N
OVEMBRE
- D
ÉCEMBRE
2007
12 B&F
L’INTERVIEW
grand succès même, car nous avons puattirer de nouveaux sujets d’imposition, etles contribuables existants ont pu réaliserdes bénéfices plus élevés. Il faut toujours,quand on procède à des allégementsfiscaux, en cibler les effets, qu’il s’agisse del’imposition de l’énergie, de l’immobilier, dela santé, de l’éducation, etc. Si l’on n’a pas lapreuve que l’objectif visé pourra êtreatteint, il vaut mieux s’abstenir, ou prendred’autres mesures.
B&F: Pensez-vous sérieusement que l’onpuisse estimer à l’avance l’effet d’unemesure fiscale? Au fond, vous êtes enquelque sorte partisan de la «courbe deLaffer»!
H.-R.M.:
(rires). Non, comme je viens devous le dire, nous avons en l’occurrence lapreuve que cette mesure a eu un réelsuccès. Nous nous trouvons aujourd’hui,en matière d’imposition, sur une autorouteà trois voies. La première est celle del’imposition des personnes physiques, ladeuxième, celle des personnes morales, etla troisième, la TVA. Sur chacune de cesvoies, nous avons quelques projets pourl’avenir. En ce qui concerne l’imposition despersonnes physiques, nous avons mainte-nant les mesures immédiates, pour l’imposi-tion des couples mariés à double revenu. Apartir du 1
er
janvier de l’année prochaine, unallégement de 2500 francs est prévu pourtous les couples mariés, et j’espère – j’ensuis même certain – qu’à ce moment-là lesfemmes demeureront dans la vie profes-sionnelle, ou y entreront.
B&F: Il y a là une incitation à travailler…
H.-R.M.:
…j’en suis certain. Nous avonsestimé à 50 millions de francs l’augmentationdes recettes qui en découlera. S’agissant despersonnes morales, le constat est le même.Comme je l’ai mentionné à l’instant, la pre-mière réforme a été un grand succès. Ladeuxième, j’espère, le sera aussi. Elleconcerne comme vous le savez l’impositionpartielle des dividendes, et introduit unesérie de mesures en faveur de l’entrepriseelle-même, avec notamment un allégementdu droit de timbre et une réduction de l’im-position des bénéfices. Elle inclut enfin unesérie de simplifications administratives, encas par exemple de transfert d’immeubles dela fortune commerciale à la fortune privée, etvice versa. Là, nous sommes convaincus queces mesures auront du succès.
B&F: Envisagez-vous par ailleurs des modifi-cations du régime des forfaits fiscaux?
H.-R.M.:
Non, pas du tout. Les cantons tien-nent à ce système. Il concerne des per-sonnes riches, qui n’ont pas de revenus enSuisse, ou dont il serait de toute manière dif-ficile d’établir d’où ces revenus provien-nent. Considérez simplement le cas dessportifs qui participent à des compétitionsdans une vingtaine de pays différents, et quipeuvent bien souvent obtenir des déduc-tions fiscales pour la rémunération de leurstaff. Comment, par ailleurs, traiter fiscale-ment les revenus tirés de la publicité ou dusponsoring. Bref, tout cela serait très com-pliqué, tant les systèmes fiscaux diffèrentd’un pays à l’autre. Sans compter qu’il seraitpour nous extrêmement difficile de remon-ter aux sources de ces revenus. Raison pourlaquelle cette solution forfaitaire s’estimposée. Bien entendu, le coefficient multi-plicateur doit être d’au moins un facteur 5,ce qui a maintenant été confirmé par laConférence des directeurs cantonaux desfinances, qui a d’ailleurs salué ce système àl’unanimité.Cela étant, l’imposition forfaitaire neconcerne au total que 4000 personnes enSuisse. Et ce nombre ne devrait pass’accroître. Il faut veiller à ce qu’un telsystème ne s’applique qu’aux personnesqui se trouvent dans ce genre de situation,et à elles seules.
B&F: Les pressions internationales, cellesde l’Union européenne en particulier, quis’exercent à l’encontre de ce que l’onpourrait appeler les «solutions fiscalesfavorables» accordées en Suisse àcertaines catégories de contribuables,sont-elles de nature à faire plier la Suisse,un jour?
H.-R.M.:
(rires). C’est difficile à dire.S’agissant de l’imposition forfaitaire, je nepeux que remarquer qu’il n’y a pas de pro-blème, puisque plusieurs pays européensl’appliquent également. Plus généralement,le dialogue – et non la négociation – avecl’Union européenne doit commencer parune discussion sur les questions de philo-sophie. Au préalable toutefois, je tiens àrappeler que l’accord de libre-échange de1972 n’est absolument pas applicable, car ilne contient aucune mention touchant à lafiscalité. La base légale est donc très faiblepour l’Union européenne. A part cela, biensûr, il y a la politique. Je constate parexemple que la politique de l’Union euro-péenne en matière d’aides publiques diffèretotalement de notre approche. Nous nesommes pas membres à 100% du marchéintérieur européen; nous ne le sommes quepartiellement, à hauteur des 17 accordsbilatéraux. Dès lors, nous ne sommes pas enmesure d’influencer les décisions prises àl’intérieur de ce marché, et n’avons rien àdire lorsque l’UE admet, et soutient mêmedans les faits, un système d’aides publiques,en dérogeant à coups d’exceptions au prin-cipe de l’interdiction. Tandis que notresystème se base plutôt sur des incitationsfiscales. Nous avons naturellement aussides aides publiques…
B&F: …dans l’agriculture, notamment!
H.-R.M.:
Oui, mais dans ce domaine, c’estvrai des deux côtés. De manière générale, jele répète, notre approche est différente.Quand il s’agira, au début du mois denovembre, de nouer ce dialogue, je me per-mettrai de centrer tout d’abord la discus-sion sur ces questions philosophiques, etde montrer que nous avons un systèmecomplètement différent de soutien à notreéconomie. Je mettrai en évidence le fait que
«Pour ce qui touche àl’introduction de nouveauxvéhicules de placementcomme les hedge funds,nous devrons étudieractivement la possibilitéde les intégrer dans notresystème fiscal»
H
ANS
-R
UDOLF
MERZ
«Je suis convaincu quele taux unique de TVA seraitla solution la meilleurepour ce pays»
H
ANS
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UDOLF
MERZ
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