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Luc-Olivier d'Algange«Le langage symbolique nous restitue
à
ce qui,dans le temps, t
é
moigne de l’
é
ternit
é
…»
 propos recueillis par Jean-Marie BeaumeN
é
en 1955, d
é
fenseur inspir
é
d’une « po
é
sie hautaine et flamboyante, inasservie
à
toute formed’utilitarisme (…), seule aire de libert
é
 
é
pervi
è
re et d’esp
é
rance hesp
é
riale en cet Occident d
é
l
é
t
è
reque d
é
sertent les Anges et les Dieux », Luc-Olivier d’Algange est l’auteur d’une œuvre consid
é
rableet prot
é
iforme, o
ù
se m
ê
lent herm
é
neutique, po
é
sie, m
é
taphysique, r
é
cits, textes litt
é
raires ou dephilosophie politique.Le Moderne pratique le chauvinisme temporel : cette
é
poque est meilleure que les autres, car il s’ytrouve : elle est son
é
crin ; l’esclave sans ma
 î 
tre est le joyau.Dispers
é
e entre une demi-douzaine de livres (Manifeste Baroque, Orphiques, Le Secret d'Or,L'Oeuvre de Ren
é
Gu
é
non, L'Ame de Lautr
é
amont…) et d’innombrables contributions
à
des revuesou
à
des ouvrages collectifs (de Style
à
Vers la Tradition, de La Place Royale
à
Politica Herm
é
tica etaux Dossiers H, de Contrelitt
é
rature
à
Anta
ï
os — revue fond
é
e par Mircea Eliade et Ernst J
ü
nger),cette œuvre absolument rebelle
à
toute tentative de classification, s’impose silencieusement commel’une des plus fortes et des plus libres. Il publie aujourd’hui L’
É
tincelle d’Or — de remarquables etpr
é
cieuses “Notes sur la science d’Herm
è
s”.1 « Quand bien m
ê
me y mettrais-je ma main au feu,
é
crit Jean Bi
è
s dans son introduction, je puis assurer au lecteur encore sceptique que l’on a le devoirde tenir Luc-Olivier d’Algange comme l’un des plus grands
é
crivains de ce si
è
cle, tant parl’originalit
é
et la profondeur de sa pens
é
e que par les qualit
é
s d’une stylistique que bien peuposs
è
dent encore. Dans la nuit apocalyptique o
ù
nous p
é
rissons lentement, cette
É
tincelle d’Or estpeut-
ê
tre la lueur qui permettra au nouveau soleil de surgir… »Depuis une vingtaine d’ann
é
es, vous avez publi
é
plusieurs ouvrages et collabor
é
 
à
de nombreusesrevues. Vous n’
ê
tes pas romancier, ni historien, ni essayiste — du moins au sens intellectuel etuniversitaire que ce mot a pris dans la production
é
ditoriale ; plut
ô
t po
è
te et m
é
taphysicien, ce quiest peut-
ê
tre la m
ê
me chose… Comment qualifier la nature de votre d
é
marche d’
é
crivain, entre «litt
é
rature » et « gnose » (tous les mots sont pi
é
g
é
s…) ?Luc-Olivier d’Algange : C’est le paradoxe
é
minent du langage d’
ê
tre
à
la fois un pi
è
ge et unepossibilit
é
de d
é
livrance, un objet de fascination et un principe de communion. Nous sommescondamn
é
s
à
nous d
é
battre dans les rets du discours, non sans, de temps
à
autre, l’espoir d’un GrandLarge de po
é
sie et de m
é
taphysique. Entre la lettre morte et l’esprit qui vivifie, entre la citernecroupissante et l’eau vive, la diff 
é
rence est inaper
ç
ue, et g
é
n
é
ralement presque imperceptible. C’estelle pourtant qui distingue et qui sauve. Pour les esprits peu inform
é
s, sinon malintentionn
é
s, oumalappris, la « gnose » se r
é
duit aux divagations de quelques extravagantes sectes alexandrines etquiconque use du mot doit donc
ê
tre rel
é
gu
é
parmi les h
é
r
é
siarques. C’est oublier que la gnose estd’abord connaissance, et que le refus de toute connaissance est une autre h
é
r
é
sie : celle des «
 
