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pour me raconter à son tour, qu’à l’ins-tant même je suis en train de lui rappe-ler son secrétaire attitré, lors des annéesde braise, au maquis.Ce scribe, dont il ne dit pas le nom, estdécrit comme contrastant avec tous lesautres maquisards combattants puisquetous s’étaient accordés à le surnommer «mrioua » autrement dit « femmelette »des faits de son étrange comportement :Il faisait normalement usage de nom-breux stylos qui ornaient sa poche àl’instar d’une panoplie de médailles,mais, au milieu de cet ensemble decrayon et stylos, somme toute cohérent,prônaient une brosse à dent et un pei-gne, curieux objets de toilette, inexis-tants chez les autres combattants. Qu’àune halte inopinée devant une sourceoù chacun courait se désaltérer, ne voi-là-t-il pas, l’« intellectuel », âprementoccupé avec son instrument à se brosser copieusement les dents à l’instar de cedont je rabâche les oreilles du colonelHADJ LAKHDAR depuis tout à l’heu-re et chaque matin ? me dit-il, il pei-gnait ses longs cheveux ondulés et bril-lantinés comme s’il se préparait à jouer le rôle d’une star d’opérette. Le qualifi-catif de « femmelette » lui seyait à sou-hait. Les rires et quolibets que ne ces-saient, en douce, de taquiner le secrétai-re du chef de la wilaya.Un jour, au cours d’un sérieux accro-chage où l’unité devait faire face à uneattaque virulente de l’ennemi, attaquequi les tint tous en haleine toute une journée, HADJ LAKHDAR décida, à lafin du jour, de rompre l’encerclementet, pour la circonstance, il demanda à
mes hommes un volontaire pour protéger
le repli du groupe. Son appel n’avaittrouvé en eux aucun écho si ce ne fut lescribe qui résolument, s’avança, prêt ausacrifice suprême. Il avait choisi uneposition face au gros de l’ennemi, dosau rocher pour ne pas être surpris derevers. Il avait longtemps riposté à cha-cune des attaques dont tous suivaient, àl’oreille, les tirs sporadiques reconnais-sables de son arme et les tirs denses,fournis des colonnes ennemies. Son ar-me automatique avait fini par s’enrayer tandis que ses camarades réussissaientla percée salvatrice, ayant décroché grâ-ce à une brèche effectuée dans l’encer-clement. Le combat inégal dût se termi-ner au corps à corps avec la baïonnetteau canon. Que Dieu ait son âme.Serais-tu cet aîné de la classe de philo-sophie, interne au collège Moderne deBatna, que j’identifierai à BENYAHIABrahimi, natif de Biskra, déjà un jeunehomme stylé, aux allures de dandy desannées 53 à 56, au maintien impeccableavec un grand sourire éclatant et affable,donnant la réplique à son camaradeFAURE dans une pièce intitulée «Apollon du Bellay » et jouée devantnous, parterre d’élèves au Collège en find’année scolaire 1955? Ainsi aurais-tutiré ta révérence en dernier acte en tedisant au fond de toi-même « Missionaccomplie » devant les générations àvenir!
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