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Adrian Ritchie, « Mirbeau, Maupassant et l'Académie Française »

Adrian Ritchie, « Mirbeau, Maupassant et l'Académie Française »

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Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 146-153.
Article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 18, 2011, pp. 146-153.

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Adrian RITCHIE
MIRBEAU, MAUPASSANT ET L’ACADÉMIE FRANÇAISEÀ propos de deux chroniques sur Ludovic Halévy
«
 Le pessimisme n’a qu’à bien se tenir. Voici que M. Ludovic Halévy, du haut de l’Académie Française, dit son fait à Schopenhauer.
» Ce n’est pas là un extrait des« Notes académiques » de Mirbeau, qui venait de paraître dans
 Le Matin
du 5 février 1886 ; il s’agit de la première phrase d’une chronique de Guy de Maupassant intitulée« Nos Optimistes », publiée dans
 Le Figaro
le 10 du même mois. Car l’auteur de
 Bel- Ami
et son ancien collègue du
Gaulois
, Octave Mirbeau, viennent tous les deux defaire un article sur l’immortalisation de Ludovic Halévy
1
.Dans la presse parisienne à cette époque-là,
 
on rendait compte chaque annéede la réception des nouveaux académiciens,
 
et ceci avec un luxe de détails qui pourrait surprendre le lecteur aujourd’hui. On rapportait aussi les moindres faits etgestes des intéressés pendant les jours qui précédaient la cérémonie. Tout journal quise respectait se devait de traiter l’affaire – le
 Petit Parisien
en moins de détail que
 LeTemps, Le Figaro
ou
 Le Gaulois
2
.À défaut d’autres sujets plus prenants, unchroniqueur en mal de copie trouverait toujours matière pour sa plume du côté del’Académie.Pour Maupassant, l’année 1885 avait été marquée par la publication dequelque vingt-six contes ou nouvelles, d’un roman, et de nombreuses chroniques, sans parler des multiples reprises de contes dans divers journaux et revues. Grâce à ladiscipline du journalisme, Maupassant s’était forgé un style, une identité, était devenuun des collaborateurs les plus en vue du
Gaulois
. Il réservait des chroniques pluslestes, et aussi ses nouvelles, au
Gil Blas
, un journal littéraire mais un peu grivois oùil avait ses entrées depuis octobre 1881
3
. Il jouit maintenant d’une renomméeindiscutable,
 Bel-Ami
(1885), s
on roman sur la presse, lui a apporté la notoriété, et il prépare déjà
 Mont Orio
4
. Il pourra sormais duire rieusement la part du journalisme alimentaire dans sa production littéraire. Pour lui, comme pour Mirbeau,la chronique était – au moins au début – un pensum, une ingrate besogne; chroniquer,une regrettable nécessité pour un apprenti écrivain espérant un jour vivre de sa plume.Mais au fil des mois le protégé de Flaubert avait montré qu’il savait distraire, amuser,et même à l’occasion provoquer les lecteurs du
Gaulois
d’Arthur Meyer. Tour à tour ironique ou cinglant, moqueur ou iconoclaste, il avait appris à s’indigner, à manier l’imprécation si le sujet le demandait.1.
Halévy avait été élu à l’Académie le 4 décembre 1884, en remplacement du comte Josephd’Haussonville.
2.
 Le Temps
 parle de «
 soporifique réception académique
», et la presse parisienne est unanimeà critiquer le discours du nouvel immortel : «
 Ne s’est-il pas ingénié, à cette occasion, d’assommer lesauditeurs, les auditrices – en ravissantes toilettes – pendant plus d’une heure, d’une harangue pesanteet ennuyeuse
», se plaint Ernest Roche dans « À l’Académie » (
 L’Intransigeant 
, le 6 février).3. Voir Adrian Ritchie, « Maupassant en 1881: entre le conte et la chronique », dans
Guy de Maupassant 
, Études réunies par Noëlle Benhamou, CRIN, 2007, pp. 11-20.4. C’est une période féconde pour Maupassant.
 M. Parent 
est paru en volume chez Ollendorff début décembre 1885, une longue nouvelle intitulée
 La Petite Roque
vient de paraître en feuilletondans le
Gil Blas
du 18 au 23
 
décembre. Marpon et Flammarion se disputent la primeur d’un recueil denouvelles,
Toine
, qui paraîtra en janvier 1886.
1
 
