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Carolyn Snipes-Hoyt, « Apocalypse fin de siècle dans "Les Mauvais bergers", d’Octave Mirbeau »

Carolyn Snipes-Hoyt, « Apocalypse fin de siècle dans "Les Mauvais bergers", d’Octave Mirbeau »

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Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 85-102.
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 85-102.

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04/13/2013

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Carolyn SNIPES-HOYT
APOCALYPSE FIN DE SIÈCLEDANS
 LES MAUVAIS BERGERS 
D’OCTAVE MIRBEAU
 De nouvelles approches de la représentation théâtrale sont facilement repérablesdans la dramaturgie novatrice
 
des deux dernières décennies du XIX
e
siècle. Plusieursdramaturges, comme ce fut le cas d’Octave Mirbeau pour une riode donnée,affectionnaient le naturalisme littéraire et cherchaient des voies d’expression scénique enfonction des réalités politiques et sociales de l’époque. Surtout après 1885
1
,certainsdramaturges français, allemands, scandinaves et russes – quelques-uns influencés par leroman
Germinal 
de Zola, qui venait de sortir – choisissaient
des
situations dramatiquesdans l’actualité et mettaient au centre de l’intrigue des personnages venant des bassesclasses. Dans ses écrits sur le théâtre, Zola conseille aux dramaturges contemporainsd’aller au-delà du divertissement offert sur les scènes françaises de l’époque et d’exercer une emprise sur le public en le forçant à se confronter aux questions sociales
2
. Dans sesromans, il donne l’exemple en révélant la situation véritable de certains secteurs sous- jacents à l’ordre social
3
. Au moment de sa collaboration avec Busnach pour créer l’adaptation scénique de
Germinal 
en 1885, il avertit le grand public que, en fait, onrisque un désastre imminent, une situation apocalyptique en cette fin de siècle, si on nes’occupe  pas de l’amélioration des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière :«
 Prenez garde, regardez sous terre, voyez ces misérables qui travaillent et qui souffrent, Il est peut-
être
temps encore d’éviter les catastrophes finales
4
. » Quand la pièce de Zolaest interdite peu après, Octave Mirbeau proteste énergiquement, révélant du même coupses propres sympathies pour le peuple dans un article intitulé « Chroniques parisiennes », paru dans
 La France
le
27
octobre 1885
5
. Quelques années plus tard, il s’avoueraanarchiste et écrira la préface du livre de Jean Grave,
 La Société mourante et l’anarchie
, paru en 1893
6
. 
1
Reg Carr identifie l’année 1885 comme remarquable du point de vue de la question populaire. Voir son livre
 Anarchism in France. The Case of Octave Mirbeau
(Montréal, McGill-Queen’s University Press,1977) 1-3. Au sujet de l’an 1885, Carr cite Léon Daudet, en exergue : «
Quinze ans après l’avènement dela République, et les incendies de la Commune une fois éteints, il semblait convenable et même utile de s’intéresser au sort des ouvriers, les nouveaux parias.
»
2
On le sait, Émile Zola avait fait de son mieux pour renouveler le théâtre français. Voir YvesChevrel, « Zola et la rénovation de l’art dramatique en Europe »,
 Excavatio
, XVII (2002), pp. 256-260.
3
Distinguant son école naturaliste du style mélodramatique de Victor Hugo, Zola écrit : «
Certes, je suis avec Victor Hugo, lorsqu’il réclame la peinture de l’homme tout entier ; j’ajouterais, moi, de l’hommetel qu’il est, replacé dans son milieu
. » Et il lui reproche «
 ses rêves fantastiques
». Voir Émile Zola,
 Faceaux romantiques
, éd. Henri Mitterand (Paris, Éditions Complexe, 1989), pp. 106-107.
4
Cité aussi en exergue en tête du premier chapitre de Reg Carr.
5
Voir Carr, p. 9, et note 19, p. 12.
6
Voir note n° 5, p. 149, de l’édition de cette pièce à laquelle j’ai recours dans cet essai : OctaveMirbeau.
Théâtre complet 
, tome 1.
 Les Mauvais Bergers
, éd. Pierre Michel (
Cazaubon
, Eurédit, 2003).Toutes les citations des
 Mauvais Bergers
sont extraites de cette édition et seuls les numéros de pages paraîtront entre parenthèses dans le texte. Les références à la préface, à l’Introduction et aux notes de Pierre
1
 
