Directeur de la publication :Edwy PlenelARTICLEA quoi sert l’Otan? Plus grand monde ne le sait. Sauf à gelerdes positions stratégiques en Europe, entretenir une bureaucratiede 15.000 personnes, occuper une bonne partie des pensées duPentagone, l’Otan est depuis vingt ans en plein brouillard. Orga-nisation de guerre froide, l’effondrement de l’URSS l’a laisséesur le bord de la route. C’est en partie pour cette raison qu’en1995, Jacques Chirac avait envisagé de réintégrer l’Otan moyen-nant une redéfinition du rôle de l’Alliance et un autre partage desresponsabilités. Les Etats-Unis avaient refusé ce « partage ». Unnouveau « concept stratégique » fut élaboré en 1999, qu’on estbien en peine de résumer tant il est flou.L’Otan, depuis, avance à hue et à dia. Organisation européenne,la voici engagée en Afghanistan. Conçue pour des combats clas-siques bloc contre bloc, la voici s’essayant à lutter contre le ter-rorisme, les pirates de Somalie voire le narco-trafic ou à menerdes opérations de police (au Kosovo). L’Otan n’est même plusl’exclusif bras armé du « grand club occidental » puisque Do-nald Rumsfeld et George Bush ont eux-mêmes théorisé le prin-cipe de coalitions variables selon les conflits (comme pour l’Irak,par exemple).Nicolas Sarkozy avance donc qu’en dirigeant le commandement« Transformation », la France participera pleinement à la refon-dation de l’Otan. Mais c’est être aveugle sur une constante dela politique américaine : l’Otan est leur outil et son remodelagesera décidé au Pentagone, pas ailleurs. La nouvelle administra-tion Obama n’est pas plus partageuse en la matière.Atitred’exemple,unecommissionparlementaireaméricaine,ras-semblant démocrates et républicains, vient de remettre un rapportde 30 pages de recommandations à la présidence pour justementredéfinir ce rôle de l’Otan et fonder une nouvelle relation avecla Russie. Autre exemple, le secrétaire général de l’Otan a choiside ne pas se payer de mots lors de son audition récente devant lacommission de défense de l’Assemblée nationale : la rénovationstratégique sera, in fine, décidée par les Etats-Unis, aujourd’huiseul
« pilier de l’Alliance »
face à des Européens par ailleurs di-visés.
4. Une exclusivité américaine.
Autre illustration de cette détermination américaine à ne rien cé-der de ses intérêts en Europe : l’affaire du bouclier antimissileaméricain en Europe et l’adhésion à l’Otan de l’Ukraine et laGéorgie. Sur ces deux dossiers, l’administration Bush a pousséles feux, passant au-dessus de l’Europe et des pays membres del’Alliance. Le « bouclier » fut négocié directement avec la Ré-publique tchèque et la Pologne, sans que l’Otan soit saisie. Et sila France et l’Allemagne se sont opposées, l’an dernier, à l’adhé-sion des deux anciennes républiques soviétiques, l’administrationBush comptait bien continuer à favoriser cette entrée.La donne a changé avec Barack Obama. Mais l’« unilatéralisme »demeure.Lanouvelleadministrationaméricaineestprêteàrenon-cer sur ces deux points. Non pas à cause d’une opposition de bonnombre d’Européens ou d’un nouveau partage du processus dedécision. Mais dans le cadre d’une vaste négociation stratégiqueavec la Russie, portant sur le désarmement, l’Iran et la proliféra-tion nucléaire! Ni l’Union européenne ni l’Otan ne sont conviéesà la table...
5. La « famille occidentale ».
Alors, il faut en venir au fond, aux vraies motivations idéolo-giques qui ont porté le choix présidentiel. Et tout a été dit, la se-maine dernière, lors du discours présidentiel à l’école militaire.
« Je n’ai pas peur de dire que nos alliés et nos amis, c’est d’abord la famille occidentale. Je ne crois pas que le rôle d’une grande puissance responsable comme la France soit d’être à mi-cheminentre tout le monde, parce que cela veut dire une France nulle part (...) La condition de son indépendance, c’est d’abord de sa-voir où est sa famille et que sa famille ne doute pas de vous »
, aexpliqué le Président.Nous voilà donc enrôlés dans l’armée de l’Occident, ce club depuissances confronté à ce que Nicolas Sarkozy considère commenotre « premier défi : comment prévenir une confrontation entrel’Islam et l’Occident » (discours d’août 2007).Là est le danger principal, dans cette vision d’un monde en proieau « choc des civilisations » où un Occident assiégé n’auraitd’autre choix que de se faire gendarme de la planète, jusqu’àconduire quelque expédition néocoloniale en Afghanistan. Est-ceune vision si éloignée que celle développée par George Bush avecson projet de « Grand-Moyen-Orient » qui devait voir l’instaura-tion à coups de fusil de la démocratie du Maroc au Pakistan?Un «club» dont le monde ne veut plusLa politique étrangère d’un pays, tout particulièrement, est faitede symboles et de mots. Or l’expression
« famille occidentale »
aété justement bannie depuis la décolonisation du vocabulaire di-plomatique français. Parce qu’il fallait parler à tous : à la Chine(la France fut un des premiers pays à reconnaître la Républiquepopulaire), aux pays arabes, aux non-alignés emmenés par l’Indedans les années 1970. Parce qu’en dehors de logiques de blocsporteuses de guerre, la France a toujours pris grand soin d’êtreà distance. Et parce que c’est justement cette distance qui lui apermis de jouer un rôle important au Conseil de sécurité de l’Onudont elle est un des cinq membres permanents.
Hillary Clinton : son premier déplacement à l’étranger fut pour l’Asie.
D’un atlantisme obsolète, cette analyse du monde selon NicolasSarkozy vient, de plus à contretemps. Car la nouvelle administra-tion américaine n’est pas décidée à s’enfermer dans un huis closfamilial occidental. Premier geste? et il fut remarqué? d’HillaryClinton, ministre des affaires étrangères : faire une tournée enAsie comme premier déplacement à l’étranger. Qui a rencontrécette semaine Barack Obama? Le président brésilien Lula. Qui aproposé d’associer l’Iran à un règlement du conflit afghan et d’en-tamer une vaste négociation régionale? Barack Obama toujours.2
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