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Un homme politique dans l'âme, et depuis toujours. Voilà comment le Premier ministre Herman VanRompuy se décrit. Il semble légèrement surpris lorsque nous lui demandons d’où lui vient cetteimage de ‘technicien’. Diplômé en économie, le locataire du 16 est l’auteur de sept ouvrages dont aucun ne traite d'économie. Il est vrai que l'homme est aussi un passionné de philosophie, de poé-sie et de littérature. Mais c'est bien l'économie qui est actuellement au cœur de ses préoccupationsde Premier ministre. Entretien* au sujet des déficits budgétaires, de l’aide de l’État aux entreprises,des mesures de sortie de crise et d’une Belgique qui doit d’urgence s'imaginer un avenir.
Le regard du Premier ministre Herman Van Rompuy sur la crise économiqueet les moyens d'en sortir, entre pragmatisme et appel à un sursaut moral
“Je ne veux pas participer au
débatidéologique
sur le
rôle de l’État
 Vous avez notamment siégé auconseil d'administration de De-xia. Pensez-vous que les action-naires, en général, vont dura-blement être moins gourmandsen termes de rentabilité ?
“Je crois qu'il y a une prise de conscienceradicale dans le monde financier de l'équilib-re à trouver entre rendement et risque. Pourl'instant, la balance penche clairement versl'aversion au risque. Il ne faudrait toutefoispas que cette peur du risque se traduise parun resserrement du crédit, très dommagea-ble pour la croissance économique. Je croisqu'on ne verra plus des rendements de 18 à20%, qui avaient d'ailleurs quelque chosed'aberrant : le rendement des activités finan-cières était deux à trois fois supérieur à celuide l'économie réelle !”
D’après le bureau d’études suisse KOF, laBelgique est pour la sixième fois consécu-tive le pays le plus mondialisé au monde.Cela représente-t-il une opportunité ouallons-nous être plus durement touchéspar cette crise que d’autres ?
“Plus un pays est petit, plus son économieest ouverte et mondialisée. Les grands paysse suffisent plus vite à eux-mêmes. Cheznous, la part des exportations dans le PIB estde 87% alors qu’elle n’est que de 10% surl’ensemble de l’UE et aux Etats-Unis. Ce quis’explique tout simplement par leur taille. Ilest surtout important de tirer les bonnesfendent un rôle plus actif de l'État tiennent àprésent une sorte de revanche idéologique.Je ne veux pas participer à ce débat idéolo-gique. Je suis trop pragmatique pour cela.Mais dans les circonstances actuelles, jepense que l'Etat est l'acteur le plus indiquépour prendre le contrôle du secteur bancai-re. Parce que les circonstances sont excep-tionnelles. Mais celane veut pas dire quecette revalorisationdes pouvoirs publicsdans le secteur finan-cier doit s'étendre àd'autres domaines,avec une hausse de la pression fiscale et uneexplosion des dépenses publiques.”
Pensez-vous que le politique puisse jouerun rôle de moralisateur de la sphère finan-cière. Vous avez eu des mots très durs en-vers 'une minorité de gens dont l'appât dugain et la témérité ont pris le mondefinancier en otage.'
“Personne n'a le monopole de l'éthique. Lepolitique ne doit pas jouer les donneurs deleçons. Ceci étant dit, on ne peut nier lesdérapages. Et quand un système ne parvientpas à se corriger par l'autorégulation, il n'y aqu'un acteur qui peut assumer ce rôle demoralisateur et de régulateur : les pouvoirspublics. Il doit poser des limites aux actionsdu marché, comme garant de l'intérêt géné-ral face à des intérêts privés.”
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uelle stratégie de relance vousapparaît en ce moment la plus ef -ficace : stimuler la consommationou favoriser les investissements
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?
“Il faut d'abord qu'il y ait une stabilité finan-cière. On a fait beaucoup de progrès depuisla crise de liquidités de septembre-octobre,mais l'économie ne redémarrera pas s'il n'y apas à nouveau une sta-bilité financière dura-ble, seule garantie d'un
regain de confiancechez les consomma-teurs et les investis-seurs. Cette crise est
aussi une crise de confiance. Si la confiancerevient, cela peut aller très vite.”
Lors du véritable tsunami financier qui aébranlé notre pays, vous avez fait remar-quer que l'Etat a pu démontrer son rôlecapital en tant que ‘prêteur de dernier re-cours’. Mais vous avez ajouté que le gou-vernement doit également connaître seslimites en tant qu'acteur financier. Quellessont-elles ?
