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Quinoa

Quinoa

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09/08/2013

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perspctive
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L’Année internationale du quinoa en 2013 met en lumièrecette plante d’origine andine pour son potentiel de lutte contrela aim et la pauvreté. Le développement de la flière peut aussi avoirun impact sur le territoire, selon le contexte et l’accompagnement,comme le montre la comparaison de la zone des Salars, au sudde l’altiplano bolivien, de la région Centre du Chili et de la zonemapuche au sud du Chili.
L
’Assemblée générale des Nations unies adéclaré 2013 « Année internationale duquinoa », à la suite d’une proposition de l’Étatplurinational de Bolivie à la FAO, en reconnais-sance aux peuples andins qui ont su préserver lequinoa comme aliment pour les générationsprésentes et futures. Est ainsi reconnu le rôle quepeut jouer cette plante pour la sécurité alimen-taire mondiale grâce à sa haute valeur nutrition-nelle et à sa biodiversité.Le quinoa (
Chenopodium quinoa 
Willd.) estune plante annuelle originaire des Andes. Sonintérêt nutritionnel repose sur la présence deprotéines (tous les acides aminés essentiels), deminéraux, de vitamines, d’acide linoléique(omega-3), d’amylases, et sur l’absence de gluten.Son ample diversité génétique lui permet des’adapter à divers types de sol, notamment lessols salins, et à des milieux couvrant de largesgradients d’humidité (de 40 à 90 %), d’altitude(de 0 à 4 500 m) et de température (de - 8 °C à38 °C). Cette adaptabilité constitue un atoutdans le contexte de dérèglement climatique et desalinisation des terres agricoles.Depuis les années 1980, le quinoa connaît un« boom », avec l’augmentation de la demanderégionale et internationale. Dans les pays andins,il reste un aliment de base – la consommationbolivienne continue d’augmenter et absorbe 50 %de la production. En Amérique du Nord et enEurope, il est de plus en plus apprécié pour sesqualités diététiques, son mode de culture biolo-gique ou son commerce équitable.Pour répondre à la demande, la production aplus que doublé en Bolivie, principal pays pro-ducteur avec le Pérou, tandis qu’au Chili desinitiatives étaient lancées pour développer et valoriser cette culture marginale.Quels sont les eets de ce boom sur le déve-loppement des territoires ? L’étude comparativede la zone des Salars, au sud de l’altiplano boli- vien, de la région Centre du Chili et de la zonemapuche au sud du Chili montre que la lièredu quinoa peut, selon le contexte et le type d’ac-compagnement, structurer ou déstructurer lesterritoires.
Dévloppmnt ttoal
Le quinoa,un catalyseur d’innovations
Didier BAZILE
>
 
Avec
Perspective,
le Cirad proposeun espace d’expressionde nouvelles pistesde réexion et d’action,fondées sur des travauxde recherche et surl’expertise, sans pourautant présenter uneposition institutionnelle.
Large diversité génétiqueau sein du
Quinoa real.
 © D. Bazile
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S  m
 janvier 20
13
 
