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Arnaud Vareille, « L'Œil panoptique : la norme dans les romans d'Octave Mirbeau »

Arnaud Vareille, « L'Œil panoptique : la norme dans les romans d'Octave Mirbeau »

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Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 14, 2007, pp. 78-94.
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 14, 2007, pp. 78-94.

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05/10/2014

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L’ŒIL PANOPTIQUE : INTÉRIORISATIONET EXHIBITION DE LA NORMEDANS LES ROMANS D’OCTAVE MIRBEAU
1
 L’œil panoptique, induit par certaines avancées techniques et omniprésent dans la réflexionesthétique du XIX
e
siècle, accompagne les mutations sociopolitiques de l’époque. Il en devient l’undes agents principaux dès lors qu’une réflexion le prenant pour objet le situe résolument dans ladouble perspective du projet de Jeremy Bentham, exposé dans son ouvrage
 Le Panoptique
2
,
 
et de lalecture qu’en donne Michel Foucault
3
. Au-delà de l’analyse faisant de ce dispositif un instrument dedressage au service de la norme dominante, nous en rappellerons son corollaire, qui suppose, par le jeu de miroir des regards, le contrôle de la norme par ceux qui la subissent
4
. Nombreux sont lestextes de Mirbeau qui mettent en scène des espaces pouvant être assimilés au système de Benthamdans ce qu’il a de plus coercitif, mais qui illustrent également ce retournement de la direction duregard, cet échange des rôles qui fait passer le principe panoptique de sa dimension d’«
œil du pouvoir 
» à celle d’«
œil du peuple
5
». Chez Mirbeau, cependant, ce jeu de contrôle réciproque, eten dépit du caractère émancipateur du regard du dominé sur le dominant, n’est pas à l’origine d’unequelconque garantie d’équité. Il est, au contraire, l’occasion pour l’auteur de souligner le caractèreglobal du pouvoir et de la norme, qui fait de tout individu un être «
déjà piégé
» (Foucault), dontl’effort d’émancipation ne peut suivre les voies frayées par la rhétorique lumineuse de la téléologiesocialiste. Nous émettons ainsi l’hypothèse qu’une lecture de l’œuvre, faite à l’aune de l’évolutiondes formes de domination que connaît le XIX
e
siècle – transformation mise à jour par les travaux deFoucault postulant la métamorphose de la «
discipline-blocus
» de l’Ancien Régime en une«
discipline-mécanisme
6
 » issue du Panoptique – pourrait donner des arguments nouveaux à la thèsede la forme atypique que prend l’engagement de l’auteur dans ses textes de fiction.
1
Nous nous appuierons essentiellement, dans le cadre de cet article, sur trois romans (
 Le Jardin des supplices
, 1899,
 Le Journal d’une femme de chambre
, 1900 et
 Les Vingt et un jours d’un neurasthénique
, 1901) pour ne faire qu’évoquer enguise de conclusion
 La 628-E8
(1907) et
 Dingo
(1913). Nous délaissons donc volontairement les œuvres ditesautobiographiques (
 Le Calvaire
,
 
1886,
 L’Abbé Jules
, 1888 et
Sébastien Roch
,
 
1890) qui présentent pourtant larépression normative d’une manière exacerbée, à travers la description de l’éducation parentale et des institutions jésuitique et militaire. C’est cette trop grande évidence de leur critique qui les exclut justement des limites de notre propos.
2
Jeremy Bentham,
 Le Panoptique
, Belfond, 1977.
3
Michel Foucault,
Surveiller et punir 
, Gallimard, coll. TEL, 1975. Abrégé en
SP 
dans la suite de l’article.
4
C’est l’idée de la transparence générale des pratiques sociales qui apparaît déjà ici. Notons cependant quel’accès à celle-ci ne concerne pas les prisonniers, qui en sont exclus de fait. Ce sont des tiers qui bénéficient de ce droitde regard sur l’institution pénitentiaire : «
 Il y aura d’ailleurs, des curieux, des voyageurs, les amis ou des parents des prisonniers, des connaissances de l’inspecteur et des autres officiers de la prison qui, tous animés de motifs différents,viendront ajouter à la force du principe salutaire de l’inspection, et surveilleront les chefs comme les chefs surveillent tous leurs subalternes. Ce grand comité du public perfectionnera tous les établissements qui seront soumis à savigilance et à sa pénétration.
», Jeremy Bentham,
 Panoptique
, Notes et postface de Christian Laval, Mille et une nuits,2002, pp. 15-16. Christian Laval commente ce principe, dans un autre texte, en expliquant que « [s]
i l’agent du pouvoir doit tout voir, il doit être vu totalement. Dans un sens, chacun des sujets doit pouvoir être parfaitement identifié,dénommé, marqué comme individu
[…]
. Dans l’autre sens, chacun des agents du pouvoir doit être à son tour fixé dansun réceptacle
[…]
 , soumis au regard et offert à la critique du peuple.
», in
 Jeremy Bentham. Le pouvoir des fictions
,PUF, 1994, p. 104.
5
C’est ainsi que Christian Laval définit la caractéristique propre du principe panoptique. « De l’utilité du panoptique », postface au
 Panoptique
,
op. cit 
., p. 64.
6
La première est «
toute tournée vers des fonctions
négatives », tandis que la seconde est «
un dispositif  fonctionnel qui doit améliorer l’exercice du pouvoir en le rendant plus rapide, plus léger, plus efficace
[…] », MichelFoucault,
SP 
, p. 244.
 
