est par essence ce qui ne s’est encore jamais présenté et si lelien post-colonial est une réalité, celle-ci ne relève nullement d’un rapport colonial qui seraittoujours pleinement actif aujourd’hui. De ces diverses résonances ont résulté à l’intérieur desmouvements de résistance au racisme, au MRAP par exemple, débats, clivages et conflitsinternes, au fond autour d’une double question, qui n’est pas nouvelle : jusqu’où aller dans lesoutien de la protestation issue des diasporas immigrées contre les diverses formes d’exclusionet de relégation sociale ? Quel cadre inventer pour ce soutien, dans quelle perspective politiquele concevoir ?
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Qu’il s’agisse enfin de la prise de parole des élites actives, militantes, des diasporas les plusrécemment constituées dans l’hexagone et, en conséquence, les moins reconnues dans la« communauté imaginée », la nation moderne, qu’est ou qu’est encore la société françaisecontemporaine, ne serait-ce que parce que leur histoire particulière est pratiquement excluedu méta-récit historique national. Cette prise de parole, telle qu’elle s’énonce, exprimeune revendication urgente et parfaitement légitime ; il est essentiel que se développentsimultanément, sur la base de la fraternité la plus ouverte, les associations d’immigrés et demigrants ainsi que la solidarité en actes avec ces derniers des mouvements, partis, syndicats,associations, qui, du côté français, combattent le racisme. Car existe-t-il une autre voie pourprévenir la « racialisation » des conflits et des clivages sociaux dans la situation historique del’Europe contemporaine et de ses nations ? Situation si incertaine, où le seuil critique n’apparaît

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