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ser la production de quinoa ont voulu investirles plaines jusqu’alors dédiées à l’élevage delamas et d’alpagas ; quand d’anciens migrantsont fait valoir leurs droits ancestraux sur lesterres ; ou encore quand des familles ont décidéd’étendre leurs surfaces cultivées et de diminuerles temps de jachère.An de faciliter l’expression des pointsde vue, de discuter les points de blocage etd’identier des solutions consensuelles, uneréexion a été engagée avec les producteurs etles acteurs du territoire (coopératives, ONG,entreprises privées et institutions publiques).Elle a été accompagnée par Equeco, un projetde recherche-action pluridisciplinaire (agro-nomes, écologues, géographes, sociologues,économistes) en lien avec AVSF (Agronomeset vétérinaires sans frontières). Des ateliersparticipatifs ont été organisés pour construirecollectivement une vision durable de l’agri-culture. Cette prospective territoriale a mis au jour les fondements des transformations encours et une nouvelle organisation de l’espaceentre lieux de production, de services et de vie.Grâce à des jeux de rôles, les acteurs ont mis enscène leurs problèmes tant individuels que col-lectifs, et en ont débattu : pluriactivité et sys-tèmes de mobilité, normes de production,extension des terres cultivées et patrimoinefoncier familial, etc. La construction de cetteprospective collective a catalysé les initiatives vers un projet partagé de territoire. D’anciennespratiques ont été adaptées dans le nouveausystème. Les institutions assurant aux acteursun meilleur contrôle de la lière ont été renfor-cées. Communautés et agroécosystèmes ontainsi vu leur résilience accrue.
Alternative dans un contexteadverse dans le Centre Chili
La dynamique bolivienne a suscité des initiativestournées vers l’exportation au nord et au centredu Chili. Au nord, l’altiplano est la premièrerégion productrice de quinoa en termes de sur-face. Le contexte social et environnemental estsimilaire à celui du sud de l’altiplano bolivien. Toutefois, pour exporter, les communautésaymaras ne se sont pas organisées et sont restéessous la dépendance des coopératives boliviennes.Pour s’en détacher, la municipalité de Colchane(association Juira Marka) et la coopérative Qui-nuaCoop ont lancé chacune une initiative pourorganiser les producteurs. Mais ces initiativesont été construites sur les liens privilégiés dumaire ou d’un chercheur avec les leaders de telle
Modes d’organisationstructurants en Bolivie
En Bolivie, le quinoa est produit pour l’essentieldans la zone des Salars, une zone aux conditionsenvironnementales extrêmes de désert d’alti-tude. C’est la seule plante alimentaire qui sup-porte de telles conditions.Le boom du quinoa a eu un fort impact surles 20 000 ménages impliqués dans la produc-tion, la transformation ou la commercialisation.Les revenus ont augmenté, ce qui a incité cer-tains migrants à revenir. Les exploitations detaille modeste se sont maintenues, notammentgrâce à la poursuite de la pluriactivité.Le développement de la lière a bénécié auterritoire grâce à un contexte favorable (lademande internationale), au dynamisme desproducteurs qui se sont organisés, et aussi àl’accompagnement par des ONG et des cher-cheurs, qui ont aidé à exprimer et à résoudredes conits, à consolider certaines initiatives età les transformer en actions collectives.La reconnaissance internationale de l’agri-culture biologique, qui était pratiquée de fait, aincité les producteurs à se regrouper en coopé-ratives pour échanger leurs pratiques et partagerles coûts de certication. Puis l’orientation versle commerce équitable a conduit à rééchir àune gestion collective des ressources localesfondée sur l’accès équitable et le partage desbénéces.Les producteurs, organisés dès 1983 dansl’association nationale des producteurs dequinoa (Anapqui), ont investi une partie desbénéces de la lière dans la production (équi-pement pour le travail du sol, les semis) et latransformation (générant de nouveaux emplois),ainsi que dans les infrastructures locales (routes,écoles, centres de santé, cabines télépho-niques…). Grâce à la création de services deproximité dans les villages, l’exode des jeunes aété freiné et la population s’est stabilisée. L’ap-pellation générique
Quinoa real 
a permis decontinuer à cultiver plus de 25 variétés pay-sannes et a évité la standardisation du produittout comme l’homogénéisation des pratiquesagronomiques et culturelles, qui auraient fragi-lisé les systèmes de culture. Toutefois, le passage d’une économie d’auto-subsistance à une économie de marché aaccéléré la déstructuration de l’organisationcommunautaire, qui gérait le foncier et l’accèscollectif aux ressources. Des conits sont appa-rus : quand des agriculteurs souhaitant mécani-
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Le boom duquinoa a bénéciéau territoire grâceà la demandeinternationale et à l’action collective.
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Le commerceéquitable conduit à réféchir à l’accèsaux ressources et aupartage des bénéces.
 
