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Présentation par l’éditeur 
Ce livre est parti d’un constat
 
: la prison est devenue un asile psychiatrique. Un pri-sonnier sur cinq souffrirait de troubles mentaux. Catherine Herszberg a donc choisid’aller enquêter là où échouent ceux qui n’ont plus de place nulle part, ni à l’hôpitalni ailleurs. De décembre 2005 à avril 2006, elle a accompagné l’équipe psychiatriquede la prison de Fresnes. Introduite et guidée parChristiane de Beaurepaire, chef duservice, elle a suivi les prisonniers, les malades, les soignants, les surveillants. Elle acirculé partout, écouté, regardé, interrogé les uns et les autres, et a rapporté de cevoyage des histoires. Des histoires de fous. Des fous que les prisons de France serefilent comme des “patates chaudes”. Des fous qui échouent de plus en plus sou-vent au mitard. Des fous qui, au fond de leur cellule, s’enfoncent chaque jour davan-tage dans la maladie mentale. Des fous trop fous pour les hôpitaux psychiatriquesqui, faute de moyens, ne peuvent plus les accueillir. De ce séjour dans un recoinobscur de notre société, l’auteur revient avec des questions. Criminaliser la maladiementale, c’est faire un prodigieux bond en arrière. Pourquoi cette régression
 
? Quepenser d’une société qui enferme derrière des murs ses pauvres, ses marginaux, sesmalades mentaux
 
? Si l’on juge de l’état d’une civilisation au sort qu’elle réserve àses marges, alors la nôtre va mal.Catherine Herszberg est journaliste indépendante. Elle a écrit deux ouvrages, en as-sociation avec des chercheurs, sur la santé et les questions sanitaires, et une bio-graphie de Mermoz.Broché
 
