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La-philosophie-du-langage-au-vingtième-siècle (Marconi)

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"Il s'agit de la traduction d'un long essai, paru en 1995 dans une ency-
clopédie italienne, et destiné à introduire aux principaux thèmes de la phi-
losophie analytique du langage . . .
L'ordre des matières traitées découle de ce que l'A. appelle le « para-
digme dominant », qu'il résume par trois slogans : le sens, ce sont les condi-
tions de vérité, le sens est compositionnel, les significations ne sont pas des
entités psychologique " --Pascal Engel
"Il s'agit de la traduction d'un long essai, paru en 1995 dans une ency-
clopédie italienne, et destiné à introduire aux principaux thèmes de la phi-
losophie analytique du langage . . .
L'ordre des matières traitées découle de ce que l'A. appelle le « para-
digme dominant », qu'il résume par trois slogans : le sens, ce sont les condi-
tions de vérité, le sens est compositionnel, les significations ne sont pas des
entités psychologique " --Pascal Engel

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Published by: William J Greenberg on Apr 30, 2013
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05/16/2013

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La philosophie du langage au vingtième siècleBy Diego Marconi1. Réflexion philosophique sur le langage et «philosophie du langage».On peut dire que c’est au moins à partir du Cratyle de Platon, que la philosophies’est occupée du langage: de son origine, de ses fonctions, du fondement de sacapacité à exprimer des significations ; et plus particulièrement des différentes«parties du discours» et de leurs fonctions, des différents types de relationsémantique, du rapport entre langage et pensée, langage et monde externe,langage et société humaine, et d’un très grand nombre d’autres problèmes àpropos desquels le langage est pertinent. Elle s’en est occupée plus activement àcertaines époques – vers la fin du Moyen Âge – et dans une moindre mesure àd’autres, comme par exemple entre le XVIIe et le XIXe siècle (avec toutefois desexceptions remarquables, telles que Locke, Condillac et Humboldt): ce qu’on peutdire, en tout cas, c’est que le langage n’est jamais complètement sorti du champréflexif de la philosophie. Pourtant, lorsqu’on parle aujourd’hui de philosophie dulangage, on se réfère habituellement à des études dont la bibliographie remonterarement au-delà de 1892 (année de publication de Sens et dénotation de G.Frege). Certes, il peut arriver que des travaux plus anciens soient cités: ladistinction leibnizienne entre intension et extension, son critère d’identité fondé surla substituabilité salva veritate, la théorie «idéationnelle» de la significationproposée par Locke dans le livre III de son Essai sur l’entendement humain, ou lathèse de J. S. Mill selon laquelle la signification des noms propres se réduit à leurdénotation. On a toutefois l’impression que la référence à tel ou tel de cesclassiques sert principalement à anoblir des positions contemporaines – en lesdotant d’une tradition –, et que les noms de ces philosophes du passé fonctionnentcomme les codes de thèses intemporelles, alors que le contexte de pensée danslequel ces thèses ont été élaborées n’est d’aucune importance. À la différence dece qui peut advenir dans d’autres secteurs de la philosophie contemporaine,comme l’éthique ou l’esthétique, les philosophes classiques, depuis Aristote jusqu’àNietzsche, apparaissent dans la philosophie du langage comme autant de Statuesdu Commandeur, ou n’apparaissent pas du tout.On peut donner différentes raisons plausibles de ce détachement, relativementprofond et radical, de la «philosophie du langage» de la tradition philosophique.Avant tout, la «philosophie du langage» a instauré depuis ses origines, un rapportplutôt étroit avec la logique formelle, discipline scientifique qui n’existait quasimentpas avant Frege; et la recherche la plus récente interagit souvent avec lalinguistique, et particulièrement avec la linguistique générative, fondée parChomsky à la fin des années cinquante (cf. § 3). Il faut toutefois préciser que cesdeux interactions ne sont pas sans précédents: dans la philosophie de la fin duMoyen Âge, la relation entre logique et philosophie du langage était très étroite(une bonne part de la «logique» médiévale était plutôt de la philosophie du
 
