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Jacques Chaplain, « Octave, côté jardins – Mirbeau et l’art des jardins »

Jacques Chaplain, « Octave, côté jardins – Mirbeau et l’art des jardins »

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Published by Oktavas
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 117-134.
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 117-134.

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Categories:Types, Research
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05/14/2014

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JACQUES CHAPLAIN
OCTAVE, CÔTÉ JARDINSMirbeau et l’art des jardins
 Propos rustiques entre délices et supplices
 À
Daw Aung San Suu Kyi.
 Enfermée en son jardin, elle nous enseigne comment vaincre nos peurs et lutter ainsi contre toutes les formes de tyrannies.
«
Encore un
»... autre article sur Mirbeau et les jardins, me direz-vous ! Rassurez-vous je ne suis ni homme de lettres, ni critique d'art pas plus qu'horticulteur, mais...comment pourrais-je dire... allons-y, j'avance le terme de... jardiniste... je suis un retraité jardinier qui essaie de composer son jardin comme le peintre inventant son paysage
in situ
,d'où le sous-titre « Propos rustiques ». En réalisant un parc de bambous et de nymphéas
1 
 près de l'Océan, j'ai pris le risque de faire des liens avec le voyage des plantes, l'histoire de botanistes voyageurs oubliés et avec celle de l'art des jardins européens au siècle desLumières et au XIX
e
siècle... Mes recherches sur l’histoire de l’introduction des bambousen Europe m’ont conduit à découvrir l’œuvre scientifique du naturaliste belge JeanHouzeau de Lehaie (1867-1959) et à lui dédier notre bambusetum qu’il appelait des sesvœux
2
. Outre ses relations avec les grands botanistes de son époque, il a eu l’occasion derencontrer des personnages aussi éminents qu’Elisée Reclus, l’abbé Breuil et ClaudeMonet… Et c’est finalement une lettre, découverte récemment, de Claude Monet invitantJean Houzeau et son père, professeur de géographie politique, à venir à Giverny, enseptembre 1919, qui m’a permis, « de fil en aiguille », de découvrir les « amitiés de Moneten son jardin » avec Georges Clemenceau, Gustave Geffroy, Sacha Guitry, GustaveCaillebotte... et Octave Mirbeau. Tout cela pour vous dire que je suis un parvenu dans lasphère mirbellienne car j’ai « retrouvé » Octave Mirbeau il y a seulement quelques mois.Si je n’avais pas eu l’occasion, quelque quarante ans auparavant, d’entendre un extrait desa
«
Licorne magique
»
, le terme découverte serait plus idoine ! Après avoir badiavec
1
Pour nommer les plantes nous utiliserons soit les termes des auteurs cités, soit les noms binominauxselon les usages et conventions qui régissent la taxinomie botanique (genre et épithète en latin écrits enitalique, avec la première du genre en majuscule et la première lettre de l’épithète en minuscule sauf s’ildérive directement du nom d’une personne ex :
 Papaver Monetii
), soit les noms communs en français (avecla première lettre en minuscule ex : bégonia).
2
Cf. notre article sur Jean Houzeau de Lehaie, dans Wikipedia.
 
« Mon jardinier » et « Le Concombre fugitif », il a fallu passer aux choses sérieuses etacquérir des clés de lecture pour comprendre l’œuvre de Mirbeau, côté jardin. Dans un premier temps, je vais traiter de Mirbeau et l’art des jardins : amitiés en ses jardins, sonréseau d’horticulteurs, le style des jardins impressionnistes
3
. Dans un deuxième article, j’évoquerai les jardins dans l’imaginaire mirbellien. Ces articles n’ont d’autre but que devous faire partager cette première expérience cognitive et sensible avec Octave Mirbeau.Au cours de sa vie, Octave Mirbeau n'a jamais oublié les paysages champêtres deson enfance. C'est à Rémalard (Perche), dans la propriété paternelle du « Chêne vert »,qu’il acquiert «
la force robuste, la vigueur âpre
4
 
» qui l'aideront à surmonter les revers dela vie et à mener tous ses combats. Pour l'écrivain, le jardin rural s'inscrit essentiellementdans un paysage dont il est indissociable.
Un génie apparu des jardins
Paul Hervieu, dans un tonifiant article sur M. Octave Mirbeau publié dans
 LeGaulois
prête avec beaucoup d'imagination à des fées tutélaires des propos annonciateursdes grandes et fécondes périodes du «
 Northman
[...]
d'origine gothique
, [...]
auxmoustaches de cuivre rouge
». Ainsi à sa retraite océanique, succèdera sa période florale :«
Bientôt, tu seras attiré par le charme silencieux des fleurs ; et tu les traiteras avec lesintuitions d'un art si doux qu'il leur naîtra, de toi, un trouble nouveau, et que certaines enarboreront des nuances inédites : si bien que – au bout de quelques mois de culture – lesconcours floraux proclameront, en ta personne, un génie apparu des jardins
5
.
»À l'issue de sa période de "
négriat littéraire" 
, au cours du second semestre 1886, ilchoisit avec enthousiasme de relire
 Le
 
