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Fernando Cipriani, « Mort et cruauté dans les contes de Villiers et de Mirbeau »

Fernando Cipriani, « Mort et cruauté dans les contes de Villiers et de Mirbeau »

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Article de Fernando Cipriani, « Mort et cruauté dans les contes de Villiers et de Mirbeau », paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 50-58.
Article de Fernando Cipriani, « Mort et cruauté dans les contes de Villiers et de Mirbeau », paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 50-58.

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05/14/2014

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Fernando CIPRIANI
MORT ET CRUAUTÉ DANS LES CONTES DE VILLIERS ET DE MIRBEAU
1
La verve qui anime le conte cruel villiérien est bien contraire au conte fantastique, même si cegenre affaiblit la cruauté, elle convient mieux à l’ironie, à l’imagination, plutôt qu’à la narration. Nousavons analysé, par des thématiques et des méthodes comparées, les deux différentes cruautés des contes(folie, terreur, meurtre, perversion, alnation, amour et crime) et les registres stylistiques quil’accompagnent, en tenant compte surtout des convergences entre Villiers et Mirbeau. Il reste à compléter en analysant leur attitude en face de la mort
2
, leur philosophie, leur vision personnelle, et donc leur foi, ouabsence de foi, dans une autre vie, qui accentue ou affaiblit la cruauté de cet événement singulier qui, presque toujours à la fin du conte, d’une manière conclusive, frappe les personnages.
Peur de la mort chez Villiers, pitié pour les abandonnés chez Mirbeau
La bataille de Villiers menée contre le bourgeois, représentant de l’époque positiviste, qui faitconfiance au progs et à la science, naît de son idéalisme érigé en système philosophique : lacondamnation du “bon sens”, de l’arrivisme social et du profit s’exprime dans ses
Contes cruels
, en particulier dans le conte
Claire Lenoir 
(1867). On sait que l’archétype du bourgeois est le docteur Bonhomet, que Villiers appelle «
le monstre
» ; ce grand bourgeois a inventé une vraie défense face à lamort : voulant éviter les émotions trop fortes, il demande à la science de lui assurer un progrès continu, un bien-être durable, et de tout convertir en argent. Villiers a construit un programme, qui est réalisé dans les
Contes cruels
, pour abattre ce «
monstre
», une vraie campagne, comme en témoigne sa correspondanceavec Mallarmé : «
 Je me flatte d’avoir enfin trouvé le chemin de son cœur, au
bourgeois ! Je l’ai incarné  pour l’assassiner plus à loisir et plus à loisir et plus sûrement.
 
