G
ens d’actualité, les journalistes manquent souvent demémoire. La plupart des économistes, otages de laconjoncture, ont le même défaut. Rien, donc, n’est plusédifiant et salutaire que de les relire, avec le recul desannées et à la lumière de ce qui est advenu. Sans forfanterieaucune, d’autant que c’est leur mérite, et non le nôtre, le moins quel’on puisse dire est que nos chroniqueurs supportent l’épreuve dutemps. Le lecteur en jugera en découvrant cette sélection de textesparmi les 250 publiés depuis six ans dans
Politis
.Au cœur de la crise qui ébranle tout le système, et qui, sans doute,ne fait que commencer, leurs analyses restent pertinentes.L’explication est simple : les économistes que nous publions dans
Politis
– et qui sont, pour la plupart d’entre eux, membres du conseilscientifique d’Attac – proposent toujours une analyse systémique. Ilsplongent leur critique au cœur du système capitaliste. Ils se mettentà l’abri des soubresauts et des illusions de la conjoncture. Ils nes’enivrent jamais de l’air du temps. Contrairement à la plupart deleurs confrères les plus médiatisés. C’est pourquoi, d’ailleurs, leurschroniques dans
Politis
apparaissent sous la rubrique « À contre-courant ». Réjouissons-nous qu’ils soient, ces jours-ci, un peu plus« dans le courant », au moment où la crise confirme leurs analyses.Et gageons que tout cela n’est que provisoire, quand les ralliés de la25
e
heure à la critique du capitalisme reprendront leurs bonneshabitudes néolibérales.Quoi qu’il en soit, cette « rétrospective » est l’occasion de remettreen perspective toutes les crises de ces dernières années, qui, peut-être, n’en font qu’une seule. Cela pourrait être un nouveau proverbeou la boutade d’un humoriste : seuls les imbéciles maniant lelibéralisme comme une méthode Coué ignorent encore les crisessystémiques. En effet, comment ne pas remarquer que la crise desannées 2007 et 2008 est systémique, prenant plusieurs formes,financière, économique, sociale et écologique, liées les unes auxautres, comme le rappelle dans ce numéro spécial l’économisteDominique Plihon?
Rappelons ici que l’éclatement de la bulle
Internet à partir demars 2000 avait déclenché une crise financière de grande ampleuretdevait déjà mettre fin à la croissance sans frein des marchésfinanciers. L’effet de domino était attendu, souligne notammentNicolas Béniès dans un excellent
Petit Manuel de la crise financière et des autres
(1).La négation de la crise a cependant pris le dessus, en lien direct avecle poids de l’idéologie libérale. Quand tout s’accélère en mai- juin 2007, avec la succession de faillites des sociétés de crédithypothécaire aux États-Unis, les apôtres de la pensée néolibéralelouent encore les puissants,
« inventifs et courageux, mobiles et audacieux »
, évidemment responsables de leur succès, comme l’écritl’ineffable Éric Le Boucher (
Le Monde
du 8 octobre 2007) (2).Il a fallu attendre le troisième krach des bourses du monde entier,enmars 2008, pour que les médias et les gouvernements prennentconscience de la profondeur de la crise. Avec certes quelquesnuances. On pouvait par exemple lire une explication vertueuse decette crise dans L’hebdomadaire britannique
The Economist
(du 5avril 2008) :
« La finance est un cerveau qui facilite la rencontre entre le capital et le travail, qui permet aux épargnants et aux emprunteurs de retarder ou d’avancer leur consommation, qui permet aux individus de partager et d’échanger les risques. Plus ce système est astucieux, plus il remplit ces tâches avec succès. »
On n’oubliera pas le rôle de la théorie financière, qui a connu unextraordinaire développement grâce auquel elle a revendiqué unstatut de savoir scientifiquement contrôlé (3). Et cette croyance dansl’efficience des marchés autorégulés, qui a pourtant subi un démenticinglant. Sans parler de l’incapacité de l’Union européenne àconstruire des politiques communes dans la tourmente financière.Tout cela apparaît dans ce numéro spécial qui se veut aussi un pasvers une sortie de l’impasse libérale.
(1) Syllepse, 2009.(2) Lire
« La rhétorique réactionnaire : responsabilité »
, Gérard Mauger,n°2 de la revue de l’association Raison d’agir, décembre 2007, éditions duCroquant.(3) Lire
L’Arrogance de la finance. Comment la théorie financière aproduit le krach
, Henri Bourguinat et Éric Briys, La Découverte, 2009.
PAR THIERRY BRUN
ÉDITORIAL
Sortir de l’impasse libérale
SOMMAIRE
• D
ANIEL
B
ENSAÏD
:«S’
ATTAQUERAUSYSTÈMELUI
-
MÊME
»
4-5
Q
UAND L
’
ÉCONOMIE VA MAL
• L
ESQUATRECRISESPLANÉTAIRES
7
• Crédits à hauts risques
8
• Le capitalisme Ponzi
9
• Les lignes de fracture de 2008
10
• Une économie « avec » marché
11
• La vérité sur la dette
12
• Récession et crise : la spirale
13
• La vulgarité en équations
14
• Attali et l’économie de guerre
15
• Le capitalisme délinquant
16
• L’insoutenable libéralisme
17
• Arrêtons la guerre des monnaies
18
D
ÉGÂTS SOCIAUX ET ÉCOLOGIQUES
• L
A
«
SOCIÉTÉDURISQUE
»
21
• Croissance ou écologie?
22
• Sale temps pour les pauvres
23
• Sous les retraites, le don
24
• Et la finance ruinera les retraités
25
• La leçon du Clemenceau
26
• Relocaliser le développement
27
• Le sens d’une révolte
28
• Record d’inégalité aux États-Unis
29
• Controverse sur le pouvoir d’achat
30
• La violence faite aux 35 heures
31
• Le partenariat,nouvelle machine de guerre
32
• Le plein-emploi précaire
33
• L’an un de la Sarkonomics
34
D
ÉSÉQUILIBRES
N
ORD
/S
UD
• L
ES
É
TATS
-U
NISETLEDÉSORDREÉCONOMIQUEMONDIAL
37
• L’argent du beurre
38
• Le vaudeville du patriotisme économique
39
• Les dogmes se fissurent
40
• La tragédie des Adpic
41
• Délocalisations :le nouveau bouc émissaire
42
• Dette argentine : la résistance paie
43
L’E
UROPE EN RUPTURE
• L’E
UROPE
,
UNEZONEDELIBRE
-
ÉCHANGE
45
• La directive des travaux forcés
46
• Un plan social-keynésienpour relancer l’Europe !
47
• Le temps des cerises
48
• L’élan du 29 mai
49
• L
ESAUTEURS
50
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