du sentiment de l'existence. Plus tard, en 1937 dans
L'Espoir
il écrit que « La mort transforme la vieen destin ». En cela on peut déjà montrer que des thèmes récurrents de l'Existentialisme figurent ennombre chez Malraux. Mais plus proche en cela de Camus que de Sartre, il ne recourt pas à unvocabulaire spécialisé et sa pensée philosophique ne se devine pas en perpétuel filigrane. Ses récits,où la place du dialogue pressé va grandissant, sont construits sur un rythme coupé et haletant. Avantmême de faire de
L'Espoir
un film célèbre, il a su manier tous les procédés que le cinéma a proposés à la narration romanesque. Par-dessus tout, la qualité de sa langue et de son style, aptes auréalisme le plus sobre comme aux instants de lyrisme contenu et d'intense poésie, fixe, dans lamagie d'une puissante prose, la richesse de sa longue méditation sur la condition humaine.
Quelques mots sur ses principales œuvres:
Les Conquérants:
écrit en 1928.
La Voie Royale:
écrit en 1930.L'action se passe au début du XXe siècle d'abord sur le bateau qui relie Marseille à l'Indochine,mais ensuite surtout au Cambodge, au Laos et au Siam. Ce roman nous rapporte la rencontre dedeux aventuriers, le jeune Claude Vannec, un Breton plein d'ardeur juvénile et le vieux Perken, unDanois d'origine allemande à la grande expérience. Après s'être reconnus comme appartenant tousdeux à la race des non-conformistes, ils vont mêler leurs projets ; pour le premier, la recherche mi-archéologique, mi-intéressée de sculptures sur la voie royale; pour le second, la quête d'un certainGrabot, un autre aventurier parti en pays dissident et dont nul n'a plus entendu parler, mais aussi et peut-être surtout la constitution d'un royaume personnel en terre insoumise. Le dernier comparse etnon des moindres, c'est l'Indochine, pays de mort où tout pourrit dans une humidité fétide, forêtomniprésente où tout s'anéantit sous une végétation exubérante dans une "universelledésagrégation".Ce récit appartient au genre du roman d'aventures. Dès le départ, Claude se heurte à l'hostilité del'administration coloniale française qui, en sous-main, mettra tout en œuvre pour s'opposer à un projet qu'elle n'a pas suscité.Pourtant, plus qu'un roman d'aventures, cette œuvre est plutôt un voyage initiatique organisé autour de trois thèmes : l'érotisme, l'aventure et la mort. Le guide, c'est Perken ; le lieu, c'est l'Asie,immense et omniprésente force de destruction ; la quête, c'est une réflexion métaphysique sur l'homme et sa destinée. La voie royale est tout autant cette ancienne route parsemée de templeskhmers où Claude espère la fortune qu'au sens figuré, l'aventure suprême où l'on doit rencontrer laclef de sa propre vie, la lutte avec sa propre mort.L'aventurier est avant tout un non-conformiste, il veut échapper à une vie trop policée, sansimprévu, symbolisée par l'administration et le chemin de fer. Seules, les contrées lointaines permettent encore ce rêve, mais les terres vierges s'amenuisent. Il ne s'agit pas d'exotisme.L'aventurier sait que la mort est inéluctable, c'est un joueur qui se sait battu d'avance mais dontl'espoir est de jouer la partie avec le plus de brio possible. Le risque voulu grandit l'homme et donneun sens à sa vie. L'aventure est le lot d'un petit nombre de rebelles solitaires qui, avec un certainromantisme désenchanté, sont désireux de laisser une trace, de marquer l'histoire de leur passage, dedonner un sens à une lutte inéluctablement marquée par la défaite.Tout le roman nous ramène inlassablement à la mort. Tout d'abord l'auteur distingue la mort du faitd'être tué. Si être tué, c'est passer directement dans le néant, la mort est tout autre chose, elledemande temps et méditation, c'est l'affaire importante de la vie, l'obsession de tous les instants. "Lamort est là, comprenez vous, comme... comme l'irréfutable preuve de l'absurdité de la vie". Pour tous, c'est "vieillir (...) la déchéance (...), ma condition d'homme est que je vieillisse, que cette choseatroce, le temps, se développe en moi comme un cancer irrévocablement" s'exclame Perken. Laseule solution est la révolte dans l'aventure ou l'érotisme, une tentative pour échapper à la fatalité.La grandeur de l'homme est dans sa rébellion, bien que son combat soit perdu d'avance. "Cestermites vivent dans leur termitière soumis à leur territoire. Je ne veux pas être soumis" dira encorePerken.Le monde décrit par Malraux est absurde, il n'y a pas d'explication à cet anéantissement final. Le
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