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LINTERVIEW
Banque & Finance: Dans le cadre de leur«stratégie place financière 2015», lesmilieux bancaires helvétiques réclamentde nombreux allégements en matière defiscalité. Comment réagissez-vous face àce genre de pressions?
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Je crois en effet que lesconditions cadre doivent être améliorées ence qui concerne la place financière, quicompte tout de même parmi les plus impor-tantes du monde. Dans le passé, nous avonsparfois manqué l’occasion de favoriserl’introduction de nouveaux produits finan-ciers, de sorte que nous avons perduquelques marchés, comme celui des fonds,dont d’autres pays ont su profiter. Cest à cetégard qu’il convient désormais d’améliorer lasituation. Il y a quelques années, j’avais eudes contacts avec les dirigeants de l’Unionde Banques Suisses. Je leur avais dit que le jour où les milieux bancaires seraient enmesure de nous indiquer ce qu’ils veulentexactement, comment ils entendent se posi-tionner en ce qui concerne les produits et lesmarchés, alors il appartiendra à la Confé-dération d’aménager des conditions cadre etde prévoir les mesures d’accompagnementnécessaires à l’amélioration de la situationde la place financière.Je viens de prendre connaissance de cerapport, qui me plaît bien. A présent, ils’agit d’approfondir le sujet. D’abord en leconvertissant en une véritable stratégie, cequil n’est pas encore. Pour l’heure, il repré-sente simplement ce que l’on appelle un«master plan», même si, naturellement, ilcontient déjà les grandes lignes de ce qui vaen sortir. En novembre ou en décembre,nous aurons de premières discussions avecles représentants des milieux bancaires. Acette occasion, je ferai le tour d’horizon desdivers moyens envisageables pour soutenircette place financière.
B&F: Les demandes sont surtout de naturefiscale…
H.-R.M.:
Il s’agit bien entendu d’un inven-taire. Si j’avais été à la place des auteurs dece rapport, je l’aurais rédigé de la mêmemanière. On verra bien ce qu’il en ressor-tira. Certaines propositions sont d’ailleursdéjà en chantier, puisque l’on a longuementdiscuté, par exemple, de la question dudroit de timbre. Il s’agit là en effet d’uneimposition nuisible, que l’on a d’ailleursdéjà abaissée en deux étapes, et je conti-nuerai sur cette voie. Quant à la question,plus délicate, de l’impôt anticipé, il est diffi-cile en l’état d’en dire quelque chose. Sur cepoint-là, je ne vois pas vraiment des résul-tats. Pour ce qui touche en revanche àl’introduction de nouveaux véhicules deplacement comme les hedge funds, nousdevrons à mon avis étudier activement lapossibilité de les intégrer dans notresystème fiscal. Personnellement, je salue-rais tout progrès dans cette direction, car ils’agirait d’un segment nouveau pour notremarché financier. Il ne s’agirait en l’occur-rence ni d’un abaissement ni d’un allége-ment de l’imposition, puisque celle-cin’existe pas encore. En revanche, on attire-rait et l’on s’attacherait de nouveaux sujetsd’imposition, de nouvelles professions liéesà la place financière suisse.
B&F: Globalement, le calcul des milieuxfinanciers consiste à obtenir, via un allége-ment de la charge fiscale (ou en tout casen évitant de l’étendre à de nouveauxsujets fiscaux), un élargissement de l’as-siette fiscale, autrement dit à augmenter lenombre de contribuables, de manière àéviter que les réductions d’impôts n’alour-dissent les déficits. Il n’empêche que sil’on considère l’évolution budgétaire sur lalongue période, on doit convenir que laConfédération a vraiment de la peine àrégler son problème de dette publique. Parconséquent, si toutes les revendications dela place financière étaient satisfaites, nerisquerait-on pas de retomber dans lesdéficits?
