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Pierre Michel et Augustin de Butler, « Renoir et Mirbeau – Une lettre inédite de Renoir à Mirbeau »

Pierre Michel et Augustin de Butler, « Renoir et Mirbeau – Une lettre inédite de Renoir à Mirbeau »

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Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 158-168.
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 158-168.

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04/20/2013

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Pierre MICHEL et Augustin de BUTLER 
RENOIR ET MIRBEAU
Une lettre inédite de Renoir à Mirbeau
Le 22 novembre 2010, a été vendue, à l’Hôtel Drouot, une lettre inédite deRenoir à Mirbeau qui était estimée de 1 800 à 2 000 €. Cette découverte est l’occasion pour nous de faire le point sur les relations entre les deux hommes. On connaît depuislongtemps l’admiration de Mirbeau pour celui qu’il appelait «
le peintre de la femme
».Il lui a consacré deux articles dithyrambiques : le premier, dans
 La France
du 8décembre 1884, après l’avoir sans doute rencontré, à la demande de Durand-Ruel ; lesecond, en 1913, dans les
Cahiers d’aujourd’hui
de George Besson
1
,où il affirmaitnotamment que Renoir ne se prenait pas pour «
un prophète
», ne cherchait pas àrésoudre «
les grands problèmes
» de l’humanité, ni «
à sauver le monde
», pas même«
à accomplir sa destinée
», mais qu’il avait, toute sa vie, «
 peint comme on respire
» :«
 Il a vécu et il a peint. Il a fait son métier. C’est peut-être tout le génie.
[...]
 Il ne peint ni l’âme, ni le mystère, ni la signification des choses, parce qu’on n’atteint un peude la signification, du mystère et de l’âme des choses que si l’on est attentif à leursapparences.
» Mirbeau l’a également évoqué élogieusement dans plusieurs autreschroniques, en particulier dans
 Le Gaulois
du 16 juin 1886, où il écrivait, entre autrescompliments, qu’il avait «
tout compris, tout saisi, tout exprimé
» de «
ce qui s’offre, cequi se cache, ce qui se devine
» ; et dans le
Gil Blas
du 14 mai 1887, où il voyait, dans
 Les Baigneuses
(vers 1887, Philadelphie, Museum of Art), «
une des plus belles et des plus curieuses œuvres de ce temps
», admirant le paysage «
d’une clartéextraordinaire
» et une toile «
 profondément méditée et d’un art tout exceptionnel 
».Même si, dans son Olympe personnelle, Renoir n’est pas placé tout à fait aussi haut queClaude Monet ou Van Gogh, il fait bien partie des
happy few
à avoir suscité, trente ansdurant, le plus de louanges de la part d’un critique qui passait pourtant pour être fortexigeant.
Auguste Renoir,
 Les Grandes baigneuses
, 1887
1
Il s’agit du texte qui a servi de préface à l’album Renoir édité par Bernheim
.
 
