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Hyperrealisme Des Sentiments

Hyperrealisme Des Sentiments

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Review of Beauté, chaleur et mort by Nini Bélanger and Pascal Brullemans.

By Jean-Frédéric Ménard and Elsa Laflamme
Review of Beauté, chaleur et mort by Nini Bélanger and Pascal Brullemans.

By Jean-Frédéric Ménard and Elsa Laflamme

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Published by: Jean-Frederick Ménard on Mar 11, 2013
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11/01/2013

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D
ans un salon ouvert sur une salle àmanger, deux adultes et deux enfants. Une soirée en famille. On lit, on joue aux cartes, puis on se prépare pour lecoucher.
C’est cette scène naturaliste quedécouvre le public à son arrivée, dans laplus récente création de Nini Bélanger etPascal Brullemans présentée au ThéâtreLa Chapelle, à Montréal, en janvier 2011.Comme les créateurs — qui sont à la foisles concepteurs et les interprètes de lapièce — en feront part dans le préambulequi suit ce prologue familial,
Beauté, cha-leur et mort 
s’inscrit dans une démarched’exploration de l’hyperréalisme et cons-titue le premier volet d’un diptyque inti-tulé «Le cycle de la perte». Jouant sonpropre drame devant public, le coupleprésente un objet théâtral qui, bien quedans la mouvance de l’autoreprésenta-tion, propose une autre lecture de l’hy-perréalisme que celle se dégageant del’exhibitionnisme ambiant, incarné, entreautres, par toutes les déclinaisons de latéléréalité. Motivée par l’expérience trau-matique, la proposition théâtrale sur lemode de l’intime aspire ici à se faire vec-teur de vérité plutôt que simulacre.
Il y a dix ans, Nini et Pascal ont perdu uneenfant. Hospitalisée dès ses premièresheures de vie, l’enfant vivra deux semainespendant lesquelles ses parents la veilleront sans relâche.
L’intention de Nini Bélangeravec ce spectacle était de raconter l’expé-rience traumatique vécue par le couple deparents, de toucher au tabou que repré-sente la mort de l’enfant,
«de susciter unerencontre sur le malaise qu’engendre ledeuil»
Mots des concepteurs», pro-gramme de la pièce). Se servant d’unpréambule en forme d’avant-propos pourexposer leur démarche, Bélanger etBrullemans soulignent leurs divergencespar rapport au projet: elle portait en ellece récit et croyait à la nécessité de le par-tager, alors que lui résistait. Une disparitéqui sera gommée par le consensus d’unecréation théâtrale, prenant d’ailleurs éga-lement pour objet le couple, comme unitésymbiotique et bête à deux têtes. La rela-tion de couple, faite d’un soutien mutuelindéfectible et d’une capacité à créer unespace de projection dans le deuil, est eneffet placée à l’avant-plan de la scènethéâtrale. Par ailleurs, la relation du cou-ple de créateurs Bélanger-Brullemans estmise en abyme à travers celle des person-nages du père et de la mère.
UN DEUIL SANS NOM
Dans cette réflexion à deux voix, la placede chacun est ménagée. Ainsi, c’est à luique revient la tâche de porter l’innom-mable jusqu’au langage — Brullemansrappelle dans le programme
«qu’il n’y [a] pas de mot dans la langue française pour identifier un parent endeuillé»
—, deve-nant à la fois narrateur et protagoniste.Le père est alors investi de son rôle primi-tif de présenter l’enfant au monde —icid’amener l’enfant mort à la commu-nauté — par la mise en ordre de l’événe-ment, dans le langage. On entre d’ailleursdans le récit de l’événement par l’arrivéedu père à l’hôpital, ce dernier se heurtantà la bureaucratie qui exige le nom de l’en-fant, encore innommée. Ce sera «Fée». Lamère, quant à elle, porte l’expériencedans son corps: d’abord celle de laconception puis de l’accouchement, quinous seront rendues dans des tableauxpresque sans parole. Chargée du poidsd’une douceur désormais sans objet, lamère incarne le cri, réservant ses motspour interroger tant la normativité médi-cale que l’impératif psychothérapeutiquedu deuil résolu. Coupés du monde cha-cun à leur façon par cette expériencemutilante, le père et la mère s’avancentvers l’Autre en quête d’un nouveau rap-port, l’aliénation dans et par le deuilconstituant l’un des principaux enjeuxéthiques de la pièce, de même que lesmoyens d’y échapper.Or l’histoire de
Beauté, chaleur et mort 
estavant tout «
l’histoire d’une photo
», rap-porte Brullemans. Cette photo de l’enfant— un polaroïd que les parents sont tenusde prendre à l’hôpital et qui sert d’afficheà la pièce — est la première fixation dusouvenir que l’on cherche à reconstruire.C’est sur cette photo, redessinée par lesparents, que se déposeront, en surim-pression, la pièce avec son titre en formed’image poétique, les dialogues entre lepère et la mère, les nombreux silences, lalumière crue et douce à la fois de l’hôpi-tal, les accessoires qui rappellent l’enfant.Composition de tableaux et d’ellipses, lerécit dépouillé se construit d’instantanésdu souvenir que l’on veut fixer, une fic-tion tissée de vérités qui s’érige en auto-fiction théâtrale. Par la théâtralisationautofictionnelle de l’événement, les
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SPIRALE 237
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ÉTÉ
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2011
Hyperréalismedes sentiments
PAR
ELSA LAFLAMME
ET
JEAN-FRÉDÉRICK MÉNARD
BEAUTÉ, CHALEUR ET MORT
Conception et mise en scène de Nini Bélanger et Pascal Brullemans.Au Théâtre La Chapelle, du 18 au 29 janvier 2011.
THÉÂTRE

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