Il avait publié une trentaine de chroniques en 1883, plus de vingt en 1884, mais en1885 seulement quatorze. S’il n’est plus obligé de pondre un papier à intervallesrégulières pour un Meyer ou autre Magnard, il continuera en 1886 à chroniquer, maisd’une manière plus épisodique, et seulement lorsqu’un événement, politique oulittéraire, une personnalité, ou un fait divers attire son attention. À cette époque, par contre, Octave Mirbeau, tout en détestant cordialement le genre
5
, était obligé decompter encore sur le journalisme pour arrondir ses fins de mois.Ni Maupassant ni Mirbeau ne sont, ni ne deviendront jamais des immortels, etils affichent pour l’institution le même mépris qu’ils réservent pour ceux qui ont pour ambition d’enfiler l’habit vert. Mirbeau, on le sait, dénonce inlassablement et depuis bien longtemps l’Académie, se moque de «
 ses partis pris et ses manies de vieilledame
6
» et en 1884, dans « Academiana », glosant sur la nouvelle de l’élection deLudovic Halévy, il évoque, «
la distance qu’il y a souvent entre un artiste et unimmortel 
». Un des thèmes de prédilection de Maupassant aussi, c’est non seulementl’inutilité de l’Académie, mais aussi l’influence néfaste de cette institution. Dans unechronique de 1883, il pestait déjà contre les concours et les prix de poésie divers patronnés par l’Académie et contre l’influence mortifère qu’elle exerçait sur le mondedes lettres : «
 Notre vieille Académie a des regains tous les ans. Elle fait refriser la petite tour qui lui sert aujourd’hui de perruque, ajuste dessus un bonnet de douairièreà rubans, puis descend au coin du quai
» pour amadouer les jeunes talents («
Sursumcorda
»,
 Le Gaulois
, 3 décembre 1883). Tous deux, Mirbeau comme Maupassant, sedéfendraient d’avoir jamais ambitionné d’entrer sous la coupole : «
Comment Victor  Hugo a-t-il pu désirer d’aussi vulgaires triomphes
? », demande Mirbeau aux lecteurset lectrices du
 Matin
dans ses « Notes académiques ».Déjà, lors de la réception de François Coppée en 1884, Maupassant s’étaitmoqué de l’élection de Halévy qu’on venait d’annoncer : «
Voilà donc Coppéebaptisé avec la prose de M Cherbulie
[…]
. Au tour de M. Edmond About,maintenant, et puis au tour de M. Ludovic Halévy. Le Paris qui pense va s’amuser avec ces entrées à sensation
» (« Les Académies »,
Gil Blas
, 22 décembre 1884). EtMirbeau semblait partager alors l’avis de son cadet sur Halévy, qu'il décrivait dans« Academiana » comme «
un homme d’esprit 
[qui]
a écrit de charmantes petiteschoses, d’un parisianisme assez vif et à la portée de toutes les intelligences
».Dans sa chronique de février 1886, Maupassant, un brin condescendant,évoquera «
la gaieté aimable du spirituel écrivain, du charmant fantaisiste à qui nousdevons les Cardinal 
7
».
 
Et Mirbeau, narquois, lui emboîte le pas dans ses « Notesacadémiques » : «
Certes, M. Ludovic Halévy n’est pas le premier vaudevilliste venu
», reconnaît-il ; et «
on lui doit beaucoup de choses gaies et du plus fin esprit.
LesPetites Cardinal
par exemple.
» Halévy lui-même n’en disconviendrait pas sans doute,lui qui dans son allocution de réception reconnaissait volontiers qu’il n’avait «
 jamaisvécu que parmi les légères fictions du théâtre et du roman
».Mais si Mirbeau, et Maupassant dans une moindre mesure, tournent endérision l’élection du nouvel académicien, c’est surtout que son principal titre de
5. «
 J’ai horreur de ce qu’on appelle, dans les journaux, la chronique
», écrira-t-il une semaine plus tard, dans
 Le Matin
. «
C’est dans la chronique
[…]
que l’effort, le talent, le génie, comptent leursennemis. La chronique est l’agence Cook des succès boulevardiers
» (« La Chronique », le 12 février).6. « Academiana » (
 La France
, 10 décembre 1884). Dans « À propos de l’Académie »,chronique motivée par la candidature d’Alphonse Daudet, il décrit l’Académie comme une «
douairière très vieille, maniérée et prétentieuse, coiffée d’une perruque à poudre, couverte de falbalas surannés, et minaudant et caquetant 
» (
 Le Figaro
, 16 juillet 1888).7. La série avait commencé en 1880 par 
 Les Petites Cardinal 
. Le plus récent de la série était
 La Famille Cardinal 
(1883).
2
 
gloire est d’avoir été un des librettistes de Jacques Offenbach … si ce n’est d’avoir commis l’impardonnable
 Abbé Constantin
en 1882. Un roman à l’eau de rose pour  jeunes filles, «
d’où l’on ne peut dégager, ni une observation curieuse, ni de l’esprit,ni de l’émotion, ni le plus léger grain d’art 
», affirmait Mirbeau en 1884, mais unroman
 
