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m'apprendre qui elle était sans se faire connaître lui-même, et qu'il avait de fortes raisons pour souhaiter dedemeurer inconnu. Je puis vous dire, néanmoins, ce queces misérables n'ignorent point, continua-t-il en montrantles archers, c'est que je l'aime avec une passion si violentequ'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes. J'aitout employé, à Paris, pour obtenir sa liberté. Lessollicitations, l'adresse et la force m'ont été inutiles; j'aipris le parti de la suivre, dût-elle aller au bout du monde.Je m'embarquerai avec elle; je passerai en Amérique.Mais ce qui est de la dernière inhumanité, ces lâchescoquins, ajouta-t-il en parlant des archers, ne veulent pasme permettre d'approcher d'elle. Mon dessein était de lesattaquer ouvertement, à quelques lieues de Paris. Jem'étais associé quatre hommes qui m'avaient promis leursecours pour une somme considérable. Les traîtres m'ontlaissé seul aux mains et sont partis avec mon argent.L'impossibilité de réussir par la force m'a fait mettre lesarmes bas. J'ai proposé aux archers de me permettre dumoins de les suivre en leur offrant de les récompenser. Ledésir du gain les y a fait consentir. Ils ont voulu être payéschaque fois qu'ils m'ont accordé la liberté de parler à mamaîtresse. Ma bourse s'est épuisée en peu de temps, etmaintenant que je suis sans un sou, ils ont la barbarie deme repousser brutalement lorsque je fais un pas vers elle.Il n'y a qu'un instant, qu'ayant osé m'en approcher malgréleurs menaces, ils ont eu l'insolence de lever contre moi le bout du fusil. Je suis obligé, pour satisfaire leur avarice etpour me mettre en état de continuer la route à pied, de vendre ici un mauvais cheval qui m'a servi jusqu'à présentde monture.Quoiqu'il parût faire assez tranquillement ce récit, illaissa tomber quelques larmes en le finissant. Cetteaventure me parut des plus extraordinaires et des plustouchantes. Je ne vous presse pas, lui dis-je, de medécouvrir le secret de vos affaires, mais, si je puis vousêtre utile à quelque chose, je m'offre volontiers à vousrendre service. Hélas! reprit-il, je ne vois pas le moindre jour à l'espérance. Il faut que je me soumette à toute larigueur de mon sort. J'irai en Amérique. J'y serai dumoins libre avec ce que j'aime. J'ai écrit à un de mes amisqui me fera tenir quelque secours au Havre-de-Grâce. Jene suis embarrassé que pour m'y conduire et pourprocurer à cette pauvre créature, ajouta-t-il en regardanttristement sa maîtresse, quelque soulagement sur laroute. Hé bien, lui dis-je, je vais finir votre embarras. Voici quelque argent que je vous prie d'accepter. Je suisfâché de ne pouvoir vous servir autrement.Je lui donnai quatre louis d'or, sans que les gardes s'enaperçussent, car je jugeais bien que, s'ils lui savaient cettesomme, ils lui vendraient plus chèrement leurs secours. Ilme vint même à l'esprit de faire marché avec eux pourobtenir au jeune amant la liberté de parlercontinuellement à sa maîtresse jusqu'au Havre. Je fissigne au chef de s'approcher, et je lui en fis la proposition.Il en parut honteux, malgré son effronterie. Ce n'est pas,monsieur, répondit-il d'un air embarrassé, que nousrefusions de le laisser parler à cette fille, mais il voudraitcommunicate her history without making himself known,and that he had urgent reasons for preserving his ownincognito. "I may, however, tell you this much, for it is nolonger a secret to these wretches," he continued, pointingto the guards,
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"that I adore her with a passion so ardentand absorbing as to render me the most unhappy of human beings. I tried every means at Paris to effect herliberty. Petitions, artifice, force
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all failed. Go where shemay, I have resolved to follow her
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to the extremity of the world. I shall embark with her and cross to America."But think of the brutal inhumanity of these cowardly ruffians," he added, speaking of the guards; "they will notallow me to approach her! I had planned an open attack upon them some leagues from Paris; having secured, as Ithought, the aid of four men, who for a considerable sumhired me their services. The traitors, however, left me toexecute my scheme single-handed, and decamped withmy money. The impossibility of success made me of course abandon the attempt, I then implored of theguards permission to follow in their train, promising thema recompense. The love of money procured their consent; but as they required payment every time I was allowed tospeak to her, my purse was speedily emptied; and now that I am utterly penniless, they are barbarous enough torepulse me brutally, whenever I make the slightestattempt to approach her. It is but a moment since, that venturing to do so, in spite of their threats, one of thefellows raised the butt-end of his musket. I am now driven by their exactions to dispose of the miserable horse thathas brought me hither, and am preparing to continue the journey on foot." Although he seemed to recite this story tranquilly enough, I observed the tears start to his eyes as heconcluded. This adventure struck me as being not lesssingular than it was affecting. "I do not press you," said Ito him, "to make me the confidant of your secrets; but if Ican be of use to you in any way, I gladly tender you my services." "Alas!" replied he, "I see not the slightest ray of hope. I must reconcile myself to my destiny in all itsrigour. I shall go to America: there, at least, I may be freeto live with her I love. I have written to a friend, who willsend me money to Havre-de-Grace. My only difficulty is toget so far, and to supply that poor creature," added he, ashe cast a look of sorrow at his mistress, "with some few comforts upon the way." "Well!" said I to him, "I shallrelieve you from that difficulty. Here is some money, of which I entreat your acceptance: I am only sorry that I can be of no greater service to you."I gave him four louis-d'ors without being perceived by the guards; for I thought that if they knew he had thismoney, they might have raised the price of theirconcessions. It occurred to me, even, to come to anunderstanding with them, in order to secure for the youngman the privilege of conversing with his mistress, duringthe rest of the journey to Havre, without hindrance. I beckoned the chief to approach, and made the propositionto him. It seemed to abash the ruffian, in spite of hishabitual effrontery. "It is not, sir," said he, in an
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