Saint-John Perse: l'épopée intérieure.
Né en 1887. Issu d'une ancienne famille de Guadeloupe, Alexis Saint-Léger devaitaccomplir, sous le nom d'Alexis Léger, une brillante carrière diplomatique comme Secrétairegénéral du Ministère des Affaires Etrangères. Sous le pseudonyme précieux et bizarre de Saint-JohnPerse, il se révéla comme poète dès 1924, lorsque parut, dans une édition partielle, son recueilAnabase; mais quoiqu'il appartienne à une génération plus ancienne, il est littérairement, commePierre Jean Jouve, contemporain de plus jeunes poètes; car il interdit la publication en France de sesœuvres tant qu'il continua d'appartenir à la carrière active des Affaires Etrangères. Révoqué par legouvernement de Vichy, il se retira en 1940 aux Etats Unis où il s'établit définitivement, ce quiexplique peut-être qu'il ait été plus célèbre hors de France (il est sans doute le poète françaiscontemporain le plus traduit). En 1960, son œuvre a été couronnée par le Prix Nobel de Littérature.A la suite de Claudel et sous son influence, cette œuvre secrète, difficile, déploie le langageen
immenses étendues rythmiques et larges plages de symboles.
Une ambition épique court tout aulong de ces poèmes, comme le disent les titres:
Anabase
ou
Vents
. Mais l'épopée y fait appel à des
mythes exotiques ou fantastiques
pour transposer en visions grandioses un
inépuisable secret intérieur.
Le poète tente de tenir cette gageure, de réunir, dans l'unité de son langage d'images et derythmes, l'irréductible secret de son aventure intérieure et la hauteur d'une communicationaristocratique. Une invocation résume l'essentiel de son ambition poétique:
Terre arable du songe!
La poésie est bien ce labour fertilisant d'une terre impénétrable, et le poète est bien, pour le citer encore,
le conteur qui prend place au pied du térébinthe. L'oeuvre
de Saint-John Perse comporte les recueils suivants:
Eloges
(1911-1948)
Anabase
(1924-1948)
Exil
(1942-1946)(Ce recueil contient aussi
Pluies
et
Neige
)
Vents
(1946)
Amers
(1950-53)
Chronique
(1960)« Vision »Variations à la fois capricieuses et rigoureuses sur le thème du voyage, les versets d'
Anabase
explorent, à coups d'images, les étendues inconnues du monde intérieur. Le caprice réside dans lasurprise; la rigueur, dans la constances des thèmes conjugués de l'étendue et de l'inconnu, et dansl'exacte figuration, par le rythme du verset, de ce parcours intérieur, dense et lent, sincère ethiératique, exotique et familier. Cette
Anabase
est aussi une
Odyssée
à travers l'Empire mystérieuxoù se rejoignent, pour ne plus les séparer, les mots et les songes.
« L'Été plus vaste que l'Empire suspend aux tables de l'espace plusieurs étages de climats. La terre vaste sur son aireroule à pleins bords sa braise pâle sous les cendres - couleur de soufre, de miel, couleur de choses immortelles, toute laterre aux herbes s'allumant aux pailles de l'autre hiver - et de l'éponge verte d'un seul arbre le ciel tire son suc violet.Un lieu de pierres à mica! Pas une graine pure dans les barbes du vent. Et la lumière comme une huile. De la fissure des paupières au fil des cimes m'unissant, je sais la pierre tachée d'ouïes, les essaims du silence aux ruches de la lumière ; etmon cœur prend souci d'une famille d'acridiens .Chamelles douces sous la tonte, cousues de mauves cicatrices, que les collines s'acheminent sous les données du cielagraire -- qu'elles cheminent en silence sur les incandescences pâles de la plaine; et s'agenouillent à la fin, dans la fuméedes songes, là où les peuples s'abolissent aux poudres mortes de la terre.Ce sont de grandes lignes calmes qui s'en vont à des bleuissements de vignes improbables. La terre en plus d'un pointmûrit les violettes de l'orage ; et ces fumées de sable qui s'élèvent au lieu des fleuves morts, comme des pans de sièclesen voyage. »Anabase, VII
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