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Anne Sauvagnargues

Anne Sauvagnargues

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Published by: Remy Sarcthreeoneone on Feb 14, 2013
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Anne Sauvagnargues :Machines désirantes -1
Machines techniques et machines socialesLa conception de la machine mise en œuvre dans l’
 Anti-Œdipe
reprend les travaux deGuattari depuis 1969. La machine oppose à la structure son caractère vitaliste, mécaniste ethistorique : elle n’est pas structurelle et autorégulée mais historique, ouverte sur l’extérieur [1].Guattari lui affecte la fonction typiquement lacanienne d’« opération de détachement d’unsignifiant comme différenciant »[2]mais il donne à cette opération une existence sociale, àtravers Leroi-Gourhan et surtout Mumford, qui inaugure le terme de « machine sociale » dansun article paru en traduction française dans la revue
 Diogène
en 1966[3]. Dans cet article,Mumford réfléchit sur les prouesses technologiques des premiers empires à forte centralisation,sous l’angle de leurs grandes réalisations architecturales (pyramides égyptiennes, zigguratsmésopotamiens). Partant d’une analyse assez classique de l’architecture despotique, Mumfordla transforme en décrivant l’efficacité constructive de ce mode de production social sur le pland’une cinématique des forces. Le gigantisme, le caractère prométhéen de ces réalisationscollectives exige qu’on considère ce type d’organisation sociale comme une «
mégamachine
».Il s’agit bien d’une machine au sens technologique du terme, et Mumford s’appuie sur ladéfinition classique de Reuleaux, présentant la machine comme ce qui « combine des élémentssolides fonctionnant sous contrôle humain pour transmettre un mouvement et exécuter untravail »[4]. L’innovation de Mumford consiste à dépasser le cadre de l’individu technique(une machine simple ou complexe, comme artefact individué) pour appliquer cette définitiontechnologique au corps social lui-même. Le machinal déborde l’artefact – l’individu machineconstruit de main d’homme – mais se caractérise toujours comme rapport force/déplacement,transmettant un mouvement et exécutant un travail, sous contrôle humain. Simplement il s’agitd’une « machine humaine »[5], 
méga
machine puisqu’elle déborde les machines individuelleset prend en compte l’organisation du travail au niveau du corps social lui-même, articulant deséléments solides (matériels et humains) pour transmettre un mouvement (musculaire) etexécuter un travail (les grandes réalisations collectives) sous contrôle humain (pouvoir despotique s’exerçant sous forme musculaire armée, et neuromotrice par transmission del’information). Mumford applique donc le qualificatif de machine à la machine sociale. Selonlui, la « machine humaine collective a fait son apparition à peu près à la période de la premièreutilisation industrielle du cuivre », et s’est transmise par l’intermédiaire d’agents humains pendant cinq mille ans avant de prendre la forme « non-humaine », mais tout aussi« despotique », qui caractérise notre technologie moderne[6]. Avant l’apparition des moulins àeaux du
XIV
e
siècle, la mégamachine ou machine humaine (« machine royale ») à moteur musculaire n’a pas d’équivalent en termes de réalisation et de capacité de production. Si ellefonctionne par coercition politique et différence de classe[7], dissipant d’énormes quantités desouffrance humaine dans des conditions sociales effrayantes, sur le plan constructif, sonefficacité n’est pas contestable. Avec Mumford, ce n’est donc plus la technique qui apparaîtcomme dispositif social, mais à l’inverse, le dispositif social qui apparaît comme technologiqueau sens fort : machine à information transformant l’énergie musculaire en travail avec forte
 
