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Buchenwald et la Spiritualité, par Ram Linssen

Buchenwald et la Spiritualité, par Ram Linssen

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Published by Rodolphe Monchy
SPIRITUALITÉ « Etre Libre » N° 6 (Mai 1945), pp. 130-134.
SPIRITUALITÉ « Etre Libre » N° 6 (Mai 1945), pp. 130-134.

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Published by: Rodolphe Monchy on Apr 04, 2013
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04/04/2013

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Buchenwald et la spiritualité
par Ram. LINSSEN
Le monde frissonne d’épouvante devant toute l'horreur des atrocitésdont les tortionnaires nazis se sont rendus responsables. Buchenwald,Belsen et bien dautres encore peut-être pires, s’il est possible d’êtrepire constituent autant de leçons tragiques d’où se dégagent unemultitude d’enseignements très importants, mais encore obscurs. Il estcependant d’une impérieuse nécessité de les tirer au clair.La première question que se pose tout homme est celle de savoir comment non seulement, deux ou trois individus, mais bien des centainesont pu en ce: XXosiècle, en plein cœur de l'Europe, procéder à destortures qui dépassent en raffinement et. en cruauté ce que n’auraient jamais pu ver les tyrans les plus sanguinaires du passé. Il est évidentque le titre d’homme ne peut s’appliquer aux auteurs d’actes semblablesà ceux qui sont décrits dans toute la presse et que nous confirment lesrescapés eux-mêmes.Pratiquer une politique spirituelle de l’autruche à légard des horreursréallisées dans les camps de concentration allemands, serait tout à faitinadmissible.Un problème aussi douloureux soulève des questions poignantes. Uneangoisse irrésistible nous étreint à l’idée que nous ne pourrions pas empêcher un jour le retour d’une telle vision de cauchemar.La réponse au problème est double. Il importe d’examiner le traitement à infliger aux tortionnaires. Il faut ensuite étudier quels sont leséléments psychologiques, sociaux qui ont permis d’atteindre l’effarantedéchéance morale dont le monde actuel est le témoin.A légard des responsables de ces tortures une justice implacabledoit être appliquée. Justice implacable mais parfaite. Et tout hommespirituel doit comprendre qu'il est possible de sanctionner sévèrementde tels actes, sans y mêler les remous traditionnels de haine et de vengeance.Buchenwald constitue un avertissement pour le monde. Buchenwaldnous montre qu’en idépit de sa science, l’humanité est au seuil d’un abîme,et que si l’évolution morale de l’homme ne subit pas une ré-orientationcomplètement différente, la faillite sera certaine. Si les horreurs deBuchenwald ne sont pour le monde qu’un prétexte à faire déferler dansles coeurs plus de haine ajoutée à celle que les tortionnaires ont déjàassouvie, cette expérience n’aura servi à rien. A vrai dire, une sommede souffrance aussi monstrueuse mériterait mieux.Pour l’homme spirituel, la « froide
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condamnation à mort desbourreaux ne fait pas l’ombre d’un doute. Encore faut-il préciser que sielle était immédiate, elle changerait fort peu de chose aux causes profondes des maux qui pèsent sur la conscience des accusés. Il faudraitprécisément parvenir — si la chose est possible — à rappeler à ces derniersqu'ils ont une conscience. Avant l’exécution de la sentence de mort,inexorable celle-ci, une ultime tentative de ré-éducation devrait êtretentée, si l’on ne désire pas, que les énergies psychiques présidant à de
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telles dégradations morales, ne continuent ultérieurement leur travail destructeur.Quant aux éléments psychologiques responsables de telles aberrations. ils sont multiples. Il faut y voir l'aboutissement d’une déviation dusens moral dont les débuts sont imperceptibles. Il serait étrangementsimpliste de supposer qu'un simple changement de régime politique ousocial puisse amener un changement durable dans les causes premièresde tels maux.L'origine première de cette déviation du sens moral se trouve dansle coeur de l’homme. Elle est un résultat de cette oblitération du jugementindividuel à laquelle procèdent inévitablement tous les mouvements dits« de masse ». Le fascisme, en broyant les individus « en série », de façonrigide, suivant un modèle standard, dans une atmosphère d’intimidation,de chantage moral, aboutit à la création de ces automates invraisemblables capables d’actes extrêmes dans l’héroïsme ou la monstruosité, parceque frappés à la base de la plus totale inintelligence et de la plus complèteabsence de cœur. Nous ne prétendons pas par cela nier l’existence d’unhéroïsme vrai, intelligent, accompli dans la pleine possession de laconscience de soi, ou encore, par celle plus précieuse de la réalité divinequi la transcende. Les actes auxquels président les mouvements de massesont presque toujours des actes irréfléchis. A des officiers supérieurs del’armée allemande, versés en sciences diverses, cultivés, aimant les arts,certains d’entre nous ont posé la question de savoir ce qu’ils pensaientde la guerre. Ils nous répondirent avec le plus grand naturel du monde.« Nous n’en savons rien, le Fuehrer pense à ces choses à notre place. »Cette obéissance aveugle d’une collectivité d’individus aux ordresd’une autorité extérieure constitue une faillite dont la gravité se trouvesanctionnée par l’acuité des souffrances qu’ont endurées Jes millions devictimes de cette guerre. Lexpérience de Buchenwald nous force à dénoncer avec une véhémence exceptionnelle le danger des «mouvements demasse
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tant prônés par les idéologies fascistes. La vie courante ne nousfournit-elle pas souvent d'éloquents exemples de l’amplitude de la cruautéque peuvent atteindre les foules des pays « soi-disant civilisés », lorsqu’elles se laissent envoûter par une psychologie collective obnubilantcomplètement le jugement, le sens de mesure, la sensibilité des individusqui composent ces foules. Les cas de lynchages d’adversaires politiques oude criminels, les bagarres sont typiques à cet égard. Les hommes ensociété, accomplissent souvent avec facilité des actes qu’ils réprouveraients’ils les confrontaient calmement à la lumière de leur conscience.La conclusion qui s’impose à tout être spirituel est celle de l’urgentenécessité d’une réforme totale de l’éducation morale de 1homme. Leprogramme est double, car il concerne autant les adultes que les enfants.Il s’agit donc pour les premiers d’une véritable rééducation dont l’urgencene fait plus aucun doute, sauf pour les incorrigibles satisfaits , les optimistes béats, qui trouvent encore que tout est bien. ICette rééducationtotale doit se faire au moyen de conférences, d’écrits. Tous les moyensde propagande modernes pourraient y être employés : presse, cinéma,radio, théâtre.Encore faut-il qu’il se trouve une élite suffisamment capable et agissante pour entreprendre la tâche colossale de cette reconstruction de
 