H.-R.M.:
Tout à fait. C’est la raison pourlaquelle il faut établir des priorités. Et jediscuterai précisément de ces prioritésavec les représentants de la place finan-cière. Je mentionnerai d’ailleurs égalementla question de l’imposition des bénéfices. Ilfaut cependant ajouter encore une chose.La première réforme de l’imposition desentreprises a été une réussite. Nous avionspris en compte une diminution des recettesde 400 millions. Or, ce qui s’est passéensuite, c’est que le nombre des holdings enSuisse a augmenté pratiquement de 50%.Dautre part, le produit de l’imposition despersonnes morales a augmenté deux foisplus vite que la croissance du produit inté-rieur brut. C’est pour moi la preuve quecette réforme s’est avéré un succès. Un
HANS-RUDOLF MERZ
«Les conditions cadredoivent être améliorées»
Dans cet entretien exclusif accordé à
Banque & Finance 
, le conseiller fédéral Hans-RudolfMerz, chef du Département fédéral des finances, réagit à la «stratégie place financière2015» développée par les milieux bancaires (voir page 88). Il fait également le point sur lesgrands chantiers qu’il a ouverts en matière fiscale, et relève les progrès accomplis au coursde la dernière législature.
Propos recueillis par 
Olivier VACHERAND et Marian STEPCZYNSKI 
 
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grand succès même, car nous avons puattirer de nouveaux sujets d’imposition, etles contribuables existants ont pu réaliserdes bénéfices plus élevés. Il faut toujours,quand on procède à des allégementsfiscaux, en cibler les effets, qu’il s’agisse del’imposition de l’énergie, de l’immobilier, dela santé, de l’éducation, etc. Si l’on na pas lapreuve que l’objectif visé pourra êtreatteint, il vaut mieux s’abstenir, ou prendred’autres mesures.
B&F: Pensez-vous sérieusement que l’onpuisse estimer à l’avance l’effet d’unemesure fiscale? Au fond, vous êtes enquelque sorte partisan de la «courbe deLaffer»!
H.-R.M.:
(rires). Non, comme je viens devous le dire, nous avons en l’occurrence lapreuve que cette mesure a eu un réelsuccès. Nous nous trouvons aujourd’hui,en matière d’imposition, sur une autorouteà trois voies. La première est celle del’imposition des personnes physiques, ladeuxième, celle des personnes morales, etla troisième, la TVA. Sur chacune de cesvoies, nous avons quelques projets pourl’avenir. En ce qui concerne l’imposition despersonnes physiques, nous avons mainte-nant les mesures immédiates, pour l’imposi-tion des couples mariés à double revenu. Apartir du 1
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 janvier de l’année prochaine, unallégement de 2500 francs est prévu pourtous les couples mariés, et j’espère – j’ensuis même certain – qu’à ce moment-là lesfemmes demeureront dans la vie profes-sionnelle, ou y entreront.
B&F: Il y a là une incitation à travailler…
H.-R.M.:
…j’en suis certain. Nous avonsestimé à 50 millions de francs l’augmentationdes recettes qui en découlera. Sagissant despersonnes morales, le constat est le même.Comme je l’ai mentionné à l’instant, la pre-mière réforme a été un grand succès. Ladeuxième, j’espère, le sera aussi. Elleconcerne comme vous le savez l’impositionpartielle des dividendes, et introduit unesérie de mesures en faveur de l’entrepriseelle-même, avec notamment un allégementdu droit de timbre et une réduction de l’im-position des bénéfices. Elle inclut enfin unesérie de simplifications administratives, encas par exemple de transfert d’immeubles dela fortune commerciale à la fortune privée, etvice versa. Là, nous sommes convaincus queces mesures auront du succès.
B&F: Envisagez-vous par ailleurs des modifi-cations du régime des forfaits fiscaux?