dissipation d’énergie sociale. On ne peut donc se contenter d’une définition classique de lamachine comme « porteuse d’outil », ni de la généalogie qui en fait l’héritière de l’outil[8]– lamachine est d’emblée porteuse d’humain, qu’elle agence selon un mécanisme contraignant, envue de drainer l’énergie collective pour la réalisation d’un travail social. Mumford proposedonc une théorie des civilisations qui intègre ses dispositifs techniques, réclame une véritablehistoire des techniques sous l’angle technologique, scientifique et social, et c’est à lui queDeleuze et Guattari doivent le concept de la culture comme « machine sociale »[9].Mais ils apportent à cette théorie une extension qui conduit à sa transformation. Mumfordlimitait l’application de cette formule aux seuls royaumes et empires archaïques disposantd’énormes réserves de main d’œuvre qu’il appelle « machine royale ». Deleuze et Guattarirefusent de limiter la portée de son analyse à cet état sociopolitique, qui correspond à ce qu’ilsappellent « l’institution despotique barbare », et l’étendent à tous les corps sociaux. De ladéfinition de la machine que Mumford reprenait à Reuleaux, Deleuze et Guattari ne prélèventque la fonction de captation, section et codage d’un flux, la transmission mécanique et la production d’une énergie sociale. Qu’il s’agisse là de machine à bâtir, et d’un étatsociopolitique dépendant d’un type d’organisation sociale caractérisant les empiresdespotiques et produisant du travail, cela n’est qu’une application sous telles conditionsdéterminées. La vocation architecturale, le diagramme de forces dégageant du travail n’ontrien de déterminants en eux-mêmes, et peuvent prendre d’autres formes. En particulier,certaines machines sociales se révèlent inaptes à produire du travail, parce que ses conditions(étatiques) manquent[10]. La fonction travail, et le mode sous lequel elle s’exerce ne sont pasdéterminants. La machine est ce qui permet, sous telles conditions déterminées, que ledispositif social prenne la forme technologique de la « machine royale » selon Mumford, oucelle des sociétés sans État, du capitalisme industriel ou de la technologie récente. On retientde Mumford l’extension au social ; le travail et l’outil deviennent des variables du phylummachinique dont dépendent les machines sociales. « Machinant » des hommes et des outils,« le phylum machinal pré-capitaliste [la machine royale] n’a pas besoin de passer par des“machines techniques” »[11]. Ces différences modales n’affectent pas la définition de lamachine comme ce qui produit un agencement social, au sens très général des synthèses productives définies plus haut.
UATTARI
, « Machine et structure »,
art. cit.,
p. 50.[2] G
UATTARI
, « Machine et structure »,
art. cit.,
p. 53. Cette formulation articule le « signifiant » lacanien et le« différenciant » de
 Logique du sens
.[3] Lewis M
UMFORD
, « La première mégamachine », in
 Diogène
, n° 55, juillet-septembre 1966, Gallimard, p. 3-20 ; cité AO, 165. L’expression est introduite p. 5. Deleuze et Guattari citent également son ouvrage classique,
 La cité à travers l’histoire
, 1961, tr. fr. Guy et Gérard Durand, Paris, Seuil, 1964, mais ne se réfèrent pas àl’ouvrage plus ancien
Technique et civilisation,
1934, tr. fr. Denise Moutonnier, Paris, Seuil, 1950.[4] R
EULEAUX
, Directeur de l’Académie industrielle de Berlin, est l’un des fondateurs de la Cinématique : ilpublie à la fin du XIX
e
la
Cinématique. Principes fondamentaux d’une théorie générale des machines
, tr. fr. A.Debize, Ingénieur des manufactures de l’État, Paris, Librairie F. Savy, 1877.[5] M
UMFORD
, « La première mégamachine »,
art. cit.
, p. 5. Voir aussi AO, 165, 263 et MP, 533 et 571.[6] M
UMFORD
, « La première mégamachine »,
art. cit.
, p. 3. Mumford reprend l’analyse classique du machinismedéclassant l’énergie musculaire humaine, en ayant recours aux sources autrement plus puissantes d’énergieinorganiques (eau et vent, puis vapeur, électricité, etc.). « Forme non humaine » implique qu’en passant del’industrie à l’automation, l’homme servomoteur, relais pour faire agir la machine, est également rendu obsolète,dans la mesure où son dispositif neurosensoriel est intégré à la machine elle-même (capteurs, senseurs etprogrammes informatiques). Leroi-Gourhan interprète la même séquence en y voyant une extériorisation desfonctions humaines, ostéomusculaires, puis neurosensorielles (L
EROI
-G
OURHAN
,
 Le geste et la parole
,
op. cit.
).Dans la mesure où il la comprend comme une « libération » (une extranéation) de la structure corporelleorganique, Leroi-Gourhan est une sources importantes pour l’usage du concept de « déterritorialisation » dans
 Mille plateaux
; mais Deleuze et Guattari refusent l’aspect téléologique que comporte cette « libération », quisuppose une unité organique, et fait de la technique le prolongement de la biologie ; ils lui substituent, avec la
 
