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CHAPITRE 9
L’enlisement dans les Balkans
L’Histoire jugera que l’Union européenne s’est enlisée dans les guerres balkaniques,en Bosnie tout d’abord, puis au Kosovo. Nous allons voir dans ce chapitre quel’explosion nationaliste en ex-Yougoslavie, conséquence logique de la chute du Murde Berlin et du communisme titiste, fut sans doute le plus grand défi posé à lanaissance de la PESC et de l’Europe politique. La simultanéité entre la signature dutraité de Maastricht, qui entérinait la PESC, et le début de la descente aux Enfersdans les Balkans ressemblait au pire des scénarios. D’un côté, des pays européenssatisfaits d’ancrer l’Europe dans des racines plus politiques, de l’autre des pulsionsidentitaires nationalistes, meurtrières et jusqu’au-boutistes.La descente aux Enfers dans les Balkans et la tragédie bosniaqueCe retour soudain de la guerre en Europe, faisant suite à la fin de la guerre froide etde l’affrontement des deux blocs, a fait resurgir les vieux démons d’une Europeincapable de poursuivre son œuvre de pacification du continent, qui constituepourtant le grand legs de la construction européenne. Sur un théâtre militaire pour lemoins proche de ses frontières orientales et méridionales, l’Europe n’a eu ni lavolonté politique ni la capacité stratégique de faire face à l’explosion des Balkans.Selon Jean-François Drevet, « le conflit yougoslave a révélé la cruelle inadaptationdes moyens militaires des nations européennes »
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.Certains ont même parlé d’ « anti-stratégie occidentale »
180
pour expliquer le manqued’initiatives des Européens.Force est de constater que les guerres des Balkans sont arrivées à un moment trèsdélicat de la construction européenne, celui de l’approfondissement de sa dimensionpolitique, notamment autour de la PESC, et du renforcement de ses institutions. Lafin de la guerre froide a ainsi signifié pour l’Europe le début des guerres
réelles
dansune région du monde où la complexité identitaire est une donnée séculaire.Les guerres des Balkans ont illustré une très grande discontinuité stratégique surl’espace même du territoire européen, entre, d’une part, une zone pacifiée depuis1945, qui veut se percevoir comme étanche, et d’autre part, une zone de grandeinsécurité et de conflits réels ou latents. Nous allons voir que l’écart est grand,souvent même indécent, entre les discours sur l’identité des valeurs et des intérêtscommuns au sein de l’Europe, et la réalité stratégique qui est celle de la disparité, dudéséquilibre et de l’inégalité des Etats membres de l’Union européenne face à la
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DREVET Jean-Fraois,
La nouvelle identité de l’Europe
, PUF, Collection Major, Paris, 1997, p.226.
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GNESOTTO Nicole, « Leçons de la Yougoslavie », in
Cahier de Chaillot
, No 14, Site Internetwww.weu.int/institute/chaillot, 27 août 2001.
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guerre.Il convient de rappeler que la descente aux Enfers dans les Balkans fut uneconséquence tragique de l’extraordinaire accélération de l’Histoire depuis 1989,année où les régimes communistes est-européens sont tombés les uns après lesautres. Le rideau de fer est tombé, la chape de plomb a sauté et les esprits se sontlibérés. De son côté, l’Allemagne s’est engagée sur la voie de la réunification, sousl’impulsion d’un chancelier, M. Helmut Kohl, à la fois habile vis-à-vis de ses pairseuropéens et populaire auprès de ses concitoyens.Au cours de l’été puis de l’automne 1991, la Yougoslavie s’est décomposée. Le 26 juin 1991, la Croatie et la Slovénie ont proclamé leur indépendance. En Croatie,l’étendard de l’indépendance a provoqué des heurts sanglants entre le régime de M.Franjo Tudjman et la minorité serbe de Croatie, soutenue par Belgrade.La chronologie des événements permet une lecture factuelle très éclairante sur lesintentions et les atermoiements de l’Union européenne.Le 5 juillet 1991, l’Union européenne a décidé d’appliquer un embargo sur les armesà destination des Balkans et de geler son aide économique à la Yougoslavie. Latroïka européenne est retournée en mission de paix alors que deux cessez-le-feuobtenus par l’Union européenne avaient déjà volé en éclats.En septembre, plusieurs « régions autonomes