H.-R.M.:
Non, pas du tout. Les cantons tien-nent à ce système. Il concerne des per-sonnes riches, qui n’ont pas de revenus enSuisse, ou dont il serait de toute manière dif-ficile d’établir d’où ces revenus provien-nent. Considérez simplement le cas dessportifs qui participent à des compétitionsdans une vingtaine de pays différents, et quipeuvent bien souvent obtenir des déduc-tions fiscales pour la rémunération de leurstaff. Comment, par ailleurs, traiter fiscale-ment les revenus tirés de la publicité ou dusponsoring. Bref, tout cela serait très com-pliqué, tant les systèmes fiscaux diffèrentd’un pays à l’autre. Sans compter quil seraitpour nous extrêmement difficile de remon-ter aux sources de ces revenus. Raison pourlaquelle cette solution forfaitaire s’estimposée. Bien entendu, le coefficient multi-plicateur doit être d’au moins un facteur 5,ce qui a maintenant été confirmé par laConférence des directeurs cantonaux desfinances, qui a d’ailleurs salué ce système àl’unanimité.Cela étant, l’imposition forfaitaire neconcerne au total que 4000 personnes enSuisse. Et ce nombre ne devrait pass’accroître. Il faut veiller à ce qu’un telsystème ne s’applique qu’aux personnesqui se trouvent dans ce genre de situation,et à elles seules.
B&F: Les pressions internationales, cellesde l’Union européenne en particulier, quis’exercent à l’encontre de ce que l’onpourrait appeler les «solutions fiscalesfavorables» accordées en Suisse àcertaines catégories de contribuables,sont-elles de nature à faire plier la Suisse,un jour?
H.-R.M.:
(rires). C’est difficile à dire.S’agissant de l’imposition forfaitaire, je nepeux que remarquer qu’il n’y a pas de pro-blème, puisque plusieurs pays européensl’appliquent également. Plus généralement,le dialogue – et non la négociation – avecl’Union européenne doit commencer parune discussion sur les questions de philo-sophie. Au préalable toutefois, je tiens àrappeler que l’accord de libre-échange de1972 n’est absolument pas applicable, car ilne contient aucune mention touchant à lafiscalité. La base légale est donc très faiblepour l’Union européenne. A part cela, biensûr, il y a la politique. Je constate parexemple que la politique de l’Union euro-péenne en matière d’aides publiques diffèretotalement de notre approche. Nous nesommes pas membres à 100% du marchéintérieur européen; nous ne le sommes quepartiellement, à hauteur des 17 accordsbilatéraux. Dès lors, nous ne sommes pas enmesure d’influencer les décisions prises àl’intérieur de ce marché, et n’avons rien àdire lorsque l’UE admet, et soutient mêmedans les faits, un système d’aides publiques,en dérogeant à coups d’exceptions au prin-cipe de l’interdiction. Tandis que notresystème se base plutôt sur des incitationsfiscales. Nous avons naturellement aussides aides publiques…
B&F: …dans l’agriculture, notamment!
H.-R.M.:
Oui, mais dans ce domaine, c’estvrai des deux côtés. De manière générale, jele répète, notre approche est différente.Quand il s’agira, au début du mois denovembre, de nouer ce dialogue, je me per-mettrai de centrer tout d’abord la discus-sion sur ces questions philosophiques, etde montrer que nous avons un systèmecomplètement différent de soutien à notreéconomie. Je mettrai en évidence le fait que
«Pour ce qui touche àl’introduction de nouveauxvéhicules de placementcomme les hedge funds,nous devrons étudieractivement la possibilide les intégrer dans notresystème fiscal»
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«Je suis convaincu quele taux unique de TVA seraitla solution la meilleurepour ce pays»
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l’UE ne peut pas nous considérer commepartie intégrante de son système, toutcomme, à l’inverse, le fait que nous n’avonsaucune possibilité d’influencer l’évolutiondu système fiscal de l’UE.
B&F: Vous demanderez en somme l’applica-tion de la règle de la réciprocité.
H.-R.M.:
Voilà. Dans le rapport que nousavons préparé et qui sera présenté avant ledébut de ce dialogue, nous démontronsclairement que le système européen daidesd’Etat, très étendu, et qui porte chaqueannée sur des milliards, est fondamentale-ment de nature discrétionnaire, puisque cesont les dirigeants européens qui décidententre eux de la légalité de ces subsides.