Il faut donc insister sur la tentative d’Octave Mirbeau pour 
 
mettre en scène unesituation plus pertinente, sur les questions sociales, que le divertissement offert par lethéâtre en France
à
la fin du XIX
e
siècle et pour créer ainsi un théâtre qui serait plusconforme à ses propres vues politiques, désormais ouvertement anarchistes. En rédigeant
 Les Mauvais Bergers
(entre 1893 et 1897), un de ses objectifs est de créer une tragédie prolétarienne, c’est-à-dire de représenter une situation propre aux personnages et aumilieu ouvrier, mais en évitant le manichéisme qui caractérise le mélodrame
7
. Il veutdévelopper une intrigue qui empoignera son public par sa quête de vérités humaines, etnon par son adhésion aux convenances factices courantes
8
. C’est pourquoi, dans
 Les Mauvais Bergers
, Mirbeau recourt au dispositif fantasmagorique de l’apocalypse que jeme propose d’examiner afin d’éclairer les actions ambiguës du public de 1897.L’examen des stratégies discursives et des éléments de la mise en scène empruntés audispositif de l’apocalypse dans cette pièce ajoutera à notre compréhension de l’effet produit sur son public et des dissonances occasionnées
à
 ce moment-là
9
, par la premièrereprésentation sur scène. Je voudrais avancer l’idée que, comme motif et paradigmestructurant, l’apocalypse donne une cohérence aux
 Mauvais Bergers
, un ouvrage quecertains, notamment Pierre Michel, qualifient d’«
hybride
» :
Ce mélange curieux de messianisme et de nihilisme, de réalisme et de romantisme,de tirades emphatiques et de pliques quotidiennes, de symbolisme et de propagande anarchiste, fait des
Mauvais Bergers
une œuvre hybride, qui est denature à ne satisfaire personne.
Le dispositif scénique d’apocalypse s’accorde en fait aux inquiétudes sous-jacentesà la tranquillité bourgeoise apparente qui règne en France en cette fin de siècle.La signification du mot grec
apokalyptein
suggère une crise offrant la révélationde quelque chose. On le sait, le livre de l’
 Apocalypse
, venant à la fin du
 NouveauTestament 
, est censé révéler l’objectif ou la volonté de Dieu, au moyen d’une prophétie etde l’annonce de certains événements. Dans de tels textes il s’agit moins de la fin dumonde que de la crise contemporaine, remarque John Hall. Il est surtout questiond’apocalypse quand on voit le moment présent comme si c’était la fin d’un ordre et le
Michel dans cette édition seront indiquées dans les notes de cet essai avec la date 2003.
7
Dans un article intitulé « La Question des comédienset du théâtre » (
 Le Gaulois
22 mars 1886),Mirbeau explique : «
Sous peine d’irrémédiable mort, le théâtre devra revenir à l’étude de caractère, àl’étude de la nature en dehors de laquelle aucun art n’est viable ni beau
. » Cité dans P. Michel, « OctaveMirbeau et le théâtre », in
Un moderne : Octave Mirbeau
, éd. Pierre Michel (Paris : Eurédit, 2004), pp.187-218. Voir p. 198 et p. 215, note 44.
8
Mirbeau trouvait que tout ce qui se passait au théâtre, c’était comme s’il n’y avait «
au monde quel’amour 
», alors qu’ «
il y a d’autres passions qui soulèvent l’humanité, il y des intérêts, des besoins, des souffrances
». Voir l’interview de Mirbeau par Georges Bourdon,
 Revue bleue
, 12 avril 1902, cité
par
P.Michel (2004), pp. 192 et 214, note 18.
9
N’oublions pas que le recours au dispositif de l’apocalypse, comme perspective sur le réel(
Weltanschauung 
) ou mode structurant de l’intrigue, caractérise d’autres pièces sur la question socialemettant en scène le milieu ouvrier, comme
Germinal 
(1885)
 
de Zola et la version de ce roman adaptée pour la scène. On pense, par exemple, aux ouvrages de dramaturges qui, à l’étranger, traitaient aussi de laquestion sociale, comme
 Avant l’aube
(1889) et
 Les
 
