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Aux Origines de La Culture Materielle Des Nomades de Mauritanie Reflexions a Partir Des Lexiques Arabes Et Berberes 2

Aux Origines de La Culture Materielle Des Nomades de Mauritanie Reflexions a Partir Des Lexiques Arabes Et Berberes 2

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1
 
Numéro spécial
The Maghreb Review
édité par Pierre Bonte et Sébastien Boulay"La Mauritanie contemporaine : Enjeux de mémoire et nouvelles identités"Aux origines de la culture matérielle des nomades de MauritanieRéflexions à partir des lexiques arabes et berbèresCatherine T
AINE
-C
HEIKH
 Jusqu'au XIV
ème
siècle, le Sahara occidental était encore une terre essentiellementberbérophone et ses habitants nomades avaient, selon toute vraisemblance, biendes points communs avec leurs voisins touaregs. La situation a changé au coursdes siècles suivants, petit à petit, après l'arrivée dans la région de groupes parlantarabe. Le désert semble avoir favorisé une certaine coexistence (cf. le témoignagede Valentin Fernandes 1506-1507, édité par de Cenival et Monod (1938)) —même si les raisons économiques et politiques de conflit ne devaient pas manquer
1
 —, mais celle-ci s'est avérée essentiellement profitable à l'arabisation, tant sur leplan anthropologique que linguistique. En effet, au début du XX
ème
siècle, lerapport entre arabophones et berbérophones s'était inversé et le parler berbère deMauritanie, le zénaga, apparaissait déjà comme voué à la disparition.Ceci contribue à expliquer pourquoi, lorsque la Mauritanie devint un Etatindépendant (1960), quelques décennies plus tard, l'héritage berbère fut moinsrevendiqué que contesté. Les élites maures ne se voulaient pas ‘arabo-berbères’mais ‘arabes’ et, tournant le dos aux affiliations tribales et régionales, entendaientconstruire leur identité sur l'héritage islamique et la langue du Prophète. L'heureétait aux mouvements anticoloniaux panarabes et la dimension berbère de laculture maure ne devait pas venir compliquer la (re)lecture historique du passé.Pour des raisons qui tiennent, entre autres, à la composition multiethnique etpluriculturelle de la Mauritanie, les quarante-cinq premières années écouléesaprès l'indépendance n'ont pas changé radicalement la donne. Cependant, du faitdes progrès de la sédentarisation — urbanisation véritable ou simple rurbanisationet de la tendance marquée à la suprématie politique et culturelle de l'arabe (cf.Taine-Cheikh 1994, 1998 et 2004), la présence du berbère, devenue beaucoupmoins visible que par le passé, semble avoir perdu du même coup son potentiel dedangerosité.À l'heure où l'intérêt pour l'héritage berbère connaît un certain frémissement,quand on se rend compte qu'une partie du vocabulaire
ass
ā
niyya
usitée par lesanciens et ignorée des jeunes générations est d'origine zénaga, il paraît urgentd'étudier ce lexique et d'y chercher le témoignage des contacts interculturelspassés. Pour ma part, ce que j'envisage ici répond cependant à une problématiqueun peu différente, où l'étude des emprunts lexicaux du
ass
ā
niyya
au zénaga estloin d'épuiser le sujet. Mon propos est en effet d'étudier quelques champs
1
Toutes les dissensions n'ont pas laissé dans les chroniques autant de traces que la guerre de
 Š 
u
 ṛḅ
u
ḅḅ
ä
— à supposer que ce conflit puisse, au moins partiellement, se lire à la lumière del'opposition Arabes/Berbères.
   h  a   l  s   h  s  -   0   0   5   6   7   0   1   1 ,  v  e  r  s   i  o  n   1  -   1   8   F  e   b   2   0   1   1
Manuscrit auteur, publié dans "The Maghreb review, 35 (n°1-2) « Spécial issue on Mauritania. Part 1 » (2010) 64-88"
 