« déterritorialisation » l’idée d’une indétermination du biologique composant avec la technique sociale unagencement métamorphique qui ne s’aligne pas sur un développement unitaire, sensible dans la lecture inspiréeque Leroi-Gourhan donne de l’histoire humaine.[7] Le vocabulaire marxien de la « différence de classe » n’appartient pas au répertoire de Mumford, mais bien àcelui de Guattari, et de Deleuze, qui précise bien dans un de ses entretiens avec Negri que la question des classesreste de toute actualité, même si le vocabulaire de « la lutte des classes » est marqué par la dogmatiquestalinienne. Dans l’exemple qui nous occupe, il est clair que le matériel humain se distribue à différents niveauxde la machine sociale : les réserves brutes d’énergie musculaire (esclaves), les transmetteurs d’ordre (motd’ordre et gens d’armes), le souverain.[8] Cette conception a en outre le défaut de présenter une lignée évolutive qui détermine la machine commesurvenant à tel moment de la lignée mécanique de l’outil : c’est le cas chez L
EROI
-G
OURHAN
,
 L’homme et lamatière
, 2 vol. « Évolution et techniques » et « Milieu et techniques », Paris, Albin Michel, 1943, rééd. 1971.[9] D
ELEUZE
et G
UATTARI
, AO, 40.[10] C’est l’analyse des sociétés dites primitives, qu’ils amorcent avec l’analyse des « sauvages » de l’
 Anti-Œdipe
, et développent sous l’antithèse nomade et sédentaire de
 Mille plateaux
; il s’agit d’une méditation surl’opposition entre sociétés étatiques, à écriture et à histoire, et sociétés « sans État », voir Pierre C
LASTRES
,
 Lasociété contre l’État 
, Paris, Minuit, 1974, et son commentaire de l’
 Anti-Œdipe
, chap. 10.[11] AO, 482.
Du Phylum machinique
 Le « phylum machinal »[1]  prépare la définition de l’ « agencement », terme forgé par  Guattari, mais repris par Deleuze et utilisé par lui dans sa lecture de
Surveiller et punir 
, queDeleuze lit comme une confirmation des thèses sur la machine de l’
 Anti-Œdipe
. La machineinclut le dispositif technologique sans se réduire à lui, c’est le dispositif technologique qui estagencé par la machine sociale. La machine sociale de Mumford est ainsi radicalisée à partir desanalyses de Foucault. Chez Mumford, c’est la société qui se fait
méga
machine, intégrant tousses membres en vue de la réalisation d’un
ergon
. Chez Foucault, c’est l’exercice du pouvoir qui se fait technologique, ce qui déplace le problème : ce n’est pas la société qui agence etarticule ses membres dans un système de forces relevant d’une immense machine. C’est lamanière dont le pouvoir socialise et différencie ses membres qui relève du technologique. Car Foucault[2]montre que la « discipline » qui qualifie les sociétés à partir du
XVIII
e
siècle ne peuts’identifier avec une institution spécifique, ni avec un appareil déterminé, mais « est un type de pouvoir, une technologie, qui traverse toutes sortes d’appareils et d’institutions pour les relier,les prolonger, les faire converger »[3]: les mêmes « pièces » au sens physique, les mêmes« rouages » appartiennent à l’État ou à la prison, et cette théorie des mécanismes du pouvoir  justifie que Foucault parle de « machine-prison »[4]. Si donc « les machines sont sociales avantd’être techniques »[5],c’est que l’outil renvoie à des « machines collectives » qui l’englobent. Cela confirme les analyses que Foucault consacre à une série technologique limitée comme lefusil[6],mais aussi son traitement de l’architecture avec l’analyse du
 Panopticon
de Benthamdans
Surveiller et punir 
.Cette analyse de l’intégration du technique et du social rejoint alors les travaux de Leroi-Gourhan et de Simondon[7],sur l’histoire des techniques, et les travaux décisifs des historiens comme Vernant, Détienne et Braudel, qui articulent l’histoire matérielle à l’histoire des

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