Reconnu par tous les commentateurs de son œuvre comme un critique inlassable des diverscorps constitués, Mirbeau use cependant, pour parvenir à son but, de procédés variés. Selon quel’on s’attarde sur les textes ouvertement polémiques ou sur la production fictionnelle, lareprésentation des forces qui oppriment l’individu sera plus ou moins ostensible. Si une part del’œuvre est réservée à la critique dogmatique, via la presse et la tonalité pamphlétaire des articlesqui y paraissent, les récits permettent, quant à eux, de modaliser l’expression de cette contestation,et, paradoxalement, d’en étendre la portée polémique et l’efficace en interrogeant la complexité desmodalités du pouvoir. Toute domination est, en effet, l’expression d’une norme, mais cequ’inaugure la société du XIX
e
siècle, c’est un modèle normatif généralisé qui traverse le corpssocial, «
un moyen de surveillance perpétuelle sur la population
7
», qui trouve son origine dans la prison panoptique.
Espaces romanesques, espaces panoptiques : représentations du pouvoir
La forme des textes de Mirbeau présente, par le biais d’une architectonique récurrente, uneréelle proximité avec certaines règles formelles de la prison idéale imaginée et décrite par Bentham,composée d’espaces hiérarchisés permettant le contrôle d’un centre sur la périphérie.
 Les Vingt et un jours d’un neurasthénique
, qui décrivent le séjour d’un personnage dans une ville de cure, fontde celle-ci un archétype de l’espace panoptique dans lequel les lieux sont organisés de telle manièrequ’ils dépendent les uns des autres. Le chapitre III décrit, dans une analepse provoquée par larencontre du docteur Triceps, vieille connaissance du narrateur, l’asile dans lequel le médecinofficiait et qu’il avait fait visiter à son ami :
 La cour est fermée quadrangulairement, par de hauts bâtiments noirs, percés de fenêtres qui semblent, elles aussi, vous regarder avec des regards de fous.
8
 Nous traversons des cours et des cours et des cloîtres tout blancs, et nous arrivons sur une sorte deterrasse
[…]
. De là, on découvre tout le tragique paysage de murs noirs, de fenêtres louches, de jours grillés, de verdures grisâtres, tout ce paysage d’effroi social 
[…].
9
Rétrospectivement, le lecteur se souvient alors des pages qui ouvrent le roman, et dans lesquellesl’allure des montagnes anticipait la clôture de l’asile, faisant de l’espace du roman un espaceconcentrique et mimétique, où les lieux se répondent en échos, s’incluent les uns dans les autres,sans qu’il devienne possible de discerner la nature exacte du lieu fréquenté. « [L]
a montagne hauteet sombre
 » qui cerne le narrateur dans la ville de cure n’est que la version naturelle des «
murshauts et noirs
» de l’asile. La description de la ville d’eaux avouait le caractère uniformisant desdifférents endroits que présente le roman, espaces qui dupliquent le modèle architectural uniquequ’est la prison ou l’asile. Ainsi, dans la ville de cure, « […]
il n’y a que des hôtels… soixante-quinze hôtels, énormes constructions, semblables à des casernes et à des asiles d’aliénés
». Lestoponymes participent de cette confusion généralisée, puisque le lieu de villégiature choisi par lenarrateur s’appelle X (Mirbeau démarque en fait Luchon), anonymat identique à celui de la villedans laquelle le narrateur a visité l’asile («
 Ah ! ce voyage que je fis à X… pour des affaires de famille ! Comme il y a longtemps déjà
 !
»). L’homologie généralisée incarne le fantasme de lasociété carcérale qui émerge alors, et que Foucault repèrera dans les mêmes termes que Mirbeau :«
Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, quitous ressemblent aux prisons
 ?
»
7
 
 Ibid.
, p. 287.
8
O. Mirbeau,
 Les Vingt et un jours d’un neurasthénique
, 10/18, 1977, p. 68.
9
 
 Ibid.
, p. 75.
10
.Ibid.
, p. 42.
11
 
 Idem.
12
 
 Ibid 
., p. 65
13
M. Foucault,
SP 
, p. 229.
 