serbes » se sont proclamées enBosnie-Herzégovine. Le 7 septembre, l’Union européenne a mis en place laConférence de paix sur la Yougoslavie, présidée par l’ancien secrétaire général del‘OTAN, M. Lord Carrington.Le 3 octobre, la Serbie s’est emparée de la présidence fédérale yougoslave, tandisque l’armée fédérale poursuivait son offensive en Croatie. Durant le mois d’octobre,la Conférence de paix a tenté de faire adopter l’idée d’une certaine formed’association des six Républiques yougoslaves.Le 8 novembre, l’Union européenne a décidé d’appliquer des sanctions commercialescontre la Yougoslavie, et a demandé à l’ONU d’imposer un embargo pétrolier après lerejet de son plan de paix par Belgrade.Le 2 décembre, Bruxelles a levé les sanctions contre toutes les Républiques, àl’exception de la Serbie et du Monténégro.Le 7 décembre, la Commission Badinter a rendu son rapport sur les risques dedissolution de la Yougoslavie et sur les besoins de protéger les minorités ethniques.Deux jours plus tard, le 9 décembre, s’est tenu le Sommet de l’Union européenne àMaastricht, aux Pays-Bas.Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1991, l’Union européenne a pris la décision deprincipe, à la fois historique et lourde de conséquence, de reconnaître l’indépendancede la Croatie et de la Slovénie à la date du 15 janvier 1992.La veille de Noël, le 23 décembre 1991, l’Allemagne a reconnu l’indépendance de laCroatie et
 
de la Slovénie, passant outre les conseils de ses partenaires européens
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qui estimaient que l’Europe devait agir de concert dans ce domaine. Dans la foulée,la Belgique et le Danemark ont fait de même. Finalement, les autres membres del’Union européenne ont accepté, fin décembre, de reconnaître également lesanciennes Républiques yougoslaves, à condition qu’elles répondent à une série decritères, allant du respect des droits de l’homme à celui des minorités nationales etethniques.Le 15 janvier 1992, Bruxelles a formellement reconnu la Croatie et la Slovénie.Le 21 février 1992, l’ONU a décidé de mettre sur pied une force de maintien de lapaix, la Force de protection des Nations Unies - Forpronu - dans les Balkans.Le 3 mars, la Bosnie a réclamé son indépendance.Le 6 avril, l’Union européenne a reconnu l’indépendance de la Bosnie.Le 2 mai, Sarajevo fut assiégée par les troupes serbes.La dimension MaastrichtLa dimension maastrichtienne est essentielle pour tenter de comprendre la descenteaux Enfers dans les Balkans. L’Allemagne a mis dans la balance de la signature dutraité de Maastricht l’abandon du Deutsch Mark (DM), dans le cadre de l’Unionéconomique et monétaire (UEM), en échange de l’acceptation par ses partenairescommunautaires de la reconnaissance de la Croatie et de la Slovénie. Aucun desautres pays membres ne pouvait se permettre d’endosser la responsabilité d’unéchec dans cette étape jugée cruciale de la construction européenne.Ainsi, dès l’été 1991, les pressions allemandes ont été de plus en plus insistantes enfaveur d’une reconnaissance rapide de ces deux Républiques qui venaient deproclamer leur indépendance.De leur côté, Paris et Londres ont tout de suite ressenti, à tort ou à raison, unesuspicion à l’égard d’une résurgence de la conception ethnique de la nation chez lesAllemands, et de leur volonté de raviver leur vieil Empire dans la
Mittel Europa
.L’appréciation franco-britannique de la politique allemande, en cet été 1991, a semblétrès inspirée du souvenir de l’Histoire et de la seconde guerre mondiale en particulier,lorsque le régime nazi soutenait les Oustachis croates contre les Serbes, eux-mêmessoutenus par Paris.Autrement dit, l’Allemagne, où vivent de nombreux résidents d’ascendance croate -Munich est un des centres de l’édition croate à l’étranger, et nombre de Croatesutilisent l’allemand comme deuxième langue - a sans doute mieux perçu ladésintégration de l’ex-Yougoslavie que la France, plus favorable au maintien desgrandes unités politiques et géostratégiques.Au moment du sommet de Maastricht, aucun des partenaires de l’Allemagne neconsidérait la question balkanique comme une affaire majeure. A quoi bon aurait-ilservi de tenir tête à la volonté allemande, qui tenait dans ses mains la clé de lasignature du traité de Maastricht : l’abandon du mark, une des monnaies les plus
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