: 184 pages — Éditeur
 
: Seuil (12 octobre 2006) — Collection
 
: H.C. Essais —I
SBN
-10: 2020863790 – I
SBN
-13: 978-2020863797
 
— 2/12 —
~~~≈≈≈≈~~~
Les prisons malades de la folie
21 octobre 2006<<
 
Catherine Herszberg, auteur d’ouvrages sur la santé, a eu l’autorisation de passerquatre mois en immersion à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), de décem-bre 2005 à mars 2006. Elle en tire un livre témoignage terrifiant sur les conditions devie des détenus accueillis au sein du service médico-psychologique régional (
Fresnes, histoires de fous
, Éditions du Seuil).Une plongée dans une prison transformée en asile de fous. Des malades mentaux queles hôpitaux psychiatriques ne peuvent plus accueillir, faute de moyens, que les éta-blissements pénitentiaires
«
 
 se refilent comme des “patates chaudes”
 
»
, qui
«
 
échouentde plus en plus souvent au mitard
 
»
et qui,
«
 
 au fond de leur cellule, s’enfoncent chaque jour davantage dans la maladie mentale
 
»
. Au terme de son enquête dans les couloirs et les cellules de Fresnes, Catherine Hers-zberg s’interroge sur une société qui criminalise de plus en plus la maladie mentale.Une
«
 
 régression
 
»
révélatrice, selon elle, d’un malaise de civilisation.Ce livre paraît alors même que les résultats de la première grande consultation sur lesconditions de vie des détenus dans les prisons françaises sont rendus publics par uneassociation, l’Observatoire international des prisons (O
IP
 ). Il ressort que les personnesincarcérées expriment avant tout le souhait de voir changer le regard de la société surla prison.Par ailleurs, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, a relancé le débat sécuritaire, jeudi 19 octobre, en proposant que les auteurs de violences contre les
«
 
 policiers, gen-darmes et pompiers soient renvoyés devant les assises
 
»
.
Source infographie
 
: Administration pénitentiaire
 
>>
~~
La prison, nouvel asile des fous
Extraits
de l’ouvrage de Catherine Herszberg,
Fresnes, histoires de fous
 parus dans
Le Monde
du 21 octobre 2006
<<
 
Catherine Herszberg, auteur d’ouvrages sur la santé, a eu l’autorisation de passerquatre mois en immersion à la maison d’arrêt de Fresnes de décembre 2005 à mars2006. Elle publie
Fresnes, histoires de fous
au Seuil (186 p., 16 €).
Extraits
 
:
 «
 
L’administration pénitentiaire ne choisit pas ses clients
 
: elle a la garde de tous leshommes et femmes que la justice lui envoie, sans distinction. Tous passent d’abordpar la maison d’arrêt, établissement qui mélange les prévenus en attente de jugementet les condamnés. À Fresnes, 12
 
000 personnes transitent chaque année. Au quartierdes arrivants, les nouveaux venus sont reçus par un quatuor
 
: un surveillant gradé, unconseiller d’insertion et de probation, un médecin généraliste et un infirmier psychia-trique qui oriente ou non vers le psychiatre. Fresnes, prison plutôt bien dotée par rap-port aux autres maisons d’arrêt, dispose d’une unité de consultation et de soins am-bulatoires (U
CSA
 ) pour les soins somatiques, d’un service médico-psychologique ré-gional (S
MPR
 ) pour les soins psychiatriques et d’une unité psychiatrique d’hospitalisa-tion (U
PH
 ) de 47 lits. La prison abrite aussi le Centre national d’observation (C
NO
 ), quiaffecte les condamnés à plus de dix ans d’emprisonnement dans les différents éta-blissements pour peine du territoire. Accompagner le service médico-psychologique régional le matin aux arrivants, c’estvoir passer le cortège des infortunes inhumaines, infortune psychique, affective, fami-liale, médicale, sociale, économique… toutes les infortunes. Les chiffres sont sans ap-pel. Parmi les entrants, 12
 
% sont sans domicile fixe, 54
 
% sans travail, 72
 
% ont quittél’école avant 18 ans, 40
 
% lisent difficilement ou pas du tout, 40
 
% n’ont reçu aucunsoin dans l’année précédant l’incarcération. On peut poursuivre, la liste est loin d’êtreclose
 
: 1 sur 7 a fait une tentative de suicide dans les douze mois passés, 80
 
% fumentau quotidien, 30
 
% disent boire trop d’alcool (au moins cinq verres par jour), 33
 
% se
 
— 3/12 —droguent, 15
 
% sont traités par des psychotropes, 10
 
% sont polytoxicomanes, 34
 
%ne sont pas affiliés à la Sécurité sociale…
Grandes et petites misères
Il faudrait assurer un suivi, récupérer les dossiers hospitaliers, hélas, ça requiert dutemps, et en maison d’arrêt le temps manque cruellement aux soignants, trop peunombreux pour faire face à l’inflation carcérale. (...)
«
 
Tiens
 
? il y a un suicidaire qui ar- rive de l’hôpital
 
»
 
: l’œil rivé sur l’écran de l’ordinateur, l’une des chefs du service péni-tentiaire de la 2
e
division commente les mouvements de détenus. Dans la cellule-bureau de Sophie Duprat, l’information n’émeut personne. Un suicidaire
 
? ironise lepremier surveillant,
«
 
c’est bien connu, on est mieux équipé que l’hôpital pour les rece-voir 
 
!
 
»
Avec une ronde toutes les deux heures,
«
 
 ils savent que dès qu’on est passé ilsont deux heures pour se suicider 
 
»
.
«
 
Oh zut
 
!
lâche Sophie Duprat,
 il y en a un autre qui arrive de la Santé.
 
»
 La jeune directrice de la 2
e
division vient d’entrer dans le bureau. La discussion dé-marre aussitôt sur le départ de D., connu de la France entière. Enfin de ses prisons. D.fait le tour de France des prisons. Aucune ne le supporte au-delà de trois mois.
«
 
D.,c’est la patate chaude que tout le monde se refile
 
»
, commentent les médecins del’U
CSA
. D’ailleurs, l’équipe médicale admet elle aussi qu’il est très en demande et quec’est épuisant de le voir
«
 
tous les jours, tous les jours, tous les jours…
 
»
. Parce que deslames de rasoir, D. en planque de tous côtés, dans la bouche, comme dans l’anus, etn’hésite pas à en faire usage. Il se coupe, il se coupe souvent, il se coupe tout letemps, il se coupe partout, en cellule, au mitard, n’importe où, de façon spectaculaire.
«
 
Un concentré de muscle et d’énergie, impulsif mais pas dangereux.
 
»
Certains jours, illui arrive aussi de chercher à se pendre. Ou de nouer un morceau de drap au pied dulit d’un côté, autour de son cou de l’autre, avant de rouler sur lui-même pour finir, àforce, par s’étrangler.
«
 
Il n’aurait jamais dû être en prison
 
»
, soupire la jeune directricede la 2
e
division. L’expertise psychiatrique de D. évoquait une
«
 
 phobie archaïque de l’enfermement
 
»
. D. a pris vingt ans.
Conversation ordinaire
Isabelle
 
:
«
 
O., il m’inquiète, il m’a dit qu’il avait des envies de cannibalisme et de boiredu sang.
 Mohammed
 
:
Il m’a expliqué qu’il t’avait dit ça pour te faire peur.
 Isabelle
 
:
Peut-être, mais je crois qu’il faut quand même le prendre au sérieux.
 Laurence
 
:
Pourtant il a l’air tassé.
 Isabelle
 
:
Oh
 
! il est pas si tassé… Hier, il s’est excité comme un malade parce qu’il ne s’était pas réveillé à temps pour la promenade. Pour quelqu’un de tassé, il a tapé sur la porte avec une violence incroyable. Je crois qu’il est toujours aussi dangereux, malgré le traitement.
 Monique
 
:
Vous pensez qu’un séjour à Colin
— l’unité pour malades difficiles del’hôpital psychiatrique du secteur —
 serait bien pour lui
 
?
 Isabelle
 
:
Pas Colin, mais c’est un mec qu’on ne peut tenir qu’à l’U
PH
 , pas au grandquartier 
.Monique
 
:
Ben oui, c’est un grand fou, il a un traitement très lourd.
 Isabelle
 
:
Et B., vous l’avez mis où
 
?
 Monique
 
:
Il est d’accord pour partir à Saint-Maur.
 Isabelle
 
:
Oui, mais il a peur que les harcèlements recommencent.
 Monique, se tournant vers moi
 
:
En psy, normalement, il faut plusieurs années pour ac-cepter sa maladie mentale. Ici, ils admettent le traitement parce que c’est l’U
PH
 , maisquand ils retournent ailleurs, ils ont peur qu’on les prenne pour des fous, alors ils arrê-tent tout et les persécutions reviennent.
 Isabelle
 
:
Le soir, il a un regard bizarre.
 Monique
 
:
Le matin aussi
 
!…
 
»
.
Conversation ordinaire à l’infirmerie de l’UPH.
Claustras en bétonL’unité psychiatrique d’hospitalisation est symptomatique de l’ambiguïté des soins enmilieu carcéral
 
: on ne sait comment en parler. Certes, il y a des infirmières, diplôméesd’État, des psychiatres, un généraliste, des cadres infirmiers, tous mus par une logi-
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