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DOSSIER | RAZZY HAMMADI
Le faux débat des « statistiques ethniques ».
Statistiques ethniques en question.
Tout d’abord, concernant les statistiques eth-niques, il est utile de rappeler que personneaujourd’hui en France, ne propose tant dupoint de vu du sens des mots que des expé-riences déjà réalisées - notamment en Gran-de Bretagne -, de les mettre en place.En fait, on louvoie, on hésite, on fait mine deconfondre involontairement le sens des mots,on parle de « critères pertinents » comme lefait Yazid Sabeg, ou encore de « ressenti »,dernier terme repris et proposé dernièrementpar une maladroite et idiote proposition de loisocialiste sur la question des discriminationslamentablement renvoyée dans les cordespar une Fadela Amara, apparemment ravied’opposer à la gauche ses propres contradic-tions.D’ailleurs accordons-nous ce rapide et partieldroit d’inventaire concernant cette dernièreinitiative : qu’est-ce que l’identité si ce n’estun ressenti qui parfois peut revêtir jusqu’au
qualicatif d’ethnique pour certains.
Des contours sujets à débats.
Ensuite, pour s’attacher à porter quelques ar-guments simples et factuels, disons tout clai-rement que les statistiques ethniques sont unpuit sans fond dont l’exploration disloque puisdivise.Mises en place en Grande Bretagne, elles ontdonné lieu à une surenchère identitaire quifait froid dans le dos tant elles apparaissent,par l’exaltation des particularismes identitai-res, comme un dangereux facteur de divisionet d’opposition entre les citoyens et les ca-tégories ainsi répertoriées. En moins de deuxans, on est passé de quelques dizaines de cri-tères à plusieurs centaines sous l’effet de lob-by communautaristes, souhaitant par-dessustout, être reconnus par les pouvoirs publics,souvent sur la base du fameux « ressenti ».D’autres, toujours avec cette volonté des
bonnes âmes qui souhaitent lutter « efcace
-ment » contre les discriminations, avancent lanécessité de fournir aux chercheurs des outilsde mesure. Rappelons qu’aujourd’hui, sansfaire appel aux « statistiques ethniques », lesoutils existent et que la mesure des discrimi-nations, de la ségrégation subie comme del’auto-ségrégation est d’ores et déjà possi-ble et sert de base à de nombreuses étudesdans le domaine, notamment en s’appuyantsur des dizaines de méthodes opérationnellestelles que l’analyse de la concentration despatronymes, les dates de délivrance des car-tes de séjour des parents ou bien encore la
nationalité de liation de ces derniers.
Glissement sémantique.
Enn, il y a ceux qui expliquent que la société
a changé, que l’universalisme républicain est
périmé et qu’au nal la laïcité périclite, ce
qui, par ailleurs, par certains aspects n’est pastotalement dénué de sens, que l’on partageleur jugement ou pas. Ces derniers proposentalors une société des identités particulières,avec des individus reconnus comme égaux – c’est la fameuse égalité des chances ouégalité de casino, sur la ligne de départ dumarché et de la concurrence, sans se pré-
occuper de leur état au nal si pour les plus
chanceux ils parviennent à atteindre la ligned’arrivée.Ce sont les mêmes qui, y compris à gauche,nous ont fait perdre le sens des mots et descombats, qui en moins de dix ans nous ontfait glisser sur la pente de la résignation et dela conversion au néo-libéralisme, du combatcontre le racisme et l’antisémitisme à la luttecontre les discriminations, en passant par la
tarte à la crème de la « diversité » pour enn
nous faire atterrir sur les statistiques ethniqueset la reconnaissance par leur promotion desidentités « ressenties », par conséquent parti-culière jusqu’au degré le plus élémentaire :l’individu. Lui-même est alors le socle de l’in-dividualisme total dans ce qu’il a de plus dé-
agrateur : l’ « individuation » intégrale par le
critère d’identité individuelle de l’ensembledu corps social.
An de se remettre en mouvement sur ce su
- jet, il n’y a pas d’échappatoire pour ce quinous concerne. L’usage unique du « hors dela question sociale, point de salut » est à pros-
crire tout autant que la réexion par slogan
de type « nous, c’est la République ». Ce qu’ilnous faut véritablement – et au plus vite- c’est
de redénir les contours, contenus et périmè
-tres, conditions et débouchés d’une nouvelleidentité collective.
En dénitive, c’est de nation et de contrat
social dont il s’agit et non pas d’identité in-dividuelle ou de diversité et encore moins de« statistiques ethniques » .
Razzy Hammadi, Secrétaire national PS
Lorsque les camarades de la coordination du courant m’ont interpellé an de produire quelques éléments de ligne concernant « les statistiques ethniques »et le débat qui les sous-tend, ma réaction fût la suivante : moins que la question particulière et subalterne des « statistiques ethniques » que personne, ausens propre du terme, ne propose véritablement de mettre en place, c’est en fait la question de l’identité qui est posée. A mon sens elle constitue un desenjeux principaux du siècle qui s’ouvre. Au carrefour de la notion de peuple, de nation et de la légitimité démocratique qu’elle octroie en étant le déter-minant de toute souveraineté, que l’on parle de régulation économique, des droits et devoirs au sens large ou bien encore de règlement des conits.Aussi, est-il nécessaire de tenter de livrer ici quelques propos et arguments relatifs aux « statistiques ethniques » puis de tenter, à travers une première explo-ration, de délivrer en conclusion, ce que pourrait être les éléments constitutifs d’une introduction à la question de l’identité, pour un courant qui a l’ambitiond’avoir – et c’est notre cas – un monde d’avance.
B
ulletin de liaison n°10
1
er
avril 2009
Illustration : Bruce Clarke,
Données sociales exploita-bles,
80 x 110 cm, acrilyque et collage sur toile, 2002
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