26 février 2009
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P O L I T I S
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PAR DENIS SIEFFERT
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’humour, entre autres vertus, sertparfois à dire l’indicible. Rompuà la realpolitik, le négociateurpalestinien Saëb Erekat s’estrécemment interrogé surl’attitude que la communautéinternationale adopterait à l’encontred’un gouvernement israélien comprenantdans ses rangs l’extrémiste AvigdorLieberman.
« L’Europe et les États-Unisont boycotté un gouvernement palestinienoù siégeaient des ministres du Hamas, nul doute qu’une décision semblable sera prise avec le prochain gouvernement israélien»
, a-t-il dit en substance. Onobjectera que ce propos ne devrait pasprêter à sourire. D’abord, parce que lepersonnage en question, qui veut des étatsjuif et arabe ethniquement purs, et quipromet à Gaza le sort d’Hiroshima,n’incite guère à la plaisanterie; ensuite,parce que la pression de la communautéinternationale devrait en effet s’exercersur les deux parties au conflit. Mais cen’est, hélas, que de l’humour, parce quepersonne n’y croit. Tout le monde sait quece M. Lieberman, une fois installé dansson ministère, serrera les mains de nosministres et autres dirigeants occidentauxqui lui conféreront une honorabilité riende moins qu’usurpée. Il n’empêche que laprésence de cet ultra dans le futurgouvernement de Benyamin Netanyahouest embarrassante pour tout le monde.Elle l’est parce qu’elle prend à contre-piedla diplomatie que l’on prête à BarackObama (que l’on «prête», parce que,pour l’instant, on ne l’a pas encore tropvue). Elle l’est parce qu’elle dit la vérité dece gouvernement, et la vérité de la classepolitique israélienne.
Même Benyamin Netanyahou
entrevoit lesinconvénients de la cohabitation avec cepersonnage. C’est la raison pour laquelle,le chef de file du Likoud faisait le forcingau cours de ces derniers jours pourconvaincre au minimum Tzipi Livni,leader du parti centriste Kadima, et sipossible le travailliste Ehoud Barak, deformer avec lui une coalition. Qu’on ne seméprenne pas: cela ne changerait pasgrand-chose à la politique d’Israël àl’égard des Palestiniens. Faut-il lerappeler, ce n’est pas Avigdor Liebermanqui a bombardé Gaza et tué mille troiscents personnes. Dans cette tragédie,Tzipi Livni, ministre des Affairesétrangères, et Ehoud Barak, ministre de laDéfense, ont des responsabilitésautrement accablantes. Netanyahou ne sesoucie dans cette affaire que de son imageet de celle de son pays, déjà sérieusementécornée aux yeux du monde. Chose assezrare en Israël, le principal problèmeauquel se heurte le probable futur Premierministre n’est pas arithmétique. La droite,l’extrême droite et les partis religieuxdisposeraient à eux seuls de 65 sièges surles 120 de la Knesset. On a déjà connumajorité plus fragile. Il s’agit ici de lanature politique du gouvernement.Après avoir eu un discours ultra-droitier et avoir tiré vers l’extrêmedroite toute la vie politique israélienne,les principaux responsables de cedéplacement font tout pour masquer laréalité.
Pour mesurer ce déplacement,
il suffit dese souvenir que Mme Livni, qui faitaujourd’hui figure de centriste, et presquede caution morale, est l’héritière politiqued’Ariel Sharon, l’homme qui en 2002était considéré comme le partisan dessolutions les plus radicales, d’ailleurs enpartie mises en œuvre à Jénine et àNaplouse. Quant aux travaillistes, ils sesont fondus dans la droite depuis février2001, et n’ont plus guère d’expressionautonome.
« À quoi servent-ils? »,
s’interrogeait la semaine dernière dansnos colonnes l’historien Zeev Sternhell,suggérant la plus pathétique des réponses.Comme toujours (ou comme souvent)dans ce pays, les politiquesinstrumentalisent la peur. Une peur qu’ilsfont naître, qu’ils cultivent et qu’ilsrépandent. La technique est connue. Ils’agit de renvoyer l’ennemi palestinien àce qu’il a de pire. On assimile lesPalestiniens au Hamas, et le Hamas à sacharte de 1988 et à Al-Qaïda. Il s’agit defiger les mouvements dans leur passé,dans leurs proclamations les plusbellicistes, et de dissimuler ou de nier toutce qui procède d’une évolution politique.À toute force, il faut masquer à l’opinionisraélienne les signes de politisation duHamas, son adhésion au plan de paixarabe qui suppose le retour aux frontièresde 1967, c’est-à-dire une reconnaissanceimplicite d’Israël. Vingt ans aprèsl’offensive diplomatique de Yasser Arafatet la «politisation» de l’OLP, Israëlrejoue le même scénario.
Le Hamas n’étant pas assez
crédible dansle rôle de la menace existentielle, il fautévidemment le réduire à un bras armé del’Iran. Ce qui revient également à nier lavéritable implantation, tout à fait«palestinienne», du Hamas, etl’importance de la dégradation desconditions de vie des Gazaouis dans lamontée du Hamas. Des conditions de viesur lesquelles Israël conserve un pouvoirtotal. Le tout ayant pour seule finalité degagner du temps pour poursuivre lacolonisation de la Cisjordanie, etcontinuer de pourrir une sociétépalestinienne toujours sous le joug (1).
(1) En témoignent les règlements de comptes auxquels selivrent actuellement des hommes de main du Hamas dans cequi rappelle chez nous l’épuration à la Libération. Cesévénements sordides peuvent être analysés comme le produitde la nature intrinsèque du Hamas. Ils peuvent aussi êtrecomparés, hélas, à toutes les situations d’après-guerre.
Chose assezrare enIsraël, leprincipalproblèmeauquel seheurte leprobablefutur Premierministren’est pasarithmétique.Il s’agit icide la naturepolitique dugouvernement.
ÉDITORIAL
L’homme qui gêne
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