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Littérature de l'Ailleurs: Segalen, Perse, Michaux, Cendrars, Larbaud,Morand, Giraudoux romancier, Supervielle.
Henri Michaux: exorcisme de l'hostilité.
 Né en 1899. Il vient de Namur en Belgique. Michaux ressent sa présence au monde commeune blessure. Il est profondément sensible à la condition de désarmé de l'Homme. Dès l'enfance, lelangage est pour lui une arme. Le langage dans son oeuvre est un langage d'attaque, et doncl'humour y joue un grand rôle. Mais c'est un humour métaphysique où l'être même est changé par celangage agressif qui le nomme.Michaux a crée un personnage nommé Plume (Un certain Plume, 1930; Plume,1937) dont lesymbolisme est évident. C'est un personnage qui se heurte au monde comme le Charlot de Chaplin.De ces heurts naissent des étincelles verbales humoristiques et fascinantes. Ainsi, la fatalité dumonde hostile est « encaissée » et aussi exorcisée par le langage, qui joue à son égard le rôle d'unesorte de boomerang; le langage se retourne contre son ennemi et le transforme. Le langagedésarticule le monde pour le vaincre.
Cas de Folie Circulaire
(1822)
Qui je fus
(1922)
 La Nuit Remue
(1931)
Voyage en Grande Garabagne
(1936)
 Plume, précédé de Lointain Intérieur 
(1837)
 Exorcismes
(1943)
 Apparitions
(1946)
Meidosems
(1948)
 Passages
(1950)Icebergs:L'image du froid et de la glace est un des aspects les plus obsédants du monde hostile. Lesicebergs représentent cette hostilité fatale et familière, la tentation du désespoir et du néant (pour l'auteur, ils évoquent d'augustes bouddhas gelés.) Mais cette familiarité même tend finalement à lesexorciser et le poème s'achève sur une note de tendresse pour cette glace rendue inoffensive par sa parenté avec les îles et les sources.
« Icebergs, sans garde-fou, sans ceinture, où de vieux cormoransabattus et les âmes des matelots morts récemment viennent s'accouder aux nuits enchanteresses de l'hyperboréal.Icebergs, Icebergs, cathédrales sans religion de l'hiver éternel,enrobés dans la calotte glaciaire de la planète Terre.Combien hauts, combien purs sont tes bords enfantés par le froid.Icebergs, Icebergs, dos du Nord-Atlantique, augustes Bouddhas geléssur des mers incontemplées. Phares scintillants de la Mort sans issue, lecri éperdu du silence dure des siècles.Icebergs, Icebergs, Solitaires sans besoin, des pays bouchés, distants,et libres de vermine. Parents des îles, parents des sources, comme je vous vois, comme vous m'êtes familiers...Henri Michaux(
 La Nuit remue
)
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Saint-John Perse: l'épopée intérieure.
 Né en 1887. Issu d'une ancienne famille de Guadeloupe, Alexis Saint-Léger devaitaccomplir, sous le nom d'Alexis Léger, une brillante carrière diplomatique comme Secrétairegénéral du Ministère des Affaires Etrangères. Sous le pseudonyme précieux et bizarre de Saint-JohnPerse, il se révéla comme poète dès 1924, lorsque parut, dans une édition partielle, son recueilAnabase; mais quoiqu'il appartienne à une génération plus ancienne, il est littérairement, commePierre Jean Jouve, contemporain de plus jeunes poètes; car il interdit la publication en France de sesœuvres tant qu'il continua d'appartenir à la carrière active des Affaires Etrangères. Révoqué par legouvernement de Vichy, il se retira en 1940 aux Etats Unis où il s'établit définitivement, ce quiexplique peut-être qu'il ait été plus célèbre hors de France (il est sans doute le poète françaiscontemporain le plus traduit). En 1960, son œuvre a été couronnée par le Prix Nobel de Littérature.A la suite de Claudel et sous son influence, cette œuvre secrète, difficile, déploie le langageen
immenses étendues rythmiques et larges plages de symboles.
Une ambition épique court tout aulong de ces poèmes, comme le disent les titres:
 Anabase
ou
Vents
. Mais l'épopée y fait appel à des
mythes exotiques ou fantastiques
pour transposer en visions grandioses un
inépuisable secret intérieur.
Le poète tente de tenir cette gageure, de réunir, dans l'unité de son langage d'images et derythmes, l'irréductible secret de son aventure intérieure et la hauteur d'une communicationaristocratique. Une invocation résume l'essentiel de son ambition poétique:
Terre arable du songe!
La poésie est bien ce labour fertilisant d'une terre impénétrable, et le poète est bien, pour le citer encore,
le conteur qui prend place au pied du térébinthe. L'oeuvre
de Saint-John Perse comporte les recueils suivants:
 Eloges
(1911-1948)
 Anabase
(1924-1948)
 Exil 
(1942-1946)(Ce recueil contient aussi
 Pluies
et
 Neige
)
Vents
(1946)
 Amers
(1950-53)
Chronique
(1960)« Vision »Variations à la fois capricieuses et rigoureuses sur le thème du voyage, les versets d'
 Anabase
explorent, à coups d'images, les étendues inconnues du monde intérieur. Le caprice réside dans lasurprise; la rigueur, dans la constances des thèmes conjugués de l'étendue et de l'inconnu, et dansl'exacte figuration, par le rythme du verset, de ce parcours intérieur, dense et lent, sincère ethiératique, exotique et familier. Cette
 Anabase
est aussi une
Odyssée
à travers l'Empire mystérieuxoù se rejoignent, pour ne plus les séparer, les mots et les songes.