gnosimaques » qu’
é
voquent les trait
é
s de th
é
ologie.Saint Augustin. « La gnose est d’abord connaissance, et le refus de toute connaissance est uneh
é
r
é
sie : celle des « gnosimaques » qu’
é
voquent les trait
é
s de th
é
ologie ».Remarquons, en passant, que les Modernes s’en laissent,
à
l’exc
è
s, imposer par les mots, comme parles apparences. Le mot, qui ne prend sens que dans la phrase (qui elle-m
ê
me ne prend sens que dansl’œuvre) agit sur eux
à
la fa
ç
on d’un sigle, d’un « logo » publicitaire. Or le « logo » est l’exactinverse du logos, autrement dit de la logique ; et ce fut l’immense m
é
rite de Ren
é
Gu
é
non, de nousavoir rappel
é
, par l’exemple, qu’
ê
tre m
é
taphysicien, c’est aussi
ê
tre logicien : c’est-
à
-dire donneraux mots un sens, non point immanent et imm
é
diat, mais, si j’ose dire, transcendant et « r
é
fract
é
».Ce que r
é
sume parfaitement cette phrase de Saint Augustin, que j’aime
à
citer : « Nous qui savonsce que vous pensez, nous ne pouvons ignorer comment et en quel sens vous dites ces choses. » Lebon usage de la gnose serait ainsi de consentir
à
se laisser instruire, f 
û
t-ce par des r
é
ponses
à
desquestions qui ne furent pas encore pos
é
es. L
à
se joue exactement la diff 
é
rence entre la certitude et lav
é
rit
é
, et plus encore entre l’administration de la « v
é
rit
é
», qui n’est plus alors qu’une certitude,humaine, trop humaine, et la qu
ê
te de la v
é
rit
é
, le voyage vers les Iles vertes, vers le Graal…J’useraidonc du terme de gnose ( m
ê
me si je pr
é
è
re ceux de « Sapience » et d’ « herm
é
neutique ») en d
é
pitdes
é
quivoques et des hostilit
é
s qu’il suscite, en ce sens strictement platonicien qui distingue lagn
ô
sis de la doxa, moins d’ailleurs pour les opposer que pour les hi
é
rarchiser…De m
ê
me que Platonn’oppose pas le sensible et l’intelligible mais les distingue, en les unissant par, je cite, une gradationinfinie, la doxa, la croyance, dans une perspective traditionnelle, ne s’oppose pas davantage
à
lagn
ô
sis que la p
é
riph
é
rie d’un cercle ne s’oppose
à
son centre. La gnose est un art de l’interpr
é
tation,autrement dit un voyage odyss
é
en dont l’horizon est le Retour. L’herm
é
neutique, loin de s’opposer
à
 la lettre la sauve et la couronne. En ce sens, le gnostique, l’herm
é
neute, est plus fid
è
le
à
la lettre quele litt
é
raliste, qui en use
à
des fins politiques, dans une « praxis » publicitaire parfaitement accord
é
e
à
l’absence d’esprit du monde moderne.L
é
quivoque du mot « litt
é
rature » est du m
ê
me ordre ; il y aurait ainsi une litt
é
rature « litt
é
raliste »,r
é
duite au « travail du texte » et une litt
é
rature, si l’on ose dire « contre-litt
é
raliste », mais dont le «contre » est, pour ainsi dire, transmut
é
en un « avec », - ce que sugg
è
re l’
é
tymologie grecque du motqui d
é
signe l’
é
crivain, syngrapheus : «
é
crire avec ». L’
é
crivain, au sens non plus litt
é
raliste ounihiliste, serait alors celui qui
é
crit avec le visible et l’invisible, celui qui ne d
é
sesp
è
re pas des motsgalvaud
é
s et profan
é
s ; qui entrevoit, dans l’air mouvement
é
de ses phrases, une chance det
é
moigner en faveur du Beau, du Bien et du Vrai. Mais les plus grandes incertitudes sont ici requisesen m
ê
me temps que les belles esp
é
rances. La gnose ne saurait
ê
tre p
é
remptoire ; elle s’acheminevers la v
é
rit
é
plus qu’elle ne la d
é
tient. Certes, comme la S
 î 
morgh de l’admirable r
é
cit d’Att
â
r, elleest d
é
 j
à
ce vers quoi elle vole, mais les œuvres sont encore les moments, les
é
tapes, les « stations »,de sa divine ignorance.
À
cette gnose accord
é
e
à
l’humilit
é
, s’oppose peut-
ê
tre une gnose arrogante, une gnose fallacieuse,mais celle-ci n’est autre que la technique moderne, qui juge de tout par l’utilit
é
, et dont nul ne sutmieux d
é
crire les ing
é
niosit
é
s controuv
é
es que Villiers de L’Isle-Adam dans ses Contes Cruels. Le
 
