Editorial
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G
érard Aschieri a recouru à la mêmemétaphore qu’Arnaud Montebourgpour décrire le monde de l’éducation :
« une Cocotte-Minute »
. Le secrétairegénéral de la FSU s’exprimait, le18décembre,enpleinmouvementlycéen,devantl’association Réalités du dialogue social, où seretrouvent des syndicalistes et des responsablespatronaux.Ilestimeque
« leseffetsdévastateursdelacrisevonts’amplifier ».
Avant même que la hausse historique du chô-mageennovembre(+ 64 000demandeursd’em-ploi) soit connue, le diagnostic de M. Aschieri
–« onatouslesélémentsd’unecrise sociale »
–étaitpartagé. A l’Elysée comme au Parti socialiste,danslessyndicatscommedanslesmilieuxpatro-naux, tout le monde redoute une explosion duchaudronsocial.Sousquellesformes ?Dans un pays où les corps intermédiaires pei-nentdeplusenplusàsefaireentendre,unecoursede vitesse semble engagée. Nicolas Sarkozy cher-cheàconjurerlemauvaissortenévitantàtoutprixd’agiterdeschiffonsrouges,quitteàsignersonpre-miergrandreculpolitique,surlaréformedelaclas-sedeseconde,faceàunmouvementlycéenvigou-reux,maisminoritaire.Lepatronattentedeseras-surer en observant, comme dans
Actualité
, revuedel’Uniondesindustriesetmétiersdelamétallur-gie (UIMM), en décembre, que
« la succession de journéesd’actionetdegrèvesquisesontdérouléespen-dant la deuxième quinzaine de novembre n’est pasannonciatrice de mouvements sociaux de grandeampleur,aumoinsdansl’immédiat »
.Souslahoulettedesanouvellepremièresecré-taire,MartineAubry,lePSveutêtrepartieprenan-ted’unecontestationsocialeàl’écartdelaquelleils’estlongtempstenuquandilprivilégiaitsonima-gedepartidegouvernement.Acoupsdecommu-niquésà répétition,le PSs’invitedésormaisdanstoutes les manifestations syndicales, quitte àencourirlereprochequeluifaisaientlessyndicatsdans les années 1980, celui de se comporter en
« sixième confédération syndicale »
. Son nouveauporte-parole, Benoît Hamon, a même réclamé,face à la déferlante de plans sociaux, le retour del’autorisation administrative de licenciement,introduite par Jacques Chirac en 1974 et suppri-méeparlemême premierministre en1986.Sauf qu’aucunsyndicatnedemandecerétablissement,sachant,commeM
me
Aubry,ancienneministredutravail, que l’autorisation administrative n’a jamaisempêchéleslicenciements.Lessyndicats ne sont pas en reste. Ils affichentleurvolontéderenoueravecl’unitéd’action,alorsinédite,quileuravaitpermisdemettreenéchec,en2006, le contrat première embauche (CPE) deDominiquedeVillepin.Le15décembre,huitorga-nisations,leshuitprotagonistescôtésalariésdelafrondeanti-CPE–laCFDT,laCFE-CGC,laCFTC,laCGT,FO,laFSU,Solidairesetl’UNSA–,appel-lentàunejournéenationaledemobilisationinter-professionnelle,le29janvier,surl’emploi,lessalai-res,laprotectionsociale,lesservicespublics.Lacri-se, affirment-elles dans leur texte commun,
« menace l’avenir des jeunes, met à mal la cohésion socialeetlessolidarités ;elleaccroîtlesinégalitésetlesrisquesdeprécarité »
.M. Aschieri, qui juge pourtant le mouvementsyndical
« convalescent »
,voitdanscetteunité
« lamarque d’un sursaut syndical »
, pouvant débou-chersurun
« tous-ensemblequirisqued’êtreremar-quable »
.MéthodeCoué ?Aulendemaindesélec-tionsprud’homalesdu3décembre,dontonasur-toutretenulerecordd’abstention–74,35 % !–,lesgagnants et les perdants veulent retrouver leursmarquesentenantlesdeuxboutsdelachaîne :unrôleactifdanslesnégociationsinterprofessionnel-les achevées (assurance-chômage) ou en voie del’être (formation), et une posture combative danslacontestation sociale qui s’esquisse, pour ne passeretrouverhorsjeu.FO,quinesaitpassisonreculde2,3pointsauxprud’homalesestdûàunexcèsdesurenchère ou à une propension au compromis,tantsastratégieestàgéométrievariable,appelleàunegrèveinterprofessionnellele29janvier.