« L'Été plus vaste que l'Empire suspend aux tables de l'espace plusieurs étages de climats. La terre vaste sur son aireroule à pleins bords sa braise pâle sous les cendres - couleur de soufre, de miel, couleur de choses immortelles, toute laterre aux herbes s'allumant aux pailles de l'autre hiver - et de l'éponge verte d'un seul arbre le ciel tire son suc violet.Un lieu de pierres à mica! Pas une graine pure dans les barbes du vent. Et la lumière comme une huile. De la fissure des paupières au fil des cimes m'unissant, je sais la pierre tachée d'ouïes, les essaims du silence aux ruches de la lumière ; etmon cœur prend souci d'une famille d'acridiens .Chamelles douces sous la tonte, cousues de mauves cicatrices, que les collines s'acheminent sous les données du cielagraire -- qu'elles cheminent en silence sur les incandescences pâles de la plaine; et s'agenouillent à la fin, dans la fuméedes songes, là où les peuples s'abolissent aux poudres mortes de la terre.Ce sont de grandes lignes calmes qui s'en vont à des bleuissements de vignes improbables. La terre en plus d'un pointmûrit les violettes de l'orage ; et ces fumées de sable qui s'élèvent au lieu des fleuves morts, comme des pans de sièclesen voyage. »Anabase, VII
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Victor Segalen: l'exotisme renouvelé
Victor Segalen (1878 - 1919) est un poète, et aussi médecin de marine, ethnographe etarchéologue français.Il est né le 14 janvier 1878 à Brest (rue Massillon). Après des études de médecine à l'université deBordeaux, l'officier-médecin est affecté en Polynésie française. Il n'aime pas la mer, ni naviguer mais débarquer et découvrir. Il séjourne à Tahiti en 1903 et 1904. Lors d'une escale aux îlesMarquises, il a pu acheter les derniers croquis de Gauguin, décédé trois mois avant son arrivée quiseraient, sans lui, partis au rebut. Il rapporte en métropole un roman, les Immémoriaux (1907), un journal et des essais sur Gauguin et Rimbaud qui ne seront publiés qu'en 1978.En 1908, il part en Chine où il soigne les victimes de l'épidémie de peste de Mandchourie. En 1910,il décide de s'installer en Chine avec sa femme et son fils. La première édition de Stèles voit le jour à Pékin en 1912. Il entreprend en 1914 une mission archéologique consacrée aux monumentsfunéraires de la dynastie des Han. Cette étude sur les sculptures chinoises ne sera publiée qu'en1972 (Grande Statuaire chinois). À ce titre, et en ce qui concerne la littérature, il renouvelle le genrede l'exotisme alors encore trop naïf et ethnocentrique.En Chine, il rencontre un des rares européens qui s'y trouvaient alors, et qui le marque beaucoup, lesinologue belge Charles Michel qui lui inspire le personnage de René Leys.Il meurt le 21 mai 1919 dans la forêt de Huelgoat, Hamlet à la main. Après coup, l'État français ainscrit son nom sur les murs du Panthéon en tant qu'« écrivain mort pour la France pendant laguerre de 1914-1918 »L'œuvre de Segalen mêle poésie et ethnographie. Elle traite presque uniquement de l'Océanie et dela Chine. Son style, dans le cycle chinois comme dans le cycle Polynésien, est riche et marqué par la recherche et le désir d'évasion intérieure. Avec
 Les Immémoriaux
, Victor Segalen inaugure cequ'on nommera le roman ethnographique. Il ne s'agit pas de pittoresques récits de voyage, maisd'œuvres particulres, au style parfois surchargé, que certains vont me jusqu'à jugeamphigourique.« Victor Segalen laisse une oeuvre raffinée auprès de laquelle maints volumes d'orientalisme brillant semblent des bariolages de mauvais goût[...]Segalen a voulu que son « jeu » devint une« oeuvre réciproque »; subtilement, il nous enrole parmi « ses compagnons...ses complices ». Ilexige notre collaboration. » René Lalou,
 Histoire de la littérature française contemporaine
« Vous ne verrez rien si vous restez ainsi spectateurs ébahis de l'apparence. Laissez-moi vous mener en profondeur. » Victor Segalen
 A dreuz an Arvor,
1899.
 L'observation médicale chez les écrivains naturalistes
, Thèse, Bordeaux, 1902 (documentélectronique).
 Les Immémoriaux
, (sous le pseudonyme de Max Anély), 1907.
Stèles
, 1912.
 Peintures
, Gallimard, 1916.
 Essai sur l'exotisme
– Fata Morgana, 1978; nouvelle édition, livre de poche, collect. biblio-essais,1986.l
'exotisme
.– Fata Morgana, 1978; nouvelle édition, livre de poche, collect. Biblio-essais, 1986.Page 3
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