L’alliance comme levier et lieu du changement
Par Fabien Blanchot, Maître de conférences à l’université Paris Dauphine, co-directeur du MBA Management des Ressources Humaines
Version avec bibliographie complète de l’article paru dans
: Meier O. (2007, sous la dir. de), Gestion duchangement, Dunod, Gestion Sup, novembre –
Et correction de la figure 1.3 (p. 15 de l’ouvrage)
Introduction
En ce début de 21
ème
siècle, nul ne conteste l’importance du rôle des alliances ou partenariats dans la compétitivité et le développement des organisations
, que ces dernièressoient privées ou publiques, de grande ou de petite taille, situées dans les pays du Nord ou duSud. Certaines entreprises considèrent même les coopérations comme cruciales pour leur devenir. Ainsi le laboratoire pharmaceutique américain Merck, dont 38% du chiffre d’affairesest le fruit d’accords inter-firmes, diffuse auprès de ses managers l’idée que la survie dugroupe passe par des partenariats réussis
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. Plus généralement, un nombre croissant deresponsables d’entreprises reconnaît l’importance stratégique des alliances. Ainsi, selon uneétude réalisée fin 2003 par un cabinet de conseil auprès de plus de 200 directeurs financiers,deux tiers des répondants pensent que les alliances constitueront un aspect très important ouessentiel de leur stratégie dans les trois futures années alors qu’ils ne sont que 27% à penser que c’était le cas dans les trois précédentes années
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. Cette tendance semble déconnectée du
flux
de nouvelles alliances (Blanchot, 1995 ; Cools et Roos, 2005). Le nombre de « deals »conclus s’est accru du début des années 80 au milieu de la décennie 90, mais s’est ensuiteréduit (moins d’opérations nouées en 2004 qu’en 1988), dans un contexte de restructurations.En outre, le poids de ces opérations est toujours resté limité dans le total des rapprochementsd’entreprises (alliances et F&A)
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: il serait passé de 12% à 8% entre 1988 et 2004 (contre34% en 1994). Mais l’importance grandissante accordée aux alliances est cohérente avec leconstat de leur accroissement en
stock
(Gomes-Casseres, 2001). La densification du portefeuille d’alliances des entreprises pousse d’ailleurs à l’évolution de leur structure. Par exemple, Royal Philips Electronics, qui participerait à plus de 1000 alliances (Borker, deMan et Weeda, 2004), a créé un « bureau des alliances » (Alliance Office). C’est un centre decompétences au service des divisions de Philips et un organe du pilotage des relations avecles vingt plus gros partenaires du groupe. Concomitamment, le besoin de reconnaissance etde professionnalisation des managers d’alliances ou « allianceurs » incite à leur regroupement en associations. La plus importante d’entre elles est l’ASAP (Association of Strategic Alliance Professionals). Elle est née en 1999 et représente aujourd’hui les intérêtsde plus de 1800 professionnels à travers le monde.
En même temps, beaucoup font le constat d’un taux d’échec élevé des alliances
, de l’ordrede 50%
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. L’interprétation qu’on peut en faire n’est pas évidente, pour au moins deux raisons.D’une part, les indicateurs utilisés varient d’une étude à l’autre : insatisfaction de l’un des partenaires ou de tous, non atteinte des objectifs initiaux, résultats économiques de l’entitéconjointe... D’autre part, le taux d’échec peut varier selon le type d’alliance. Si l’on sefocalise, par exemple, sur les coopérations concernant des projets de R&D très risqués, on
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Le Monde, 6-7 novembre 2005
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CFO Research Services et PriceWaterHouseCoopers (2004), « The CFO’s Perspective on Alliances », CFOPublishing Corp., mai
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Les données varient toutefois substantiellement selon les études, en partie en raison de la diversité desdéfinitions retenues des alliances.
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33% des alliances étudiées par Bleeke et Ernst (1992) constituent un échec pour les deux partenaires et 49% pour au moins l’un des deux partenaires. Ernst et Bamford (2005) mentionnent un taux d’échec d’environ 50%,tout comme Bearing Point (Lettre Stratégie n° 17, mars 2004), Barringer et Harrison (2000), Accenture(Outlook Special edition, octobre 1999)...
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