“Le thème du rôle de l'Etat débouche trèsvite sur une discussion idéologique. On ad'un côté ceux qui plaident pour un rôle del'Etat modeste et davantage de possibilitésoffertes au marché. Selon eux, le rôle despouvoirs publics est de redistribuer les ri-chesses, pas d'être eux-mêmes un acteuréconomique. De l'autre côté, ceux qui dé-
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Les pouvoirs publics doi-vent poser des limites auxactions du marché, commegarant de l'intérêt général
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teurs sont de natures très différentes. Ellessont parfois diverses au sein d'un même sec-teur. Certains ont besoin de garanties auniveau des lignes de crédit, d'autres plaidentpour le chômage économique pour lesemployés. Et certains ne demandent rien dutout, car ils veulent décider en dehors dugiron de l'Etat. Enfin, depuis la réforme del'Etat, les Régions sont compétentes pourtoute la politique micro-économique de sou-tien aux entreprises, par exemple sous laforme de garanties bancaires. Elles sontd'ailleurs également intervenues dans le sec-teur financier.”
Quand il y a intervention publique, défen-dez-vous l'idée comme Obama et Sarkozyd'exiger des engagements en termes derémunération des dirigeants ?
“Vous savez que nous avons introduit un pro- jet de loi sur le plafonnement des indemnitésde départ des dirigeants d'entreprise. Il y aencore un souci juridique à régler (ndlr : leConseil d'Etat a remis un avis négatif) mais legouvernement est intervenu. Il était devenuindispensable de légiférer après les excèsconstatés chez Fortis.”manipulations des taux de change. Ce n’estpas le cas en ce moment en Europe, puisquenous avons l’euro. Nous avons la libre circu-lation des biens, des capitaux et des person-nes : rien ne va donc changer pour la grandemajorité des activités. Dans certains secteurscependant, il existe en effet un danger ouune crainte de voir apparaître des aidesd’État qui pourraient mener à une concur-rence déloyale.”
Nombreux sont les secteurs qui deman-dent des interventions publiques pouradoucir les effets de la récession. Mais lespoches de l'Etat ne sont pas illimitées,quels vont être les critères de sélectionpour adopter des mesures de soutien à telou tel secteur ?
“Chaque aide doit être notifiée auprès de laCommission européenne. Nous avons dû lefaire pour nos interventions auprès de Fortis,Dexia, KBC et Ethias. L'Europe sert degarde-fou en matière d'aides d'Etat. Celan'existait pas dans les années 70 lorsque legouvernement belge est venu à la rescoussede plusieurs secteurs en difficultés. Deu xiè-mement, les aides que demandent les sec-conclusions de ce constat. Une politique derelance n’a pas beaucoup de sens chez nous,car pour chaque euro dépensé, la moitiépart à l’étranger. Cela signifie égalementque nous devons faire plus attention qued’autres à notre compétitivité. Une écono-mie ouverte suppose surtout des opportuni-tés en cas de croissance. Mais si les marchéssont en baisse, nous en subissons les consé-quences.”
Sans oublier que la crise apporte de l’eauau
moulin des protectionnistes. Obama afailli
tomber dans le piège, la tentationest également grande pour Angela Mer-kel et le président français Sarkozy …
“Il me semble justifié de mettre en gardecontre les risques du protectionnisme, maispour l’instant, nous n’en voyons pas beau-coup de signes. Barack Obama a retiré de lalégislation quelques dispositions probléma-tiques. Et en ce qui concerne les secteurssensibles comme celui de l’automobile,seule la France a pris des mesures qui ontété montrées du doigt par la Commissioneuropéenne. N’oublions pas que le principalprotectionnisme dans les années 30 était les
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Le marketing nepourra jamais masquer
la réalité. Des solutions
stables, aussi bien surle plan institutionnelqu’économique, voilàle meilleur argumentde vente
 
Oui, mais on parle ici des rémunérations,pas des indemnités …
“L'Etat est en droit de poser l'une ou l'autreexigence. On ne fait pas ce que l'on veutavec l'argent des contribuables. L'arrivée denouveaux actionnaires publics chez Dexia estallée de pair avec la nomination de nouveauxadministrateurs. De même, nous avons forte-ment réduit les rémunérations des membresdu conseil d'administration de Fortis. C'estune question de crédibilité. Chacun doit fairepreuve de retenue.”
Exigez-vous d’autres engagements pourl’octroi d’une aide de l’État ?