Nouvellesformesdeconflictualité
Au-delà des pronostics de ceux qui ne veulentpasêtresurpris,commeen1968eten1995,parlafuturecontestation,nulnesaitquellesformespren-draituneexplosionduchaudronsocial.Lesursautsyndicals’opèredoncdanslebrouillard,surlabased’une unité qui, pour être inédite depuis le CPE,n’en est pas moins fragile. La fracture apparueentre la CGT et la CFDT, d’un côté, et les autresconfédérations, de l’autre, sur la réforme de lareprésentativité syndicale n’est pas résorbée. Et,sur les thèmes à l’ordre du jour de la journée du29janvier,ilyadesérieusesdivergences.
« Quand on gratte un peu,
reconnaît M. Aschieri,
il y a desoppositionstrèsfortes. »
Lamargeestd’autantplusétroite,pourlessyndi-cats,queles réponsesqu’ilsoffrentàlacolèredessalariésvictimesdelacrise–desjournéesd’actionà répétition, accompagnées de grèves dans lestransportspublics –risquent d’être oubien déca-léesparrapportauxattentes,oubiensansdébou-chés.Lagrèvetraditionnelleest,depuistrenteans,enpertedevitesse.En2006,lenombredejournéesnontravailléespourfaitdegrèveareculéde23 %par rapport à 2005, selon l’enquête du ministèredutravail.Enrevanche,onvoitémergerdenouvel-lesformesdeconflit–débrayages,harcèlementdelahiérarchie, chahut collectif, grève du zèle, refusdes heures supplémentaires, absentéisme, etc. –qui pour être ponctuelles n’en sont pas moinsdures. L’association Entreprise et Personnel s’enétait alarmée, en octobre, dans une note intitulée«Ladéchirure ». Au-delàde défilésbien encadrés et de journées bienrythmées,oùlejeusocialresteentrelesmainsdessyndicats,lepirescénarioquelaissecraindrelacrise est celui d’une explosion de conflictualité venant de catégories qui s’imaginent sans lende-main. Des salariés mis brutalement au chômageou délocalisés, des précaires menacés de franchirun nouveau seuil dans l’exclusion, des pauvrescondamnés à une marginalité à durée indétermi-née,desjeunes–dansleslycées,lesfacultésoules banlieues – qui se croient sans avenir dans unesociété quileur ferme toutesses portes,autantdecatégoriesquipeuventbasculerdansunestratégiedeladésespérancesociale.Larévolteet laviolence deceux quipensent neplusrienavoiràperdresontlesplusdangereuses.Et,àcela,lescorpsintermédiairesn’ontsouventàopposerqueleurimpuissance.
a
Courriel
:
noblecourt@lemonde.fr
L’euro et au-delà
E
n guise de vœux, Conchita de Floiracadresse un précepte amical :
« Le mot résister doit toujours se conjuguer au pré- sent. »
Précepte grammatical empruntéàLucieAubrac.Voilàdequoisenourritlaboîtecourrielduchroniqueur.Cequiprovoqueàlafoisunejoied’échangeetunvertigededéborde-ment. Nous laisserons de côté, si vous permettez,lesanonymesetlesdélatrices.
« Erreur ou mensonge ? »
s’interroge un cen-seur, sous le titre :
« Francis refait l’Histoire »
.Bigre,ontremble.Commeilsemblepeuprobable, vu le ton, qu’il s’inscrive dans la série des bandesdessinées
Francis,leblaireaufarceur
(ClaireetJakeRaynal, éditions Cornélius, 1996), on tremble.Refairel’Histoire,c’estgrave,celaporteunnom:lerévisionnisme.Etcettemanied’appelerunincon-nuparsonprénomaquelquechosedepénible.Lelecteurindigné,lui,n’enrevientpas.Dansunechro-nique portant sur
Hara-Kiri
, l’invention la plus bête et méchante du siècle, le chroniqueur auraitprétendu qu’il était interdit de lire les journauxdansleslycéesdeFranceen1960.Etaussi,queles-dits lycées n’étaient pas mixtes. Le lecteur éructe,inonde de sa diatribe plusieurs associations, necomptepasenresterlà.Luieneffetasuivisesétu-des, de 1950 à 1957, dans un petit établissementmixte(veinard).Etunétablissementparticulière-mentoléoléoùtoutlemondelisait
Hara-Kiri
.Lire
Hara-Kiri