» Et l’ami poète répond en reprenant àson compte ce programme : «
 Il faut que nous affolions le monstre
 , et je crois que mon plan est parfait. J’attends avec bien de l’impatience votre
mixture doucereuse
qui lui donnera des nausées à se vomir lui-même : vous avez raison, évitons les tribunaux, l’art sera qu’il se juge lui-même indigne de vivre.
»Tribulat Bonhomet (le livre homonyme sortira en 1887) réaffirmera son pouvoir de mort sur les artistes,en tuant les cygnes qui représentent les poètes ; mais après avoir été obligé à admettre le mystère de l’au-delà (dont témoignait déjà
Claire Lenoir 
, 1867) il éprouve finalement ce doux plaisir d’écouter le dernier chant de ces grands oiseaux: «
 Il ne prisait, musicalement, que la douceur du timbre de ces symboliquesvoix, qui vocalisent 
la Mort comme une mélodie.
[…]
Et, résorbant sa comateuse extase, il en ruminait ainsi à la bourgeoise, l’exquise impression
jusqu’au lever du soleil 
» (
O.
., II, p. 136). C’est dansl’humour noir que Villiers, idéaliste révolté, va puiser la veine grotesque dont il se sent doué : «
 Il paraît que
 j’ai une puissance du grotesque
dont je ne me doutais pas.
[…]
On m’a dit que Daumier les flattait  servilement en comparaison. Et naturellement,
moi j’ai l’air de les aimer et de les porter aux nues, enles tuant comme des coqs
3
. »Cette invention de types de bourgeois présente des affinités techniques et de contenu avec lescaricatures de certains personnages que trace Mirbeau dans ses
Contes cruels
. Ce dernier emploie la
1 Nous continuons la thématique de la cruauté entamé dans le numéro précédent des
Cahiers Octave Mirbeau
,« Cruauté , monstruosité et folie dans les contes de Mirbeau et de Villiers » (n° 17, 2010, pp. 88-108. Les références restent lesmêmes : Villiers de l’Isle-Adam,
Œuvres complètes
, édition établie par Alan Raitt et Pierre-Georges Castex, ÉditionsGallimard, 1986, p.
1249
. Nous donnerons cette édition comme référence, abrégée en
O.C.
suivie du volume et de la page (les
Contes cruels
sont dans le vol. I et les
Nouveaux contes cruels
dans le vol. II) ; et Octave Mirbeau,
Contes cruels
, éditionétablie et présentée par Pierre Michel et Jean-François Nivet, Les Belles Lettres/Archimbaud, Paris 2009. La référence à cetteédition figurera directement en haut du texte, suivie de la section I ou II, et de la page.2 Nous corrigeons à la page 106 de notre article cité ici, dans la note précédente, la conclusion à propos de l’attitudereligieuse de Villiers et de Mirbeau ; il faut en effet, suite à une inadvertance, lire «
l’attitude de Mirbeau
[et non de Villiers]
envers la religion n’est guère éloignée de celle de l’athée
», celle de M. Rouvin, comme laisse entendre d’ailleurs le contexte.3 Lettre citée par F. Cipriani,
Villiers de l’Isle-Adam e la cultura del suo tempo
, ESI, Napoli 2004 , p. 45.
 
technique caricaturale comme «
une arme de guerre redoutable
»,
 
«
indissociable de la lucidité de sonregard sur l’homme et sur le monde, ainsi que de la démarche satirique qui l’accompagne
», et quidevient caricature burlesque dans « La Mort du père Dugué », utilisée «
 pour dénoncer le conservatismeréactionnaire
4
»
 