«
que l’Acamie, je crois, a couronné, en attendant mieux
»(« Academiana »)
8
.Pour Mirbeau, cette élection prouve encore une fois que, dans le monde deslettres, les récompenses sont données à ceux qui les méritent le moins. La première phrase de sa chronique donne le ton : «
 Pour faire un académicien, dans le temps nous vivons, la recette n’est pas malaisée. Il suffit de rencontrer un homme poli, dequelques relations, et qui soit capable de commettre finement toutes sortes de choses, sauf un livre, une pièce, ou des vers, bien entendu. L’opérette pourtant n’est point unemauvaise recommandation – surtout si l’on s’est borné à y collaborer vaguement. Mais, dès que vous avez une œuvre à montrer principalement une belle œuvre – vous n’êtes plus bon à rien, pas même à devenir académicien
[…]
. L’Académie nedemande que des courbettes. Et plus se courbe le candidat, plus il s’agenouille, plusil rampe, et plus il a de chances d’être admis dans l’illustre assemblée.
» La preuve,c’est que l’opiniâtreté de Halévy a eu sa récompense : «
 Avec cet air de souriante franchise qu’on lui connaît, M. Ludovic Halévy dit à tout venant : “Je ne m’attendais pas à un tel honneur, j’ai eu bien de la chance.” M. Ludovic Halévy est d’unemodestie qui frise l’humilité. Non, il n’a pas eu de chance, et le hasard n’est pour rien à son élévation. Il a eu beaucoup d’habileté, beaucoup de ténacité, voilà tout 
9
. »Mais, le 4 février 1886, sous la coupole de l’Académie, ce n’est pas la «
longue élucubration
» de Ludovic Halévy qui a le plus frappé les esprits
. C’est plutôt la réponse spirituelle, pleine d’ironie et de sous-entendus cocasses qu’ÉdouardPailleron a faite au nouvel académicien. Mirbeau y consacre le dernier paragraphe desa chronique : «
 Je recommande à tout le monde de lire le discours de M. Pailleron,qui répondait à M. Ludovic Halévy. Il est plein de verve, d’esprit, de fine raillerie, demots hardis qui n’ont point souvent la bonne fortune d’être entendus en ce lieu guindé et refroidi
[…]
. J’imagine que M. Ludovic Halévy aura dû souvent et vivement  sentir la piqûre se ces mots acérés, qui sifflaient, les uns comme des flèches, lesautres comme des balles
.
»L’auteur du
 Monde où l’on s’ennuie
félicite le nouvel académicien d’avoir su, pendant une longue et glorieuse carrière, créer des «
œuvres individuelles
[…]
 frappées du coin du parisianisme, pour me servir d’un mot que vous avez maintenant tous les droits d’imposer au Dictionnaire
». Et Pailleron de citer, parmi d’autreschefs-d’œuvre,
 Deux Mariages
(1883),
 L’Abbé Constantin
, «
et – je regarde si la
8
. Déjà en 1882,
 L’Abbé Constantin
avait été joué au Gymnase, dans une adaptation deCrémieux et Decourcelle.
9
. Petit fonctionnaire sous l’Empire, devenu membre du Corps législatif en 1860 et protégé duduc de Morny jusqu’à la mort de ce dernier en 1865, Halévy avait pris son courage entre deux mains,avait donné sa démission, et s’était lancé dans la vie littéraire à plein temps. Pour ce modestefonctionnaire devenu vedette du showbiz, il avait fallu de l’ambition, du courage … et de la ténacité !10. «
 Le discours de M. Halévy était peut-être un peu trop sérieux pour son genre de talent 
»,lisait-on dans
 Le Matin
, le 5 février.11. Un écrivain de profession, notait Maupassant dans « La Politesse », une chronique de 1881,«
ne doit ignorer aucun des secrets de cette dangereuse escrime de la polémique
». Il sait «
qu’on aentre les mains cette pierre qui peut frapper au front et abattre les plus grands : le mot, le mot qu’on jette avec la phrase, comme on lance un caillou avec la fronde
».
12
. Ce roman de 1882, un gros succès de librairie, est la cible de l’ironie de Pailleron aussi : «
Vous avez fait un bien autre tour de force, Monsieur, dans un autre de vos livres, vous avez réhabilité
3

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