2
 
sémantiques caractéristiques et d'essayer de voir si les similitudes et lesdifférences peuvent nous apporter des informations sur l'histoire des techniques etdes mentalités. Il ne s'agira donc pas de réduire le zénaga à ce qu'il a apporté au
ass
ā
niyya
, mais d'essayer de le considérer d'abord pour lui-même, comme letémoin privilégié d'un monde passé, quand bien même son statut de langue envoie de disparition a fortement contribué à appauvrir son vocabulaire. Sur cepoint, on n'aura garde d'oublier que, en dehors des toponymes, la survivance duberbère n'a concerné, depuis des décennies, qu'une partie bien limitée (au sud-ouest) de la Mauritanie : il ne faut pas s'attendre à de grands résultats pour lesactivités qui ne se pratiquaient guère dans cette région.Compte tenu du cadre limité de cet article, je ne traiterai ici que de quelquesdomaines lexicaux et mettrai l'accent sur ceux qui, au cours de mon travaillexicographique, m'ont paru présenter des stratégies de dénomination particulièresdans le contexte comparatif arabe/berbère. Par ailleurs, vu le caractèrerelativement inédit de la démarche, mes observations se limiteront, sur certainspoints, à un nombre très limité de termes, voire à un seul lexème.Sauf précision contraire, les analyses lexicologiques concernant les langues deMauritanie sont empruntées à mes propres travaux lexicographiques : pour le
ass
ā
niyya
(ou hass.), principalement le
 Dictionnaire
ass
ā
niyya
 – français
(1988-1998) et pour le zénaga (ou zén.), principalement le
 Dictionnaire zénaga – français
(2008a).Pour faciliter la lecture, je ne noterai pas dans cet article les variationsphonétiques du zénaga qui font que
d
,
,
 z
et
 ẓ
y sont généralement réaliséscomme des interdentales ([
đ
], [
đ
]
  ̣
, [
θ
] et [
θ̣
] — les deux dernières étant notéeshabituellement
 z
  ̄
et
 ẓ̄
) et que
 ž 
est réalisée normalement comme une chuintantetrès relâchée (
 ž 
). Il faudra par contre se souvenir que, non seulement il y asouvent remplacement de
par
d
et des sifflantes (
 s
et
 z
) par des chuintantes (
 š 
et
 ž 
), mais surtout que la liquide
l
a généralement évolué vers
 ǧ 
ou, plusfréquemment, jusqu'à la semi-consonne
 y 
([j]). On ne s'étonnera donc pas qu'un
 y 
 zénaga corresponde à un
l
dans les autres parlers (arabes ou berbères).1.
 Mines et salines
 
Certaines activités d'extraction mériteraient sans nul doute de véritablesdéveloppements. Je me contenterai ici de deux remarques susceptibles detémoigner de leur ancienneté dans la région :a) En zénaga, ‘sel’ se dit
tärärt 
. Il s'agit d'un terme isolé :— dans la langue zénaga où le rapport avec le nom ‘vrille’
 š 
ärärt 
et le verbe ‘fairevite’
 yämrär 
n'est pas évident cognitivement, même si formellement les trois itemspourraient dériver de la même racine RR ;— en berbère où le correspondant le plus fréquent dérive d'une racine ‘S +nasale’, ainsi en touareg
têsemt 
(Foucauld 1951-1952 : 1834) ou en ouargli
tis
ə
nt 
(Delheure 1987 : 301).Ce terme n'a pas de rapport non plus avec le terme arabe
mil
(attesté tel quel en
ass
ā
niyya
), mais il a laissé une trace dans la toponymie maure. En effet, dans le
   h  a   l  s   h  s  -   0   0   5   6   7   0   1   1 ,  v  e  r  s   i  o  n   1  -   1   8   F  e   b   2   0   1   1
 
