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Amour Universel
Comme chaque nuit depuis bientôt un an, adossé contre les barreaux de ma cellule, je faisaisface à l’éclat de la lune, qui me gratifiait ce soir de tout son éclat. J’étais devenu esclavevolontairement et pour m’enfuir, je n’avais qu’à pousser la porte et à traverser le hall principalde la maison où résidaient les maîtres que je servais. Mais depuis longtemps déjà il n’y avait plus d’emploi, ni de territoire pour moi et mes semblables et dehors rien ni personne nem’attendait, pas même Monsieur Clown. A l’extérieur, la mort aurait été mon uniquecompagne, et celle-ci je n’étais pas pressé de la rencontrer !Le matin se levait et je devais préparer le petit déjeuner de mes maîtres et de leur fille quiconsistait en quelques gélules énergétiques qui leur assuraient une sanet une formeoptimale. Je les glissais dans des tuyaux à air comprimé qui les acheminaient directementdans leur chambre. Ensuite, je prenais à mon tour une légère collation composée aujourd’huide deux tartines de confiture et d’un café avant de retourner à mes ches nagèresquotidiennes. Comme chaque matin le son délicieux des pas de la fille de mes maîtres medéconcentra un court instant.Elle descendait l’escalier avec une grâce telle que j’en venais à regretter ma conditiond’esclave. En bas de l’escalier, le temps d’écraser un cafard je sentis son regard se poser sur moi avant qu’elle ne quitte la demeure familiale.Son odeur et la trace de ses longs cheveux noirs volant dans les airs m’accrochèrent encorecinq minutes à son souvenir, avant que la réalité de la présence de mes maîtres m’en détachevigoureusement. Je baissai immédiatement la tête. La démarche assurée, ils passèrent devantmoi sans s’intéresser à ma personne et ils quittèrent ainsi la maison.
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J’étais seul et j’avais toute une liste de tâches à accomplir avant le coucher du soleil si je nevoulais pas être puni sévèrement, en m’interdisant de prison par exemple, ce qui aurait été uncomble !La journée se passa presque sans anicroche. Seul un écureuil suicidaire vint perturber maroutine journalière. Je ne sais comment, il avait grimpé sur le balcon de mes maîtres, s’était passé une corde au cou, puis avait sauté. Heureusement pour lui, la corde était trop longue, etmalgré sa patte cassée à cause de la chute il s’acharna sur mes doigts pour m’empêcher de ledétacher. Mais à son grand dam je parvins enfin à mon but. Il se passe parfois des chosesétranges par ici.Le jour approchait enfin de son terme, mes maîtres étaient rentrés depuis trente minutes et je parvenais à peine à cacher mon impatience. Ils m’avaient autorisé à voir les miens ce soir.Avec l’accord de nos maîtres, entre camarades d’infortune nous pouvions nous rencontrer unefois par semaine dans des lieux décidés à l’avance sous un contrôle strict pour éviter toutdébordement.Je servis le dîner de mes maîtres, composé lui aussi de quelques gélules qu’ils dégustaientdans le salon et qui s’acheva dans un silence monacal. Ils avaient perdu depuis longtempsl’habitude de parler entre eux, toutes les relations passaient par la pensée grâce à la puce quiétait greffée dans leur cerveau. Celle-ci amplifiait très largement les capacités intellectuellesde ceux qui la portaient. Pour conserver mon identité, j’avais refusé d’adopter cettetechnologie, ce qui expliquait ma condition d’esclave.Le bruit des chaises m’indiqua qu’ils quittaient enfin la table. Mes maîtres montaientl’escalier pour entamer la soirée dans leur salon privé. Leur fille que j’apercevais de profil se préparait à sortir, probablement pour rejoindre ses amis dans quelque endroit branché de la
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ville, où sa beauté ne devait laisser personne indifférent. Depuis ce matin, elle était radieusecomme rarement auparavant.Après avoir desservi la table des rares couverts et de trois verres, je me préparais à mon tour.Tous les esclaves devaient porter le même uniforme réglementaire lorsqu’ils sortaient en ville.Une fois dehors, le froid m’engourdit légèrement les membres, mais je goûtais pleinement cemoment de liberté.Le lieu de rendez vous était à quelques rues de la résidence. J’étais pressé de me réchauffer encompagnie de mes camarades et je m’y rendais d’un pas rapide, lorsque soudain d’une petiteruelle, une main puissante jaillit et m’attira vers elle. « Bang !!! » Je n’eus pas le temps deréagir. Un coup direct sur l’arrière de ma tête m’immobilisa net et avant de sombrer dansl’inconscience je sentis l’aiguille d’une seringue qui se glissa sous ma peau.J’ouvris enfin les yeux. Autour de moi, des murs blancs décorés de magnifiques photos de pomme de pain. Une femme aux longs cheveux noirs me proposa quelques bonbons à l’aspectragoûtant. Je me frottai les yeux, croyant d’abord à une hallucination puis la certitude de la présence miraculeuse de la fille de mes maîtres s’imposa enfin à moi. Comme pour ajouter àmon trouble, elle me sourit et posa ses doigts sur mes lèvres pour calmer le déluge dequestions qui se précipitait déjà hors de ma bouche.« Tout ira bien à présent » me dit-elle simplement pour me rassurer avant de se diriger vers la porte de ce qui semblait être une chambre d’hôpital. Je voulus la retenir, comprendre ce quivenait de se passer, mais mes jambes étaient comme paralysées. Impuissant, je m’assoupisencore plusieurs heures.C’est à mon réveil que ça commença. Une sensation étrange titillait mon esprit à l’orée dumonde des rêves. Je me sentais observé au plus profond de moi-même. Une voix semblait
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