du personnage. Mirbeau, comme Villiers, veut mettre en évidence la médiocrité et lamentalité du monde bourgeois avec son apparat domestique et ses rites ; c’est le moment suprême del’agonie d’un père de famille, le père Dugué, un avare qui, sans être un vrai bourgeois, mais un paysanqui a travaillé dur, a vieilli dans la solitude, sans connaître l’amour de sa femme et de ses enfants :
Une sueur glacée ruisselait sur son visage qui se contractait et prenait des tons terreux du cadavre. Isidore et Franchette se tenaient près du lit, et la mère Duguet allait sans cesse du chevet du mourant au poulet qu’elle arrosait du beurre grésillant de la lèchefrite. Bientôt les râles s’affaiblirent,cessèrent, les mains reprirent leur immobilité. C’était fini. Le père Dugué n’avait pas bougé, et sonœil, qui ne voyait plus et qui conservait dans la mort son regard méchant et cruel, était fixé,démesurément agrandi sur le poulet qui tournait au chant de la broche et se dorait au feu clair.
(I, p.107).
La mort, offerte au regard d’autrui à travers la rigidité du cadavre, revient dans les contes des deuxécrivains. La mort physique serait-elle plus perturbante que la mort spirituelle ? Le narrateur protagonistede « À s’y méprendre » a un rendez-vous avec des hommes d’affaires, mais, par suite d’une distraction ducocher, se retrouve dans une salle de la Morgue ; le tableau qui s’offre à ses yeux est vraiment saisissant parce que la mort est suggérée en forme de symbole :
 Plusieurs individus, les jambes allongées de toutes parts, la tête enlevée, les jeux fixes, paraissaient méditer. Et les regards étaient sans pensée, les visages couleur du temps. Il y avait des portefeuilles ouverts, des papiers déliés auprès de chacun d’eux.
(
O.C 
., I, 629).
Plutôt que de présenter directement cette salle de la Morgue, le narrateur, qui s’attendait à trouver sur leseuil «
la maîtresse du logis
», désigne ce lieu bien connu des Parisiens par une périphrase : «
 Et jereconnus alors, que la maîtresse du logis, sur l’accueillante courtoisie de laquelle j’avais compté, n’était autre que la Mort.
» Il passe ainsi d’une description hyperréaliste à une réflexion de différenciationfondamentale entre ces «
hôtes
» et les hommes d’affaires qui l’attendent dans une salle de café :«
Certes, pour échapper aux soucis de l’existence tracassière, la plupart de ceux qui occupaient la salleavaient 
assassiné leurs corps
 , espérant, ainsi, un peu plus de bien-être
» (
ibidem
). Le texte représente lamême scène d’intérieur, avec les mêmes phrases, les mêmes mots. Mais la différence, malgré cetteréitération, avec les «
individus
» du tableau précédent, devient évidente : ces personnes, apparemmentvivantes, «
 pour échapper aux obsessions de l’insupportable conscience
», ont «
assassiné leurs âmes
»(p. 630). Le mépris pour les hommes d’affaires, représentants de l’esprit bourgeois, est frappant, commed’ailleurs dans les textes mirbelliens qui présentent «
la rapacité des hommes d’affaires
5
», évidentesurtout dans le portrait ironique d’un notaire, maître Claude Barbot, qui a bien l’intention de faire desaffaires avec le narrateur (« Villa à louer ») :
Tout en lui était rond, comme sa figure, tout en lui était vulgairement jovial, sauf les yeux, dont lesblanchâtres et troubles prunelles, cerclées de rouge, enchâssées dans un triple bourrelet graisseux dela paupière, suintaient, si j’ose dire, une expression assez sinistre. Mais cette expression, j’étaistellement habitué à la retrouver, à peu près pareille, dans tous
les regards des hommes d’affaires
 , que je n’y pris pas d’autre attention que celle, indifférente et sommaire, que j’accorde aux passants dansla rue
(II, p. 128)
4 B. Jahier, « La Caricature dans les
Contes cruels
d’Octave Mirbeau », art. cit., pp. 116-117.5 B. Jahier, « La Caricature dans les
Contes cruels
d’Octave Mirbeau », art. cit, p. 118.
 
Mirbeau et Villiers ont représenté, dans leurs contes, l’esprit borné des bourgeois qui ne songentqu’à des questions terre-à-terre, au bien-être physique, qu’à économiser de l’argent et se contentent duseul paraître. C’est une question de généralisation, comme le laissait entendre Villiers, qui découvraitcette mentalité dans toutes les classes de la société, même chez les députés (M. Redoux). Ainsi, le boucher Gasselin discute-t-il de l’enterrement de sa femme, qu’il a tuée sans aucune mauvaise intention etavec une certaine indifférence, avec maître Poivret, son beau-père, sans comprendre «
le grand mystèrede la mort 
» (« Avant l’enterrement », I, p. 332). L’indifférence exclut donc la compréhension de cemistère. Pour l’auteur du
 Jardin des supplices
, la mort n’est pas une mort glorieuse ou une transfigurationde la vie au nom d’un idéal, comme pour Villiers, mais seulement un événement naturel, qui se manifeste physiquement par le manque de vie et par la rigidité cadavérique du corps : «
Sur le lit, une femme était couchée, la figure renversée, les traits affreusement tirés, le teint plombé, le corps rigide sous le drap quimoulait les parties saillantes et les formes cadavériques. Ses mains, croisées sur la poitrine, tenaient uncrucifix
» (p. 331). Une mort apparemment sans aucune signification, malgré le petit apparat religieux decirconstance. Dans « Une bonne affaire », un vieillard, sentant que l’heure de la mort approche, pense àfaire acheter à sa femme un terrain de cinq mètres à perpétuité dans le cimetière, pour gagner de l’argentdans cette «
belle affaire
» ; mais la mort n’attend pas : «
 Elle ne vit pas que ses doigts qui se crispaient,ni ses yeux dont le globe se renversa, vitreux, sous la paupière élargie et toute raide
» (I, p. 166). Misère,ignorance et absence de tout sentiment face à la mort
 