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l’homme. Ce n’est qu’en apprenant aux hommes à se connaître, en contribuant à en faire des êtres responsables qui pensent par eux-mêmesque l’on tiendra en échec les tentatives sournoises d’envoûtement despsychologies collectives. L'homme, comme le dit Krishnamurti, doit travailler collectivement, mais il doit penser individuellement. Ce n’est qu’enorientant l’homme vers la découverte des richesses spirituelles que lanature a déposées en lui-, ce n’est qu’en aidant l’homme à prendre pleinement possession de lui-même que l’on créera ,l'obstacle le plus durable,le plus sérieux, à l’éclosion possible de tous les fascismes.Toutes nos morales, nos religions, nos institutions sont basées sur légoïsme dont elles constituent un encouragement tacite. L'égoïsmehumain est la cause fondamentale de la carence des valeurs spirituelles.Et réciproquement.Ce n’est que lorsque l’homme est spirituellement pauvre que desmouvements de masse, quels qu’ils soient, trouvent en lui, leur victimeprédestinée.Il faut faire table rase du passé. La faillite de tous les systèmesreligieux, moraux, sociaux traditionnels n’est que trop éclatante. Lalézarde envahit ,1e temple. Ne replâtrons pas les fissures béantes de lavieille cité qui s’écroule. Allons de l’avant. La séection naturelle balayerace qui physiquement, moralement et spirituellement, est inadéquat aux exigences de l’époque.Il faut doter les hommes de demain d'un dynamisme, d’une richessespirituelle, d’une virilité mentale qui leur interdira d’être des suiveurs,des imitateurs, des esclaves aveugles mettant les destinées du mondeentre les mains d’aventuriers et d'exploiteurs. Une civilisation nouvelledoit s’édifier sur des bases plus saines, dépouillées de l’égoïsme traditionnel. L’essentiel de nos découvertes scientifiques nous montre qu’au delàdes apparences limitées et statiques de l'univers matériel existe une réalitéextraordinairement vivante dynamique. C’est en cette réalité perpétuellement mouvante, sorte d’essence lumineuse commune, que les êtres et leschoses se meuvent, prennent vie et disparaissent. Il s'agit d’une présencede profondeur sur laquelle se profile le perpétuel va et vient de nos êtresséparés de surface. La perception de ce lien sous-jacent à la multiplicitédes phénomènes, dont chaque être porte l’empreinte au plus intime desa conscience ouvre la porte vers l’ère de l’altruisme le plus fécond. Ellemet l’homme au seuil de cette délivrance de la « conscience de soi »,libération qui constitue la raison d’être de ses luttes. Trop lointaine cetteréalisation ? Non, mille fois non. Elle est .éminemment simple, mais seulesles termes la compliquent. La vérité est toute simplicité. Mais parce quenous sommes complexes, il nous faut un effort inouï pour accéder au« paradis perdu » de notre spontanéité et de notre simplicité premières.En cette réalisation réside la plus grande richesse qui soit. Dans la mesure où les hommes de demain s’alimenteront à la source profonde quiréside en l’intimité de leur conscience, ils accéderont à l’intensité d’unevie nouvelle dont le seul prestige leur interdira à tout jamais de procéder à ce culte d’autrui, à ce reniement complet de la dignité humaine auxquelsprocèdent tous les fascismes, qu’ils soient de droite ou de gauche.Il n’est pas d’être au monde qui ne pense ni aime. L’homme peutréaliser la Vérité dans la mesuré où il parvient à exalter ses puissances

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