langage), et dans bon nombre de réflexions sur le langage entre le XVIIe et le XIXesiècles (depuis la Logique de Port-Royal jusqu’à Humboldt) le rapport avec lalinguistique est significatif. Toutefois, il est important qu’aujourd’hui, il s’agisse delogique formelle, mathématique, et de linguistique générative. En outre, commenous le verrons (§ 2), la «philosophie du langage» est, par bien des côtés, interne àla tradition philosophique analytique: une tradition qui a certes des précédentsimportants dans l’histoire de la philosophie (il suffit de penser à Aristote ou àHume), mais qui appartient pour l’essentiel à notre siècle. Enfin, une bonne partiede la réflexion philosophique qui aura précédé Frege ou le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein est plus ou moins compromise (quelquefois malgréelle, quelquefois sous une forme théoriquement consentante) avec le mentalisme,qui reconduit les entités et les phénomènes linguistiques à des entités ou desprocessus mentaux. Nous assistons aujourd’hui à un retour significatif de thèsesmentalistes également en «philosophie du langage», mais il ne fait pas de doutequ’à partir de Frege et pendant plusieurs décennies, la discipline s’est définieprécisément en opposition au mentalisme (sur l’origine et les racines théoriques decet anti-mentalisme, voir Engel, 1996: 26-39, 69-89).Enfin, une autre raison de ce détachement particulier de la philosophie du langage(au sens étroit) de la tradition philosophique tient au niveau de consensus atteintdans cette discipline. Bien plus que ce ne sera le cas pour l’éthique ou l’esthétique,les philosophes du langage sont convenus, si ce n’est d’un certain nombre dethèses philosophiques explicites, au moins de l’importance de certains problèmes etde la centralité de certains textes qui ont contribué à leurs discussions; et ils sontégalement convenus d’une méthode de discussion (caractéristique de laphilosophie analytique) difficilement définissable de manière précise, mais danslaquelle ont grand part les définitions et les argumentations explicites, l’emploi descontre-exemples pour invalider des propositions de solutions, le recours – nonacritique, mais systématique – aux assomptions de sens commun et aux résultatsdes sciences naturelles et de la mathématique. Cet ensemble consensuel laissecertainement de côté, pour une raison ou pour une autre, une bonne partie desréflexions philosophiques sur le langage pré-frégéennes. D’un point de vue plus«historique», on pourrait dire que les classiques de la «philosophie du langage» –Frege, Russell, Wittgenstein – ont donné naissance à une telle masse de recherchesqu’elle constitue, à elle seule, une discipline philosophique.Ce qui ne veut pas dire que parmi ceux qui s’occupent aujourd’hui du langage d’unpoint de vue philosophique, le consensus – fût-il limité dans les termes que nousavons évoqués – soit universel, mais notre intention est de souligner de cettemanière ce qui a été l’autorité particulière d’un ensemble relativement restreint detextes, qui constitue un cas peut-être unique dans le panorama de la philosophiecontemporaine. On comprendra sans doute mieux, de ce point de vue, le rapportdifficile et l’absence substantielle de dialogue entre la «philosophie du langage» etles courants actuels de l’herméneutique, qui placent pourtant le langage au centre
 
de leur préoccupation («L’être qui peut être compris, c’est le langage» dit Gadamer;et il ajoute que «le langage, et donc la compréhension, sont des caractères quidéfinissent en général et fondamentalement tout rapport de l’homme avec lemonde». Voir Gadamer, 1960: 405 sq.). Les différences de style philosophique sontévidentes; mais, cela mis à part, les problèmes de la philosophie analytique dulangage sont substantiellement étrangers à l’herméneutique. On chercherait envain, dans les écrits des herméneutes, des réponses à des questions telles que: «Dequelle manière le sens d’une phrase déclarative dépend des sens de sesconstituants?» ou: «Quelle différence y a-t-il entre le sens d’une expression comme‘je’ et celui d’une expression comme ‘Napoléon Bonaparte’?», ou: «Est-il toujoursvrai que le sens d’une expression détermine sa référence?». De telles questionssont considérées soit comme banales (la réponse en est évidente), soit commedépourvues de caractère philosophique ou, tout au plus, d’un intérêt strictementlinguistique (§ 3), ou encore mal formulées. Les emplois quotidiens ou ordinaires dulangage, qui sont au centre de l’attention de la philosophie du langage (parce quec’est de là qu’il faut partir) n’intéressent pas les herméneutes, qui tendent à lesconsidérer comme dégradés par rapport à des emplois plus révélatifs de l’être oude la vérité. Les herméneutes emploient certainement des notions comme sens ousignification: mais ce que la tradition analytique considère comme le centre de lasignification – ce que Carnap (1947: 6) appelait «signification cognitive» et dontFrege (1892b: 104) disait que, d’une langue à l’autre, elle était conservée par unetraduction correcte – intéresse bien moins les herméneutes que d’autres aspects,considérés comme marginaux ou secondaires par les philosophes du langage. Cesderniers s’intéressent plutôt à ce que des mots tels que «cheval» ou «destrier» onten commun; les herméneutes à ce qui les différencie. «L’esprit orienté vers labeauté de la langue pourra accorder de l’importance à ce que le logicienconsidérera comme indifférent» (Frege, 1918: 178).2. Philosophie du langage et philosophie linguistiqueLe programme de recherche de la philosophie du langage – désormais sansguillemets, dans la mesure où nous n’en parlerons qu’au sens restreint évoqué ci-dessus – est quelquefois identifié avec le mot d’ordre: «Les problèmesphilosophiques sont des problèmes de langage»; et les expressions ‘philosophie dulangage’ et ‘philosophie linguistique’ sont souvent utilisées comme des synonymes.Pourtant, cette identification est, aujourd’hui, une erreur: la majeure partie desphilosophes du langage ne pensent nullement que les problèmes philosophiques dela justice, de la justification des théories scientifiques, de la nature de l’art ou durapport entre le corps et l’esprit soient, en tout cas essentiellement, des problèmesde langage (en aucun des sens que nous éclaircirons bientôt). Toutefois, cetteerreur se justifie historiquement: la plupart des recherches philosophiques sur lelangage dont nous nous occuperons, sont nées, de fait, à l’enseigne d’un tel motd’ordre, qui continuera de caractériser la recherche au moins jusqu’à la fin desannées cinquante. Selon une première interprétation, ce mot d’ordre revient à dire

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