Calvaire
à Noirmoutier (Vendée)
6
dans une maisonrustique située au Pélavé, où Claude Monet vient lui rendre visite. Mirbeau décrit le jardinattenant, herbu, plein de fleurs et arboré où «
le mimosa, le grenadier , l'eucalyptus et lelaurier-rose y poussent aussi forts et aussi parfumés que sous les ciels du Midi
 ». Aprèsson mariage en catimini à Londres avec Alice Regnault (1887), et leur long séjour àMenton, près de la frontière italienne (1888-89), il entreprend de résider, lorsque cela sera possible, dans des propriétés rurales pouvant comprendre un parc boisé, un jardin potager,un poulailler et surtout un jardin floral attenant à la maison bourgeoise.
 Réceptions en ses jardins
Parmi les résidences campagnardes habitées par les Mirbeau, les locations auxDamps, près de Pont-de-l'Arche (Eure), non loin de Giverny où s'est définitivement installéson ami Claude Monet, puis de Carrières-sous-Poissy (Yvelines), correspondent à la
3
Les jardins impressionnistes de Mirbeau et de Monet dans l’histoire des jardins ferontéventuellement l’objet d’un article ultérieur.
4
Edmond Pilon,
Octave Mirbeau
, Bibliothèque internationale d’édition, Coll. Les célébritésd’aujourd’hui, Paris, 1903, pp. 5-6.
5
Paul Hervieu, « M. Octave Mirbeau »,
 Le Gaulois
, 14 décembre 1897.
6
Cf. Pierre Michel, « Noirmoutier », (notice),
 Dictionnaire Octave Mirbeau
, 2011-2012
7
Octave Mirbeau,
 Noirmoutier, notes de voyage, suivi de lettres à Monet, Loti, Hervieu et de La mer 
,édition établie par J.-F. Nivet, Séquences, 2003, 61 p.
 
 période où l'écrivain s'adonne à temps partagé entre l'écriture et le jardinage. Les Mirbeaurésident aux Damps quatre ans (1889 à l’hiver 1893) dans une grande maison avec un vaste jardin (de 5 hectares, selon Edmond de Goncourt) qui serait un merveilleux modèle pour son voisin, le peintre paysagiste.Par besoin de renouvellement constant, Mirbeau s'installe à Carrières-sous-Poissyau Clos Saint-Blaise (1893-1898), où il écrira
 Le Jardin des supplices
. Les jardins desDamps ne manquent pas de séduire également ses amis. Ce n’est pas Monet, de plus en plus casanier, qui immortalisera les jardins qui entourent la belle maison de briques, maisson ami Camille Pissarro qui réalisera quatre toiles. Plusieurs visiteurs ont laissé égalementdes témoignages colorés et vivants. Edmond de Goncourt, amateur très urbain de jardins,venu avec ses amis Léon Daudet et Henri de Régnier, de sa propriété d'Auteuil
8
, se sontretrouvés le 6 juillet 1895 à la gare Saint-Lazare pour rendre visite à Mirbeau. Bien que lamaison, de style cottage anglais avec ses nombreuses fenêtres, soit «
inondée de jour et de soleil 
», l’ameublement lui semble «
bien inharmonique pour des yeux de peintre
» : lacuisine peinte en jaune (comme la salle à manger de Monet) et les cadres de dessin vertlézard ne sont pas de son goût ! Goncourt semble plus ravi par le jardin : «
Dans le petit  parc, des plantes venues de chez tous les horticulteurs de l'Angleterre, de la Hollande, dela France, des plantes admirables, des plantes amusant la vue par leurs ramificationsartistes, par leurs nuances rares, et surtout des iris du Japon, aux fleurs grandes commedes fleurs de magnolia et aux colorations brisées et fondues des plus beaux flambés. Et c'est un plaisir de voir Mirbeau, parlant de ces plantes, avoir dans le vide des caresses dela main, comme s'il en tenait une. C'est une longue promenade dans cinq hectares de plantes, puis la visite aux poules exotiques dans leur installation princière, avec leursloges grillagées, au beau sable, d'où s'élèvent quelques arbustes et renfermant ces poulescochinchinoises, ces poules toutes noires avec leurs houppes blanches, les petitscombattants britanniques, enfin ces poules dans l'embarras des plumes de leurs pattes,courant avec la gêne de gens dont la culotte serait tombée sur les pieds.
»
 
Et c’est un plaisir de savoir par ailleurs que la douce Alice vend ses œufs en surplus et possède une bergerie comme le faisait Marie-Antoinette ! Autre détail intéressant qui rappelle ladisposition du jardin d’eau de Monet, séparé du Clos Normand par le chemin du Roy et laligne de chemin de fer vers Gisors : «
Avant dîner, on va faire un tour dans la partie de la propriété qui est de l'autre côté de la route et qui est le potager, un potager immense, semblant descendre jusqu'à la Seine et comme bastionné en haut d'une sorte de terrasse àl'italienne, toute remplie de rosiers et pouvant, avec un peu d'arrangements, quelquesvases mis sur les pilastres, devenir un coin de terre délicieux
9
.
»Jules Huret est venu voir Mirbeau aux Damps en avril 1891 afin de réaliser uneenquête sur les écrivains contemporains
. Bien que les premières pousses des vivaces
8
Julia Daudet,
Souvenir autour d’un groupe littéraire
, Charpentier, Paris, 1910, Ch. IV, p. 89 et sq.
9
Edmond de Goncourt,
 Le Journal 
, Robert Laffont, Bouquins, 2004, tome III, samedi 6 juillet 1895, pp. 1150-1152.
10
Interview d’Octave Mirbeau par Jules Huret,
 L’Écho de Paris
, 22 avril 1891 (Octave Mirbeau,
Combats littéraires
, L’Age d’Homme, 2006 pp. 331-337 ; Jules Huret,
 Enquête sur l’évolution littéraire
,

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