Rêve en vert
Je m’appelle Léa. J’ai 19 ans. Je suis en ce moment dans l’endroit le plus gris qu’il m’aitété donné de voir : une cellule des prisons gouvernementales secrètes. Les murs, le sol, le plafond, le matelas sur lequel je dors, la couverture qui m’évite de mourir de froid pendant lanuit, et même la soupe que l’on me sert invariablement deux fois par jour aux mêmes heures ;tout est gris. Pourtant, je suis là parce que je recherchais la couleur, parce que je voulais merapprocher du vert naturel, essence de la vie.Depuis le début du siècle, notre pays et le monde d’une manière générale se sontradicalisés. Des gouvernements forts sont apparus un peu partout et ont mis la main sur une population déstabilisée par les problèmes sociaux et environnementaux dans laquelle elleévoluait. Comme si le fait de faire des enfants était un moyen de se protéger de l’avenir, letaux de natalité a, depuis quelques décennies, considérablement augmenté, et ceci à unevitesse incontrôlable dans tous les pays du globe. Aujourd’hui, notre pays, comme tantd’autres, est totalement urbanisé. D’une ville on parvient à une autre, et seules des banlieues pauvres et surpeuplées les séparent. Ces étendues de maisons bricolées et d’enfants malnourris ressemblent de plus en plus aux favelas que connaissait déjà l’Amérique latine depuislongtemps. Cette fin de siècle est terriblement terne. Les villes sont construites de béton gris,l’air est sombre de fumée et de pollution, les gens eux-mêmes sont déprimés par la situationsociopolitique et économique qu’ils subissent. Ces circonstances entraînent chez certains unemauvaise humeur perpétuelle ou, ce qui est pire encore, une passivité affligeante et uneindifférence totale à ce qui les entoure.1
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