Histoire – 7VSG
Les Réductions au Paraguay au début du XVII
e
siècle
« (...) Le P. Martial de Lorenzana (...) fut le premier à créer, sur mission confiée par le P.provincial, une réduction au sud. Nous appelons ainsi les villages d'Indiens, qui antérieurement erraient dans les montagnes et les forêts, construisant des cabanes dans les lieux les plus reculés. Les pères les regroupent dans des villages où ils bénéficient des commodités de la vie en société et se vêtent de coton, tandis que, selon leur coutume, ils allaient nus sans même couvrir les parties naturelles. Cette première réduction s'appelait San Ignacio, située à 5 lieues de la ville d'Asunción. (...) Un an et demi [après la création de la réduction de San Ignacio], le P. Diego de Torres m'appela de Córdoba, située à 200 lieues de là, et me désigna, avec le P. Antonio de Moranta, pour la mission apostolique de Guaira (...). Nous fûmes en chemin quarante jours à travers une région déserte, manquant de pain et de farine, n'ayant plus pour nous nourrir qu'une poignée de maïs (...).Nous arrivâmes à Maracayù, où les Indiens nous accueillirent avec joie et amour. Nous y demeurâmes quelques jours, administrant les sacrements et nous familiarisant avec la langue de ce peuple. Ce village est entouré d'immenses montagnes couvertes d'arbres nommés yerba (...).Les Indiens exploitaient ces arbres pour le compte des Espagnols, dans une espèce de servitude abominable nommée servicio personal, en violation des ordres de Sa Majesté, que Dieu protège (...).Ce n'est pas mon intention de décrire les torts que souffrent les Indiens, (...) mais je dois dire,comme je l'ai constaté, que ces mauvais traitements éloignent les païens de l'Évangile et les portent à détester les chrétiens, car, si leurs oreilles entendent la bonté de la loi divine, leurs yeux voient le contraire de ce qui leur est dit (...).À la réduction de Loreto, nous créâmes une école pour apprendre à lire et à écrire aux jeunes Indiens, une heure chaque matin et une heure chaque soir, en leur enseignant la doctrine de notre sainte foi, pendant six jours de la semaine ; le septième jour, selon le principe divin, nous gardions le silence, soucieux de ne pas faner ces plantes fragiles. Nous agîmes ainsi pendant deux ans, sans autre difficulté que de devoir refuser les femmes que les chefs nous offraient, jugeant contre nature que des hommes puissent se passer d'elle pour la cuisine, la lessive et autres occupations ménagères. Nous dûmes construire autour de notre maison une palissade pour empêcher les femmes d'y entrer, action que les Indiens considérèrent, non comme honorable,mais comme incompréhensible (...).Il y a aujourd'hui dans la province du Paraguay vingt-cinq villages d'Indiens à la charge de notre Compagnie (...). La plupart des Indiens sont devenus nos amis et ont accueilli le saint Évangile,mais certains, comme les Payaguas, sont demeurés indomptables et continuent à causer la mort de beaucoup d'Espagnols. Nous avons des pères en tout petit nombre (...). Dieu veuille nous envoyer bientôt d'autres ouvriers pour cultiver Sa vigne.
Antonio RUIZ DE MONTOYA,
Conquista espiritual por los religiosos de la Compania de Jesùs en las Provincias del Paraguay
, Paraná, Uruguay y Tape... Madrid, 1639.
Source : http://hypo.ge.ch/www/cliotexte//html/amerique.colonisation.xvii.html
Leave a Comment