Tisserands
(1892), de G. Hauptmann, et
 L’Honneur 
(1889), de Sudermann, en Allemagne, ainsi qu’aux œuvres de certains dramaturges russes et scandinaves,tels
 La Puissance des ténèbres
(1887), de Tolstoï, et
 Au-del 
à
des forces humaines
, de B. Björnson, qui a été joué à Paris en janvier 1897 au Théâtre de L’Œuvre.
10
P. Michel (2003), p. 32.
2
 
 passage à un nouveau commencement dans une ère post-apocalyptique
. Dans cecontexte, on pense au roman de Zola qui traite de la défaite de Sedan,
 La Débâcle
(1892),où il s’agit du passage d’une ère à une autre, et qui commence et
se
termine dans undécor crépusculaire, voire apocalyptique
. Toute une gamme de significationsapocalyptiques est à considérer dans la pièce de Mirbeau, et elles ne sont pas toutesreligieuses. Cette étude se penchera donc sur  un choix d’éléments ayant trait àl’apocalypse qui font surface dans
 Les Mauvais Bergers
, en particulier  ceux qui ont puavoir des implications et des répercussions sur les plans social ou politique au moment dela première.Le thème principal de l’apocalypse comporte et engendre de multiples possibilitésrhétoriques, remarque Stephen O’Leary
. Un épisode apocalyptique est un moment particulier du temps social qui vient interrompre la routine quotidienne et le déroulementnormal de l’histoire. Walter Benjamin fait allusion à de telles circonstances quand il écritque le moment du présent de l’histoire pourrait être transpercé de «
 fragments de tempsmessianique
», parce que le désastre ou la crise menace et que les membres d’un groupes’affolent et attendent l’arrivée d’un messie – en termes d’intrigue, une sorte de
 Deus exmachina
.Pour sa part, René Girard explique «
le sentiment de l’apocalypse
» en termesde prise de conscience, du fait qu’on ne peut plus résoudre de grands problèmes sociauxen prenant pour cible une victime quelconque et en profitant ainsi des effets bénéfiquesde la violence primitive, qui est à la base de «
la mécanique du bouc émissaire
». On a plutôt le sentiment qu’il n’y a plus rien qui nous sépare
de
notre destruction
. Rappelonsque la frénésie apocalyptique s’associe souvent à des périodes de temps précises, commela fin d’un siècle ou d’un millénaire.Des éléments apocalyptiques ressortent dans certaines parties de
Germinal 
(1885), par exemple dans le passage suivant écrit selon la perspective bourgeoise, et qui,à propos des mineurs et de leur rage, rapproche l’idée de révolution, la couleur rouge, quis’y associe, et la fin de siècle :
C’était la vision rouge de la révolution, qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle. Oui, un soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins et il ruissellerait du sang des bourgeois, il  promènerait des têtes, il sèmerait l’or des coffres éventrés.
[…]
.
 
11
John R. Hall,
 Apocalypse : From Antiquity to the Empire of Modernity
(Cambridge, UK/Malden,MA : Polity Press, 2009), p. 2.
12
Voir Raoul Girardet, préface de
La Débâcle
, éd. Henri Mitterand (Paris, Gallimard, 1984), pp. 14-15.
13
Cité dans Hall, pp. 2-3. Voir Stephen O’Leary:
 Arguing the Apocalypse
(Oxford University Press,1994), p. 7.
14
Voir Walter Benjamin, « Theses on the philosophy of history »,
 Illuminations
, tr. Harry Zohn(Harcourt, Brace, & World, 1968), p. 263. La vision « apocalyptique » était assez fréquente dans lalittérature catholique de la fin du XIX
e
siècle, par exemple, chez Veuillot ou chez Bloy, qui s’inspirent tousles deux des spectacles terrifiants de la Commune. Voir Jacques Petit, « Genèse et thèmes de
 La Ville
», inPaul Claudel,
 La Ville
, éd. Jacques Petit (Paris, Mercure de France, 1967), p. 30 et notes 1 et 2.
15
Voir 
 René Girard. Evolution and Conversion : Dialogues on the Origins of Culture
, avecPierpaolo Antonello et João Cezar de Castro Rocha (New York, Continuum International Publishing,2007), p. 235.
16
Voir Émile Zola,
Germinal 
, préface Henri Guillemin (Paris, Flammarion, 1968), pp. 345-346.
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