Le schème de l’ingestion est une variante de l’espace coercitif. Le jardin dessupplices, lieu éponyme du roman de 1899 suppose, pour que le visiteur y accède, uneingestion métaphorisée. Des couloirs obscurs de la prison (véritable œsophage) au“ventre” que constitue le jardin, tout concourt à l’analogie organique. De même quel’estomac se situe au centre du corps, enfermé dans une triple enveloppe squelettique,musculaire et charnelle, de même qu’il possède une végétation pariétale composée decellules productrices des sucs gastriques, le jardin «
occupe au centre de la prison unimmense espace en quadrilatère, fermé par des murs dont on ne voit plus la pierre quecouvre un épais revêtement d’arbustes sarmentaux et de plantes grimpantes
 
».L’immeuble bourgeois, décliné dans
 Le Journal d’une femme de chambre
(1900) selonses nombreuses variantes contemporaines (hôtel particulier parisien, maison bourgeoisede province, villa de location dans une station balnéaire… ), est lui-meanthropophage, puisqu’il engloutit le domestique, sa liberté, son âme. Tous les lieuxromanesques témoignent donc de l’omnipotence du contrôle qu’exerce le pouvoir sur les individus et la prise de possession des corps par la structuration de l’espace reprenddeux procédés propres au Panoptique
: la «
clôture
» et le «
quadrillage
».Le texte lui-même est soumis à un certain nombre de critères normatifs. Notons d’abord lafréquence des avertissements, avant-propos et dédicaces circonstanciées qui ouvrent les récits deMirbeau, employés comme autant de moyens de contextualiser la narration à suivre, puisque lesremarques métanarratives y abondent. Bien souvent, c’est la voix même du narrateur qui se faitentendre pour soumettre son récit à ces autorités externes que sont l’horizon d’attente et laclassification générique. L’avertissement du
 Journal d’une femme de chambre
est pris en charge par un homme se présentant comme l’éditeur du manuscrit de Célestine. Si le propos est volontairementironique vis-à-vis des canons en vigueur, il fait cependant une double concession à ceux-ci en justifiant, d’une part, le remaniement du texte dans une perspective plus littéraire par l’insistantdésir de la femme de chambre ; en éprouvant, d’autre part, le besoin de répondre d’une manièreanticipée à d’éventuelles objections de forme de la part de «
certains critiques graves et savants…et combien nobles !...
» L’aréopage présent dans le « Frontispice » du
 Jardin des supplices
estformé de personnages constituant pour la plupart des autorités internes au texte, par leur statutd’abord (Illustre écrivain, savant, philosophe…), parce qu’ils sont, ensuite, les garants d’uneinterprétation unique de la loi universelle du meurtre et du caractère de la femme, sujets de ladiscussion. La conversation qu’ils entretiennent, pour présenter quelques divergences de point devue, se contente de théories verbeuses et d’hypothèses élégantes qui constituent bien un frein à touteautre spéculation, dans la mesure où elles sont une émanation de «
l’hégémonie
». Les deux personnages qui vont alors prendre successivement la parole pour substituer les faits aux discours,en relatant une expérience personnelle, seront immédiatement perçus comme déviants par le restedu groupe.La disposition des lieux romanesques et les ouvertures des œuvres favorisent le sentimentde l’omnipotence des dispositifs de surveillance ; celle-ci se trouve renforcée par quelques figuresisolées qui viennent incarner les relais du pouvoir au cœur de la vie sociale.
 Le Journal d’une femme de chambre
exprime le mieux cette soumission des individus à un regard omniprésent. MmeLanlaire, maîtresse chez laquelle officie Célestine au moment où elle rédige son journal, secaractérise essentiellement par ses dons d’observation permanents, activité d’inspection
qui nes’interrompt jamais et s’exerce sur les moindres faits, s’étend jusqu’au plus infime détail. Célestine,dans une exclamation tout à la fois familière et très symbolique pour notre propos, concentre toute
14
O. Mirbeau,
 Le Jardin des supplices
, Folio, 1991, p. 180.
15
M. Foucault,
SP 
, pp. 166-168.
16
O. Mirbeau,
 Le Journal d’une femme de chambre
,
Œuvre Romanesque
, t. II, édition critique établie, présentéeet annotée par Pierre Michel, Paris, Buchet/Chastel - Société Octave Mirbeau, 2001, p. 379.
17
Au sens où l’entend Marc Angenot, c’est-à-dire un «
canon de règles
», in
1889. Un état du discours social 
, LePréambule, coll. L’Univers des discours, 1989, p. 22.
18
Rappelons que l’inspection est «
le principe unique, et pour établir l’ordre, et pour le conserver 
», selonBentham,
 Panoptique, op. cit.
, p. 12.

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