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I N T R O D U C T I O NLes Postulats de l’Histoire de la Philosophiep.1Il a semblé parfois que l’histoire de la philosophie ne pouvait être qu’un obstacle à la pensée vivante, unalourdissement et une gêne pour qui s’élance vers la vérité. « Ne crois point au passé ! » fait dire Emerson à lanature. Je te donne le monde neuf et point étrenné à toute heure. Tu songes, aux instants de loisir, qu’il y aassez d’histoire, de littérature, de science derrière toi pour épuiser la pensée et te prescrire ton avenir ainsi quetout avenir. Aux heures lucides, tu verras qu’il n’y a pas encore une ligne d’écrite
». Paroles de pionnier conquérant, qui craint comme une sourde rancune du passé contre la liberté de l’avenir. Et c’est aussi, en unautre sens, la liberté de l’esprit, l’autonomie du développement de la raison, que Descartes défendait contre lesforces du passé, en rebâtissant à pied-d’œuvre l’édifice de la philosophie.Il n’y a, il est vrai, que trop de raisons de redouter le passé, lorsqu’il prétend se continuer dans le présent ets’éterniser, comme si la seule durée créait quelque droit. Mais l’histoire est précisément la discipline quienvisage le passé comme tel, et qui, à mesure qu’elle le pénètre davantage, voit, en chacun de ses moments,une originalité sans précédent et qui jamais ne reviendra. Loin d’être une entrave, l’histoire est donc, enphilosophie comme partout, une véritable libératrice. Elle seule, par la variété des vues qu’elle nous donne del’esprit humain, peut déraciner les préjugés et suspendre les jugements trop hâtifs.p.2Mais une vue d’ensemble sur le passé philosophique est-elle possible ? Ne risque-t-elle pas, à cause del’énorme complication des faits, d’être ou bien très difficile, si elle ne choisit pas et veut seulement se laisser aller au rythme de pensées indéfiniment multiples, ou bien superficielle, si elle choisit ? Il est certain que l’on nepeut pas se représenter le passé sans y classer les faits de quelque manière ; ce classement implique certainspostulats. L’idée même d’entreprendre une histoire de la philosophie suppose
en effet que l’on a posé et résolu,d’une manière tout au moins provisoire, les trois problèmes suivants :I. Quelles sont les origines et quelles sont les frontières de la philosophie ? La philosophie a-t-elle débuté,
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Autobiographie,
I, 273, traduction R. Michaud.
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