“Oui, nous voulons parfois avoir des garan-ties au sujet du personnel, tout en restantdans les limites d’un contexte économiqueréaliste. Les entreprises doivent retrouverleur rentabilité, et cela peut s’accompagnerde restructurations. Nous avons égalementdemandé aux banques de maintenir ouvertle robinet du crédit pour les entreprises. Cesont, me semble-t-il, des demandes légiti-mes, étant donné les capitaux colossaux quisont en jeu. Les interventions s’élèvent eneffet à environ 19,9 milliards d’euros ! Si onnous avait dit il y a quelques années quenous engagerions autant d’argent en si peude temps… Nous avons augmenté la dettede pas moins de 5% en quelques semaines.”
Le secteur sidérurgique est un secteur quine craint pas de demander des aides àl’État. Vous avez récemment discuté avecLakshmi Mittal à Davos. Que vous a-t-ildemandé ?
“C’était une conversation confidentielle. Jecrois que le secteur – et surtout le groupe Ar-celor Mittal – souhaite résoudre autant deproblèmes possibles sans solliciter les pou-voirs publics. Ils n’ont bien sûr rien contre desmesures générales qui puissent égalementleur être bénéfiques. Concrètement, ils de-mandent que nous intervenions contre lespratiques de dumping des autres pays et en
tures plus rapidement… Cette promesseest-elle concrétisée ?
“Pendant le gouvernement précédent, il avaitété convenu de payer les factures plus rapide-ment à concurrence de 400 millions d’euros. Ils’agit là d’un montant impressionnant ! Nousvérifierons, par le biais d’un suivi, si suffisam-ment de progrès ont été réalisés dans ce sens.”
faveur du respect des rè-gles de concurrence loyale.En outre, certains travauxd’infrastructure sont impor-tants pour leur transport,comme par exemple le ca-nal Gand-Terneuzen et lesécluses maritimes.”
Il n’y a pas de deuxièmeplan de relance général. Vous avez en revanche an -noncé quelques mesures
qualitatives concernant,
entre autres, le marché dutravail. Pouvez-vous nousen dire un peu plus ?
“Nous réfléchissons à lapossibilité d’un chômagesocial sur base temporairepour les employés. Maisc’est un sujet délicat etnous ne pouvons faire celasans consulter les partenai-res sociaux. Ce serait enoutre un sérieux effort bud-gétaire, il faut donc bien yréfléchir. On pense égale-ment à une assurance-cré-dit sur le modèle français.Les idées ne nous man-quent pas, mais cela ne doitpas nous coûter cher, carnous n’avons pas de margebudgétaire. Nous essayonsde rester dans le cadre des3 T de l’Europe, à savoir‘timely, temporary and tar-getted’. Nous prendrons donc encore certai-nement quelques initiatives. La crise sera plusgrave que certains le pensent. Mon intuitions’est malheureusement révélée correcte.”
Autre mesure qui devrait donner une bouf-fée d’oxygène aux entreprises : les pou-voirs publics paieront dorénavant leurs fac-
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Le Premier ministre
Herman Van Rompuy
nous donne raison lorsque nous lui fai-sons remarquer que c’est peine perdue d’essayer de 'vendre' l’image d’un paysqui ne sait pas lui-même très bien comment envisager son avenir.
“Le marketingne pourra jamais masquer la réalité. Des solutions stables, aussi bien sur le planinstitutionnel qu’économique, voilà le meilleur argument de vente.”
Mais nous ensommes malheureusement encore loin. Combien nous a déjà coûté cette incerti-tude politique ? Van Rompuy :
“Ce n’est pas aussi grave que l’on pourrait le croi-re. Notre croissance économique évolue en parallèle avec celle de la zone euro.Le gouvernement précédent a été prudent dans sa politique de relance en raisonde notre situation budgétaire sensible et, en termes de déficit budgétaire aussi,nous ne quittons pas le peloton de l’UE. Il est vrai en revanche que nous avons puprendre peu de mesures structurelles ces 18 derniers mois. Mais c’est aussi le casdans de nombreux pays. Bruxelles compte quelque 1400 journalistes accréditésauprès de l’Union européenne. Ils suivent l’actualité de l’Europe mais ils voient aussi de près ce qui se passe dans la capitale européenne et en Belgique. Noussommes observés aujourd’hui avec beaucoup plus d’attention qu’il y a 40 ans. Lefait que nous soyons restés six mois sans gouvernement a éveillé à l’étranger des
Le prix de la crise politique
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