 
Coordination territorialeautour du quinoaen zone mapuche
Dans le sud du Chili, le quinoa,
dawe 
en languemapuche, est une plante séculaire, conservée parles femmes dans leurs jardins potagers. Il conti-nue à être cultivé en association avec les culturesmaraîchères locales selon des techniques agro-écologiques traditionnelles. Chaque agricultricesème en moyenne trois variétés, dont certainesrares comme le quinoa noir mapuche. Des
cura-doras 
(conservatrices de la biodiversité) s’organi-sent en réseaux, animent des foires de semenceslocales, les
trafkintu
, sensibilisent et transmettentaux plus jeunes leurs connaissances sur la biolo-gie des plantes, les pratiques semencières etl’intérêt de conserver la diversité variétale.Depuis plus de quinze ans, l’ONG CET-Suraccompagne les Mapuche pour identier, collec-ter puis diuser les variétés locales, échangersavoirs et techniques, retrouver les usages tradi-tionnels. Avec les communautés, elle a élaboréun protocole d’autocertication pour des circuitscourts, qui garantit l’authenticité du quinoamapuche sur les marchés locaux et régionauxet auprès des chefs cuisiniers. L’associationdes acteurs impliqués ou intéressés – produc-teurs, communautés mapuche, agents des muni-cipalités, opérateurs locaux de tourisme,chercheurs, etc. – marque une nouvelle gouver-nance. Le Centre d’innovation pour l’entrepre-nariat mapuche (Ciem) va dans ce sens : soncomité d’orientation des projets associe commu-nautés mapuche, recherche, ONG.Malgré cette avancée, le territoire mapuche,disjoint au l des conits avec le pouvoir central,ne parvient pas à construire une vision partagéede son futur. Le projet Imas est intervenu enappui au CET-Sur pour y rééchir. Il résulte decette réexion conduite avec les Mapuche que laconstruction du territoire doit reposer sur les valeurs sociales (entraide, troc…), culturelles(cosmogonie, rites, cuisine…) et agronomiques(adaptation des variétés, association d’espècesdans la rotation, lutte biologique, gestion de lafertilité…), valeurs contenues dans les pratiquesmapuche d’agroécologie. Pour faire vivre cettecommunauté de pratiques, le CET-Sur organisedes retours d’expériences, ainsi que des expéri-mentations en milieu paysan et une mutualisa-tion des services (formation, transformation,commercialisation) autour du quinoa. Prenanten compte la diversité des actions locales, elle valorise leur complémentarité.ou telle communauté, excluant de fait les autres.Aujourd’hui, l’altiplano chilien est peuplé de villages fantômes et les Aymaras à la recherched’emplois sont repoussés dans les ghettos à lapériphérie d’Iquique, la capitale régionale.En revanche, dans la région Centre du Chili,connue pour ses monocultures d’exportation,une dynamique a émergé d’un contexte adverse.Le quinoa est cultivé dans le Secano Costero, lazone la plus pauvre du pays, par de petits agri-culteurs, sur des sols pauvres et dégradés, prin-cipalement pour une consommation familialeou de proximité. Avec le projet d’exporter, six« grands » producteurs de quinoa ont créé uneentreprise privée, Agrícola Las Nieves Ltda, surles bases de la coopérative Las Nieves. Ils ontainsi obtenu des fonds publics pour équiper unechaîne de transformation et organiser la com-mercialisation à l’export. Les producteursactionnaires (8-10 ha en moyenne) se sontaccordé un prix 1,5 fois supérieur à celui desmembres de l’ancienne coopérative (1-3 ha) et3 fois supérieur à celui des petits producteursisolés (1/4 à 1 ha) ; sans oublier les dividendes.De plus, pour homogénéiser la production,faciliter la mécanisation et maximiser ses béné-ces, l’entreprise a distribué une seule variété,ce qui fragilise la production à moyen terme.Comment accompagner les petits producteurspour dépasser cette situation dans un contexteéconomique néolibéral ? Dans un premier temps,les chercheurs du projet Imas (lire encadré p. 4)se sont associés aux intervenants sociaux de lazone. Ils ont réuni les agriculteurs des régionsproductrices de quinoa du nord au sud du Chili,autour d’un jeu de rôle. Du dialogue engagé aémergé le constat que des communautés indi-gènes tout autant démunies conservaient un liensocial fort et mettaient en commun leurs eorts.Les petits producteurs de la région Centre ontréagi. Organisés en association, ils ont décidé destabiliser leurs systèmes de production pour lemarché intérieur, notamment celui de Santiagoà 200 km de là, au lieu de s’engager directementdans l’exportation. Et ils commencent unedémarche simpliée d’autocertication biolo-gique pour la vente directe et mettent en placedes unités de transformation mobiles.Grâce à l’implication des diérentes catégo-ries de producteurs, d’acteurs locaux (servicesdécentralisés du ministère de l’Agriculture, col-lectivités locales, coopérative), et de chercheursdu projet Imas, le dialogue établi a permis decomprendre les conits et d’identier les leviersdu développement local, et ainsi de construireune alternative au modèle d’agroexportation.
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La nécessité est apparue d’associer à la réfexion tous lesacteurs du territoire.
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Des actionsalternativesau modèled’agroexportationsont possibles.

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