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Usage du je

Usage du je

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06/16/2009

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Médée
et
 Antigone
 
L' usage du « je »
Introduction
La mémoire collective du monde contemporain compte de nombreux mythes. Ainsi, ils sontsouvent le cas de réécriture plus ou moins fidèles au modèle antique. C'est notamment le cas duroman
 Antigone
de Henri Bauchau et de la
Médée
de Christa Wolf. Celle-ci met en place un dispositif novateur qui se situe entre le théâtre et le roman : c’est un roman par voix, sans narrateur apparent,qui nous plonge dans différentes consciences (celle de Médée et de ses proches amis ou ennemis).L’intrusion du lecteur dans ces monologues intérieurs permet de comprendre comment une opinion publique manipulée transforme Médée en bouc émissaire. Quant à Antigone, le lecteur est placé dansson esprit même, et vit avec elle les événements qui l'amènent petit à petit à sa mort. Il est importantde noter que ces deux romans sont écrits à la première personne du singulier. Normalement, le « je »représente une seule et même personne, comme dans une autobiographie par exemple; ici, on a affaireà plusieurs « je »; on assiste à une ré-appropriation du « je » qui se fait distribution de la parole. Achaque fois, le relais de la narration est confiée puis repris, partagé puis gardé, véritable témoignagedu présent. Le « je » y est complexe, car il est sans cesse en mouvement, et ainsi difficile à saisir.C'est pourquoi nous pouvons nous demander ce qu'implique le choix, dans un roman,d'utiliser un « je » protéiforme et en mouvement, plutôt qu'une autre forme d'énonciation. Nous verrons tout d'abord qu'il s'agit dans ces deux romans d'un « je » multiple. Celui-cis'adresse à plusieurs « tu », qu'il traite différemment dans un rapport du « je, et un autre ».
I - Le « je » multiple
 
 A) Mixité et errance du pronom
Tout d'abord, le choix du pronom personnel « je » permet à la fois de mettre en place un narrateur féminin ou masculin, et cela de manière indifférenciée. Que ce soit chez Bauchau ou chez Wolf, lechamp et ainsi laissé libre à celui qui prend la parole. On note qu'il s'ensuit logiquement un
 
déplacement du référent au fil des pages, puisque comme un système de relais, la parole circule, s'enva et revient. Dans
 Antigone
plus particulièrement, il est possible de supposer une errance du pronom,mimant celle des personnages. Errance d'Oedipe, errance de sa fille qui décide de le suivre, le « je »suit un parcours difficile puisque chaque voix lui donne une nouvelle piste à explorer. Ce mot de parcours n'est pas utilisé de façon légère; il s'agit réellement d'un parcours au sens d'une route, d' unitinéraire emprunté pour aller d'un endroit à un autre, avec toutes les difficultés que cela implique.D'une grotte à l'autre peut-être. D'un souterrain à la Mort sans doute. Ainsi si le référant se déplace;interchangeable, il permet d'avoir une vision complète de l'histoire, dans sa vérité mais aussi dans sesrévélations, puisque chaque conscience est mise à nue.
 
 B) Le relais du « je »: la prise de parole
Cette caractéristique de la circulation de la parole se retrouve dans chacun des deux romans àl'étude. Chez Christa Wolf, le livre est composé de voix (d'où le sous-titre du roman), six au total, quise succèdent dans le temps. On retrouve ainsi à l'énonciation Médée, Jason, Agaméda, Akamas,Glaucé et enfin Leukos. Le fait qu'il y ait une parité dans le nombre d'intervenants peut être interprétécomme une volonté de ne pas favoriser telle ou telle vision de l'Histoire: ainsi il ne peut pas y avoir une vision des femmes séparée de celle des hommes. Dans
 Antigone
, Henry Bauchau laisse parfois parler d' autres personnages, comme le fait Ismène dans son monologue, ou encore Hémon. Ce quel'on remarque ensuite, c'est le fait que l'énonciation soit partagée en dépit d'un « je » racontant quisemble incarner une certaine linéarité. Dans ce partage, il est intéressant de noter le flou des limitesénonciatives - en ce qui concerne l'Antigone de Bauchau en tout cas: Hémon, à qui Antigone semble passer la parole au chapitre VI (la bataille) illustre bien cette idée de fluctuation de l'énonciation.L'alternance rapide entre son discours direct et la parole d'Antigone produit un effet de flou qui peutdéstabiliser le lecteur, comme si l'on passait d'une conscience à l'autre sans barrage. Le chant d'Io,dans lequel s'unissent deux êtres est aussi surprenant de ce point de vue: deux voix s'entrelacent, etl’une se substitue à l’autre pour la sauver de la mort. Dans tout le roman s' établit ainsi comme une polyphonie énonciative, où la présence de points de vue différents se manifeste au sein d'un débatentre plusieurs énonciateurs. Ce discours, où s'exprime une pluralité de voix montre concrètement ledéplacement d’un « je » « qui se raconte en se cherchant. »
 
II - « Le je et le tu »
 A) Centres et mouvements de l'écriture: le « je » de l'intérieur 
Le choix de la narration à la première personne implique de nombreux enjeux. On peutrelever en premier lieu la mise à nue complète de la conscience du locuteur; ainsi, quand l'
 Antigone
de Bauchau dit « je », c'est le lecteur qui lit et prononce ce « je », et comme il est immergé « dans ununivers saturé affectivement, [...] il est appelé à devenir un actant à part entière [...] de l’histoire. » Lelecteur est donc, pour un instant, cette femme qui parle et se livre, le pronom « je » annulant de lui-même la distance qui cohabite souvent entre le personnage et le lecteur. Mais si l'on va plus loin, on peut remarquer que l'écriture de Bauchau est, dans la forme, nouvelle. Elle réduit à zéro le hiatustemporel inhérent à la narration, et pour reprendre les termes de l'auteur lui-même, nous fait voir unmonde où « le moment de la narration est le moment de l'expression. » Cette « narration simultanée » permet tout en rendant son naturel à la parole, de traduire la fluidité d'une voix qui se dit en secherchant, et de ce fait, de nous faire « entendre » concrètement la voix d'Antigone. La
Médée
deWolf, quant à elle, n'est pas dans cette logique de présence immédiate aux choses et au lecteur. Certes,le « je » est là, mais il raconte le fait qui lui, est passé; pour reprendre l'expression de Bauchau, ici, lemoment de la narration n'est plus le moment de l'expression, il y a cette fois-ci un décalage temporel.Mais le « je » n'est pas le seul horizon vers lequel se tourne le « je ».
 B) Le recours aux « tu »
Le « je » occupe donc une part essentielle dans chacun de ces deux romans, même si lesauteurs décident de traiter sa présence de façon différente. Cependant, en s'appuyant sur l'analyseBeneveniste des pronoms qui met à l'écart au sein de la classe grammaticale le « il » des deux premiers pronoms, on est amené à discuter cette idée selon laquelle le « je » présuppose toujours un« tu ». En effet, dans les deux œuvres, cette question du destinataire est constamment posée, et necesse de trouver de nouvelles réponses aussi justes les unes que les autres, puisque le « je » lui-mêmese déplace, charriant avec lui son « tu » propre. Parmi les différents « tu » du roman, on peut noter tout d'abord la forme la plus courante qui est l'adresse directe à la personne présente – nul besoind'exemple pour l'illustrer, tant elle est usitée; l'autre forme d'utilisation du « tu » qui émerge dans cesromans, et qui semble beaucoup plus riche, c'est l'adresse à l'être absent, qui fait presque du

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