dès 1957, alors que le premiernuméro ne sort qu’en 1960, c’est fortiche. Maisenfin,enfidèledeBorgesparticulièrementattentif auxtrouvaillesdelaphysiquequantique,ilenfautpluspourscierlechroniqueur.Sanscompterque,ayant suivi les siennes, d’études, entre 1955 et1962, soit au gros de la guerre d’Algérie, oui, il a vécudansunlycéeinterditdejournaux.Maisenfin,illuiarrivedeflotter(surlesKabylesetlesAlgériens,quatrecourriels),devacillerdanslesdates à proposde Césaire(M. Truffaut rectifietout, on lui en saura gré). Ou de commettre deserreursvéniellesquidéclenchentunetempête.Voi-cidonc:jamais,augrandjamais,LéopoldSenghorn’a intégré l’ENS de la rue d’Ulm. Ah bon ! Dontacte.Onneprêtequ’auxriches. Au compte des vraies bourdes, celles-ci. Dansunélan d’enthousiasme,j’ai confondudeux cava-liersvoltigeurs du flamboyant Battuta qui se jouece 31 décembre pour la dernière fois : ManuelBigarnet et Michael Zilbert. Réglons l’affairedevant un verre. Nettement plus grave : le fait dem’être pris les étriers à propos de Fouché à Lyon(octobre1793).VoirBorgesetlaphysiquequanti-que,biensûr.Maisleshistoriens,eux(GérardBaal, AnnieGeffroy),n’ontquefairedecesparadoxes.Jecrainsqu’ilsn’aientraison.Désolé.Recordderéactionsen2008 ?Mondoutesurlesketch du « petit mur ». Figurait-il ou non dans
LesMonstres
deDinoRisi?Deladéferlantedecour-rielsmonteunventd’humanité,d’intelligence,demémoire,derésistanceetdedrôlerie,quiencepre-mierjourdel’annéedonneunevraieconfiance.Tiens, à propos d’Annie Geffroy, historienne,quesoitmentionnéicicecôtétouchantducourriel.Onretrouvelesamisd’autrefois(Roumette,Etche-garray). Fût-ce par bévue interposée. Annie Gef-froy,en1968-1969,nousparticipionsensembleauformidablegroupedelexicologiepolitiqueàl’ENSde Saint-Cloud. Chef d’orchestre, le plus doux, lemoinsdirectifdesdirecteursdelaboratoire,Mauri-ceTournier.CommeonnevousaurapasbassinésavecMai 68,quesoitrendueicijusticeàsonpetitouvrage,
LesMotsdemai68
(Pressesuniversitairesdu Mirail, 128 p., 10 euros). Précieux mémentodédié à
« Omar Diop, élève à l’Ecole normale supé-rieure de Saint-Cloud, compagnon de Daniel Cohn- Bendit à Nanterre, expulsé de France et suicidé à 24ansdansunegeôlesénégalaise »
.Bonneannée.
a
Courriel:
marmande@lemonde.fr
Auboulot !parNicolasVial
« Francis refait l’Histoire »
Syndicats : sursaut dans le brouillard
I
lyadixans,l’eurovoyaitlejour.Pasencoredans nos poches mais sous forme de mon-naie électronique. Jusqu’à leur disparitionle 1
er
janvier 2002, les monnaies des onzepays fondateurs allaient être liées par uneparité fixée une fois pour toutes. Est-ce un non-événement ? L’absence de manifestation d’enver-gure pour célébrer cette décennie pourrait le lais-ser croire. A tort.L’euroaétéetresteuneréussitetechnique,éco-nomique et politique. La nouvelle monnaie inspi-re au moins autant confiance aujourd’hui que lemark allemand, le florin néerlandais ou le francfrançaisil y a onze ans.Les taux d’intérêt le prou- vent. Surtout, adopté initialement par onze pays,l’euronecessedegagnerduterrain.Le1
er
janvier,la Slovaquie rejoindra à son tour la monnaie qui,dès lors, sera celle de 329 millions d’Européens.Si la politique de la Banque centrale européennepeut être critiquée, nul doute que l’euro nous aprotégés ces derniers mois, évitant à de nom- breux pays, dont la France, d’inquiétantes déva-luations.Pourtant, en politique, les silences ont aumoins autant de signification que les discours. Siles dirigeants ont décidé de ne pas célébrer cetanniversaire, c’est qu’ils sont convaincus qu’ilsauraient plus à y perdre qu’à y gagner. Faire lafête sans Gordon Brown, inspirateur des plansde sauvetage des banques occidentales, et sansles dirigeants tchèques, qui président l’Union àpartir du 1
er
janvier mais dont le pays n’est pasdans la zone euro, n’aurait pas été du meilleureffet. De plus, nombre de citoyens restent scepti-ques. Si les nostalgiques du franc ou du mark sont très minoritaires, beaucoup d’Européensestiment encore que la monnaie unique a relancél’inflation. Surtout, la relative faiblesse de lacroissance européenne ces dernières années et,aujourd’hui, l’augmentation du chômage mon-trent que l’euro ne constitue pas une garantietous risques. Loin de là.C’est pourquoi on peut regretter que la mon-naie unique ne se soit pas accompagnée d’unecoordination accrue des politiques économiques,Malheureusement, le moins que l’on puisse direest que l’on n’en prend pas le chemin, l’échec dutraité de Lisbonne, qui devait faire de l’Europe lazone la plus compétitive au monde, le prouve.Nécessaire, l’euro n’est pas suffisant.
a
Chronique Analyse
MichelNoblecourt
Editorialiste
CultureFrancisMarmande
0123
e
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0123
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Jeudi 1
er
janvier 2009
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