En revanche, on sait beaucoup moins ce que Renoir pouvait bien penser del’écrivain. On sait qu’il l’a rencontré à plusieurs reprises, à l’occasion des dîners desBons Cosaques et des dîners impressionnistes, qu’il est allé avec lui à une expositiondes néo-impressionnistes
2
et que leurs relations étaient assez cordiales pour que Mirbeauintervînt auprès du peintre afin de faire barrage à la cooptation du cabotin Coquelin auxBons Cosaques, en 1887, et lui fît don, l’année suivante, d’un exemplaire de
 L’Abbé Jules
. Mais ils ne sont pour autant jamais devenus intimes. Faut-il supposer quel’engagement anarchiste et le cynisme provocateur du grand démystificateur n’étaientguère de nature à susciter l’adhésion de Renoir, ni
a fortiori
son enthousiasme ? Ceserait oublier que Renoir était lui aussi anarchisant, par certains côtés, et qu’il aimait bien, lui aussi, les provocations. Certes, l’affaire Dreyfus a pu les éloigner un temps,mais Mirbeau était aussi admiratif en 1913 qu’en 1884, sans que les divergences politiques nées au cours de l’Affaire aient eu le moindre impact négatif.
Renoir et
 L’Abbé Jules
Il est plausible que le peintre ait remercié le critique pour son article de
 La France
, mais sa lettre n’a pas été retrouvée et n’est pas attestée. Par contre, on connaîtsa lettre de remerciement du 18 juin 1886, pour sa mention élogieusedans « Impressions d’art », paru deux jours plus tôt dans
 Le Gaulois
3
: refusant de«
 faire le malin
», il s’y disait «
très fier 
» d’avoir été «
 placé à côté des deux plus grands artistes de l’époque
» – c’est-à-dire Auguste Rodin et Claude Monet – et «
trèsreconnaissant du regain de courage
» que lui donnait ce «
courageux article
», pour,«
à la prochaine exposition, prouver à tout le monde que vous avez raison
». Et, pour conclure, ces mots aussi cordiaux que lapidaires : «
 Mille amitiés et remerciements
».Deux ans plus tard, c’est pour remercier Mirbeau de l’envoi de
 L’Abbé Jules
qu’il lui adresse une nouvelle lettre, inédite jusqu’à ce jour, qu’Augustin de Butler, qui prépare une édition de la correspondance du peintre
4
, nous a communiquée :
 Mon cher Mirbeau Je suis très embarrassé pour vous dire que je trouve
L’Abbé Jules
uneœuvre pleine de force et surtout d’inattendu, ce qui est l’essence de la vie même.On ne sait jamais ce que cet être va faire et l’on va jusqu’au bout empoigné par cette nature qui en somme est la nature de tout le monde avec plus ou moins dedegrés (comme l’alcool). Quand je dis la nature de tout le monde il faut ajouter (qui a une valeur).Voilà, mon ami, mon appréciation, prenez là pour ce qu’elle vaut, elle est telle que je la pense.Toutes mes sympathies
5
. Renoir 
2
 
«
 Mirbeau m’a emmené un jour à une exposition de ça
», déclare Renoir, cité par AmbroiseVollard,
 En écoutant Cézanne, Degas, Renoir 
, Grasset, 1938, p. 211.
3
Cette lettre a été vendue à Vienne (Autriche) le 28 octobre 1994. Elle est reproduite en fac-similédans les
Cahiers Octave Mirbeau
, n° 2, 1995, p. 227.
4
Nous devons aussi remercier bien vivement Augustin de Butler pour nous avoir fourni tout pleinde précieuses informations sur Renoir, sans lesquelles cet article n’aurait pas été possible.
5
Ce dernier mot est difficile à déchiffrer.
 
Cette brève missive est surprenante à plusieurs égards. Tout d’abord, on sent le peintre gêné (il se dit «
très embarrassé
»). Serait-ce de devoir s’exprimer, sans êtredésobligeant à l’égard d’un critique influent et qui lui est si précieux, sur une œuvre plus susceptible de l’ennuyer que de l’emballer ? C’est possible, même si, d’unemanière générale, Renoir se soucie peu des critiques et ne cherche pas à plaire, et, pour ce qui est de Mirbeau, qu’il connaît, il n’a de surcroît aucun doute à avoir sur l’admiration qu’il lui voue. Son embarras vient peut-être de sa réticence à s’exprimer avec des mots (et non avec son pinceau), sur un domaine (la littérature) qui n’est pas lesien. Déjà réticent à s’exprimer sur la peinture, à plus forte raison hésitait-il à recourir aux mots pour parler de choses qui ne sont pas de sa compétence directe. Mais, enl’occurrence, l’appréciation de
 L’Abbé Jules
qui suit l’aveu inaugural de son embarrasne le confirme nullement, et ce qui frappe, bien au contraire, c’est la justesse de la perception du roman et de son héros éponyme, en parfait accord avec ce que leromancier a entendu faire. De fait, le qualificatif d’«
inattendu
» convient bien à un récitqui est emmené tambour battant par un personnage qui est, pour tous les témoins de savie, «
une indéchiffrable énigme
» et dont personne, par conséquent, ne peut imaginer  par avance ce qui va bien pouvoir lui passer par la tête. Or, comme Mirbeau ne cesse dele répéter, il en va de même dans «
la vie
» qui, contrairement à ce que croient lesnaturalistes, naïfs adeptes d’un déterminisme simpliste, est d’une telle complexité que personne ne peut en embrasser tous les rouages, ni
a fortiori
en dégager des loisimmuables : loin d’être un
cosmos
, elle n’est qu’un
chaos
, et l’imprévisibilité en est uneconstante indépassable. Renoir pensait-il donc, lui aussi, que «
l’essence de la vie
» estd’être totalement imprévisible ? En ce cas, la convergence des deux esprits ne serait

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