caractérisent-elles donc les gens pauvres et les bourgeois ? Elle arrive, inexorable, pour un vieux paysan qui a travaillé durement toute sa vie et à qui safemme refuse du pain, puisqu’il ne travaille plus. Il semble qu’un pas a été franchi vers la sensibilité etvers la pitié ; elle veut quand même honorer son mari en achetant une concession au cimetière pour dixans, exactement comme font les riches, dit-elle (« Les Bouches inutiles »). Ces deux contes de Mirbeauinsistent sur l’agonie du mari et sur la presque insignifiance de la mort, associée à la froideur du cadavreet à un bien superficiel respect de sa femme pour le trépassé : «
 Les paupières du père François s’étaient révulsées
au moment de l’agonie finale et dévoilaient l’œil terne, sans regard 
. Elle les abaissa d’uncoup de pouce rapide, puis elle considéra, songeuse, durant quelques secondes le cadavre
» (I, p. 171).On rencontre aussi des cas où la mort est digne de pitié, surtout quand la société et les bourgeoiss’acharnent à maltraiter les fous ou les êtres considérés comme tels, ou encore les gens abandonnés et bannis de la société. La petite fille souffrante, Tatou (« Tatou ») meurt en tenant la main du narrateur et enrêvant d’aller vers un pays «
tout blanc
», le pays de la mort : «
 J’ai rêvé cette nuit, de mon pays… C’esun pays tout blanc… tout en ciel, et en musique… Laissez-moi partir.
» Ces pages qui inspirent une pitié profonde pour les créatures qui vivent dans la misère, exploitées par des maîtres sans scrupules,reviennent dans d’autres contes qui ont pour protagonistes «
les âmes simples
», les faibles, lesmarginaux, les fous, les bêtes, la vieille qui aime les chats. La mort, pour ces personnes simples, a ledernier mot, frappe comme une surprise, laisse le lecteur dans une silencieuse stupeur : le casseur de pierres Rabalan, considéré comme un sorcier, ne réussit pas à faire marcher les machines d’un fermier,qui se met alors à le battre à coups de poings et de bâton. La parataxe exprime bien cette mort cruelle dumalheureux, la violence acharnée sur son corps : «
 Il s’affaissa sur la terre en poussant un long douloureux soupir 
.
 Le sang coulait, s’étalait, le bâton devenait tout rouge.
[…]
 Rabalan sanglant neremuait plus. On le souleva, il était mort.
». La cruauté de la mort, accompagnée d’une férocité atroce(« Le Crapaud », « Le Lièvre »), qui devient parfois un spectacle agréable et excitant pour l’homme,comme dans un épisode de chasse, n’est pas épargnée aux animaux innocents : «
 Il 
[le père]
ne veut pas se priver et priver sa progéniture de ce qui est le plus beau dans une chasse
la bête forcée
les chiens fouillant les entrailles chaudes de la bête, les valets fouillant les chiens
la mort 
le sang 
leslambeaux de viande rouge
… » (« Paysage d’automne », I, 498). La foule participe à la chasse, comme àun «
massacre
», à un carnage, à un «
délire
» collectif : «
On dirait un massacre, un pillage… le sacd’une ville conquise, tant tous ces bruits, toutes ces voix, tous ces gestes, ont un caractère de sauvagerie,d’exaltation homicide…
» (p. 501).L’exploitation du conte cruel pour inquiéter le bourgeois, selon le programme de Villiers auquelFlaubert aurait pu souscrire, est évidente encore dans « Les Brigands », une satire de la bourgeoisie, qui

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