B&F: Ne trouvez-vous pas que certainscantons sont allés un peu loin dans la sous-enchère fiscale?
H.-R.M.:
Ils se sont peut-être placés sous lapression de leurs voisins. Mais cette questionest vraiment typique de notre système fiscal,qui comporte vingt-six systèmes fiscaux diffé-rents, plus celui de la Confédération. Chaquecanton a sa propre constitution, sa propre loisur les contributions publiques, et chacunconnaît l’institution du referendum. C’estdonc au peuple de se prononcer sur l’oppor-tunité de financer telle ou telle dépense.Limposition sert uniquement à financer lestâches publiques, et rien d’autre.
B&F: La critique selon laquelle la péréqua-tion financière entre les cantons permet àcertains d’entre eux d’abaisser leursbarèmes pour ensuite mieux profiter del’argent des autres ne vous paraît paspertinente?
H.-R.M.:
La réforme de la péréquation avaitprécisément pour objectif, entre autres, decorriger ce biais. Savoir que l’on ne prendplus seulement en considération le critèrede la charge fiscale, mais que l’on prendcomme base l’indice de la capacité finan-cière. Cest un changement de perspective.
B&F: Avez-vous un peu de compréhensionpour les Romands, notamment les Genevoiset les Vaudois, qui s’indignent de cettenouvelle péréquation qu’ils jugent profondé-ment injuste à leur endroit?
H.-R.M.:
(rires) Bien sûr. Mais j’aimeraisfaire remarquer que nous avons tenu beau-coup de séances, et que nous avons discutéde ce point de manière approfondie, en étu-diant plusieurs variantes. Evidemment, sivous devez trouver un compromis entre26 cantons dont certains, comme le mien,Appenzell, n’ont pas à affronter les mêmesdéfis que Genève, qui est tout de même laGenève internationale, c’est difficile. A lafin, il a fallu trouver des critères, y comprispour ce qui concerne le traitement des fron-taliers, car il n’y a pas que Genève qui setrouve dans cette situation, mais il y a aussiBâle-Ville, Bâle-Campagne, le Tessin, ouencore St-Gall avec l’Autriche. C’est laraison pour laquelle nous en avons longue-ment discuté.De son côté, le canton de Vaud se trouvedans une situation favorable, puisqu’il aconnu un redressement formidable, etcompte à présent parmi les membres de laclasse supérieure. La conséquence qui s’en-suit est qu’il est devenu payeur, au lieud’être receveur. Pour les finances d’uncanton, cela fait évidemment une grandedifférence. Mais pour son image, c’esttrès bien. Cela montre que ce canton esten bonne santé, et doit être fier de cettesituation.
B&F: Les fonds que la Confédération pro- jette de mettre à disposition des projetsd’agglomération suscitent beaucoup deconvoitises… La Confédération va-t-elleréussir à satisfaire tout le monde?
H.-R.M.:
(rires) Non, je ne le crois pas. Si onadditionne les demandes, on multiplie par10 les 3,5 milliards à disposition, donc onn’y arrivera pas. Mais on parviendra certai-nement à fixer des priorités. Je rappelle quela première autoroute construite en Suissel’a été entre Genève et Lausanne, à l’occa-sion de l’Exposition nationale de 1964. Cefut très bien ainsi, car il faut toujours com-mencer par les minorités: si on les soigne,on renforce la cohérence du pays. Mais,pour ma part, je commence évidemmentpar regarder les chiffres. Si le traficdémontre quentre deux villes l’intensité dutrafic est supérieure à celle observéeailleurs, cela donne déjà un premier indicesur la manière dont il convient détablir lespriorités.
B&F: Mais cela amène aussi à davantagede concentration! Car, évidemment, le trafic
«Le droit de timbre est une imposition nuisible,que l’on a d’ailleurs déjà abaissée en deux étapes,et je continuerai sur cette voi
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