élevé par sa grand-mère. Jeunesse studieuse. Études d’ingénieur agronome, sans conviction. A travaillé, non sans dégoût, dans l’informatique de gestion.
»Les similitudes entre Mirbeau et Houellebecq ne sont pas tant dans le style ou laforme, que dans la façon de concevoir et d’apprécier (ou plutôt, de ne pas apprécier) la racehumaine, et particulièrement l’espèce féminine. Tous deux décrivent la même incompatibilité profonde et rédhibitoire, leur semble-t-il, entre les hommes et les femmes dans leurs relationsamoureuses. Dans ces relations, vécues et décrites par eux comme des combats, il y a toujoursun perdant, et c’est l’homme… Dans
Le Calvaire
, Octave Mirbeau décrit la longue descenteaux enfers de Jean, amoureux de Juliette, qui ne l’aime pas… pas plus d’ailleurs qu’Esther n’aime Daniel dans
La Possibilité d’une île
. La même vision schopenhauerienne unit les deuxécrivains, pour qui l’amour serait un leurre, une aspiration à un état finalement inaccessible,un désir jamais assouvi. Jean et Daniel sont sans force devant Juliette et Esther, et, tandis queMirbeau fait dire à Jean de Juliette : «
Je l’aimais de tout ce qui faisait ma souffrance, jel’aimais de son inconscience, de ses futilités, de ce que je soupçonnais en elle de perverti
»,cette Juliette qu’il décrit ainsi : «
ce joli animal inconscient, ce bibelot, ce bout d’étoffe, cerien
», Houellebecq écrit de son côté : «
une très jolie jeune fille devient naturellement uneespèce de monstre d’égoïsme et de vanité insatisfaite
». Comment ne pas penser àSchopenhauer, dotant la femme de beauté physique, et la privant de bon sens ou de réflexion,ajoutant «
la dissimulation est innée chez la femme
», ce qui lui permet donc d’être infidèle,ingrate ou parjure en toute sérénité. De ce déséquilibre fondamental et de ce combat sansmerci entre l’homme et la femme, Houellebecq tire la conclusion logique : «
L’amour rend faible, et le plus faible des deux est opprimé, torturé et finalement tué par l’autre, qui, de soncôté, opprime, torture et tue sans penser à mal, sans même éprouver de plaisir, avec unecomplète indifférence.
»Et, quand Houellebecq déplore «
cette subordination de l’individu à l’espèce
», ne fait-il pas écho à Schopenhauer, constatant que les hommes seront «
impitoyablement écrasés
»,car les femmes privilégient, elles, l’espèce au détriment de l’individu…C’est sans doute en raison de cette vision schopenhauerienne de l’amour qu’OctaveMirbeau et Michel Houellebecq consacrent de nombreuses pages à des “compagnons canins”,car l’amour des chiens, ces «
machines à aimer
», selon l’expression de Houellebecq, est, lui,inconditionnel. Là où une femme change, se refuse, fait semblant, se donne et puis se reprend,le chien aime sans conditions et sans limites. Octave Mirbeau a longuement décrit Dingo, puisqu’il a consacré un livre éponyme à cet animal sympathique et indépendant ; mais il avaitdéjà, dans
Le Calvaire
, flanqué Juliette d’un chien, dont Jean évoque l’apparition : «
Et je visun minuscule animal, au museau pointu, aux longues oreilles, qui s’avançait, dansant sur des pattes grêles semblables à des pattes d’araignée, et dont tout le corps, maigre et bombé, frissonnait comme s’il eût été secoué par la fièvre. Un ruban de soie rouge, soigneusement noué sur le côté, lui entourait le cou en guise de collier.
» La relation de Jean avec ce petitchien nommé Spy sera fort ambivalente, suivant ses sentiments pour Juliette, allant del’attendrissement ou la pitié à la colère et à la haine. Dans
La Possibilité d’une île
, c’est versEsther que va d’abord aller Fox, ainsi décrit par Michel Houellebecq : «
un petit bâtard blancet roux, aux oreilles pointues, âgé de trois mois au maximum, se mit à ramper vers elle. C’est
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