3
 
Trarza, à une centaine de kilomètres au sud de Nouakchott, il existe une saline dequelque notoriété dénommée
ə
n-tärärt 
(lit. ‘un/celui au sel’)
2
.b) En zénaga, ‘fer’ (et plus généralement ‘métal’) se dit
uzzäy 
. Il s'agit cettefois d'un lexème panberbère dont la réalisation la plus fréquente est
uzzal
, ainsi enkabyle (Dallet 1982 : 941). L'évolution
l>y 
étant régulière en zénaga (sauf gémination de
l
), le rapprochement avec le toponyme Idjil (phonétiquement [i
ǧ
il])est formellement plausible car l'évolution
 z>
 ž 
~
 ǧ 
 
est fréquente. Elle est aussicognitivement probable : la montagne qui porte ce nom en Adrar (
 K 
ə
dy 
ə
əžžə
ll
)est en effet le lieu d'extraction du minerai de fer en Mauritanie (cf. Bonte 2001)
3
.En revanche, si un terme d'origine berbère a existé par le passé pour ‘cuivre’ (letouareg de l'Ahaggar a
dâro
 ġ 
‘laiton, cuivre jaune’ — apparemment un dérivé de
ûre
 ġ 
‘or’ —, cf. Foucauld
ibid.
: 1665), le zénaga n'emploie [plus ?], commesouvent en berbère, que le terme d'origine arabe (
n
ḥā
 s
) usité en
ass
ā
niyya
.2.
Cueillette, chasse et pêche
À la différence des activités d'extraction, celles de cueillette et de chasse étaientsans doute assez largement représentées sur tout le territoire, même si elles nedevaient pas être exemptes de toute variation régionale.a) En
ass
ā
niyya
, ‘cueillir, faire la cueillette ou la collecte’ se dit
lga
ṭ 
et laracine est panarabe (cf. l'arabe classique
laqa
ṭ 
a
).L'équivalent en zénaga est
 yu
 ḟ 
räd
. La racine FRD n'est pas fréquente avec ce sensen berbère, mais elle a été relevée par Naït-Zerrad (1998-2002 : 614-5) dans letouareg du Niger :
efred
‘chercher, glaner (produits naturels : grains, sel, fruits,légumes, herbe fraîche, paille, ...)’. En zénaga il s'agit, comme pour le berbère duNiger, d'un terme très général, mais la même racine a donné aussi un dérivé ausens plus restreint, celui de
ä
 šš 
ä
 ḟḟ 
urd
‘herbe ; végétation herbacée’, par lequel onpeut percevoir le lien entre la cueillette et l'alimentation du bétail.Plus intéressant, pour la comparaison arabe/berbère, est cependant le seconddérivé
 š 
ä
 ḟ 
ru
 Ḍ
‘petit sac, petite outre en cuir, pour collecter la gomme’. Cetteforme nominale présente le préfixe
 s-/
 š 
-
qui, pour les verbes, sert à former lecausatif-factitif (cf. Taine-Cheikh 2007) et, pour les noms, permet entre autres deformer des noms d'instrument (ex.
 y 
ǝ
rwäh
‘être mélangé ; mélanger’ et
ä
 šš 
ärwih
 ‘cuiller pour mélanger’). Il a pour exact équivalent, en
ass
ā
niyya
, le terme
m
ə
lg 
āṭ 
a
 qui est, comme
lga
ṭ 
 
‘cueillir’, dérivé de la racine LG
4
. La seule différence est quela formation des instruments fait appel, en arabe, à un préfixe nasal (
m-
), non aupréfixe
 s-/
 š 
-
.Ce parallélisme quasi parfait, pour lequel il est impossible de déterminer lequeldes termes est le calque de l'autre (ni même de prouver qu'il y a vraiment eu un
2
À Taoudenni, le terme le plus fréquent pour ‘sel’ est le terme sonray
 y 
iri
, mais
tésemt 
et
m
ə
l
a
ontété relevés également par Clauzel (1960 : 135-6).
 
3
Selon Al-Bakr
ī
, sur la route qui va de l'Oued Dar
ˤ
a au pays des S
ū
d
ā
n, on croise la montagne de fer,appelée Adr
ā
r-en-wazz
ā
l en berbère, au pied de laquelle commence le grand désert de la Madj
ā
ba(Cuoq 1975 : 85).
 
4
Même s'il existe un verbe spécifique
ˤ 
alläk
pour ‘collecter la gomme’. Celui-ci est dérivé, comme
ˤə
lk
‘gomme’, de la racine arabe
ʕ
LK.
 
   h  a   l  s   h  s  -   0   0   5   6   7   0   1   1 ,  v  e  r  s   i  o  n   1  -   1   8   F  e   b   2   0   1   1

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