propre de cette gnose arrogante est comme le remarquait aussi Hannah Arendt, de nous « exproprier» du r
é
el, c’est-
à
-dire de la contemplation et de l’œuvre, pour nous r
é
duire
à
l’animalit
é
 sophistiqu
é
e du travail et de la consommation. Telle est la gnose qu’il faut combattre, mais par lesarmes de la gnose lumineuse, de la science du cœur. Mais en fine pointe, qui
é
claire tout, la phrasede Saint Augustin… C’est, au fond, la question de la confiance… Ne point juger les choses del’ext
é
rieur, en inf 
é
rant de la forme, de l’apparence, ce qui est, comme le souligne Philippe Barthelet,le propre du Diable, mais
à
partir du cœur,
à
partir d’une sapience d
é
 j
à
acquise de toute
é
ternit
é
etqu’il suffit de retrouver, en toute innocence. Mais ce n’est pas en nous-m
ê
mes que nous retrouveronscette sapience, mais en ceux
à
qui nous l’aurons fait partager ; qui pour nous, et mieux que nous, ent
é
moigneront. La v
é
rit
é
est toujours « en communion ». La parole n’est pas dans la bouche de celuiqui parle, ni dans l’oreille de celui qui entend, mais entre eux, dans cet espace auroral, incandescent,o
ù
quelques preuves de la Toute-Possibilit
é
nous sont offertes.Il est clair que vos r
é
é
rents, votre
é
criture, et si l’on peut dire, votre « humeur », sont profond
é
mentoccidentaux et chr
é
tiens. Or les
é
l
é
ments propres
à
la Tradition Occidentale semblent aujourd’huien plein reflux face
à
la d
é
ferlante mondiale d’une « spiritualit
é
» marqu
é
e par un orientalismeassez douteux au plan doctrinal, ou par un syncr
é
tisme “new age” encore plus frelat
é
! Commentd
é
blayer aujourd’hui les voies d’acc
è
s
à
notre propre patrimoine spirituel ?Luc-Olivier d’Algange : Croire au libre-arbitre, selon une inclination pr
é
cis
é
ment occidentale etcatholique,
à
laquelle s’oppose aussi bien le d
é
terminisme que le fatalisme, c’est comprendre quenous sommes, sans cesse et en toute chose, confront
é
s
à
un en de
çà
et un au-del
à
. Loin d’
ê
trebinaires ou lat
é
rales, les id
é
es sont verticales et hi
é
rarchiques, avec des nuances d’infini (oud’infinies nuances). La sociologie et la philosophie moderne excellent
à
nous r
é
duire
à
des choixfallacieux : individualisme ou communautarisme, universalit
é
ou enracinement… c’est oublier toutsimplement qu’il existe une universalit
é
de l’en de
çà
, et une universalit
é
de l’au-del
à
(celle-l
à
m
ê
medont nous entretient magistralement Ren
é
Gu
é
non). L’universalit
é
de l’en de
çà
est fond
é
e sur lesyncr
é
tisme, la confusion des genres, l’amalgame empoisonn
é
, la fantasmagorie totalitaire du «village plan
é
taire », et se d
é
ploie en « orientalomanies » qui, non sans une certaine arrogancecolonialiste, s’en vont piller de v
é
n
é
rables traditions
é
trang
è
res, pour y trouver des « th
é
rapiesalternatives », un vague jargon et des « m
é
thodes » pour « redynamiser » des cadres stress
é
s. Le «new age » se reconna
 î 
t
à
son idiome, ses anglicismes, sa mollesse intellectuelle, son c
ô
t
é
« parcd’attraction » et son go
û
t de la promiscuit
é
. Tout y a
é
t
é
filtr
é
par l’ignorance et les traditions
é
voqu
é
es y sont repr
é
sent
é
es comme le sont les ch
â
teaux m
é
di
é
vaux
à
Disney World…Le Moderneest fascin
é
par l’archa
ï
que, par l’originel, mais cette fascination est, pour lui, une v
é
ritabler
é
gression, une d
é
ch
é
ance en de
çà
de la raison, une barbarie toute clinquante de « technologiesnouvelles », une superstition odieuse et ridicule
à
laquelle le terme d’obscurantiste convient assezbien et m
ê
me beaucoup mieux que par l’usage que l’on en f 
 î 
t nagu
è
re. L’obscurantisme restait
à
 inventer : c’est chose faite.On ne peut qu’
ê
tre agac
é
par ce m
é
pris de toute
é
tude patiente, de toute discipline r
é
elle, cetteoutrecuidance d’ignorantins qui « zappent » entre le bouddhisme, le tao
ï
sme, les V
é
das, lechamanisme, alors que les nerfs leur manquent pour lire Platon ou Saint Augustin et qu’ilsdemeurent aveugles et sourds dans une cath
é
drale ! Certes, la Tradition, au sens du tradere, supposeque l’on puisse passer d’une langue
à
une autre, mais encore faut-il partir de quelque part. Or, si
of 00

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