25. Puis, face à Bhîsma, à Drona, à tous les rois : " Vois, dit-il, ô fils dePrithâ, les Kurus rassemblés. "26. Le fils de Prithâ aperçut alors, dispersés dans les deux armées, des pères,des aïeuls, des maîtres, des oncles, des petits-fils et des compagnons, et desbeaux-pères et des amis.27. Voyant tous ces parents ainsi affrontés pour la lutte, le fils de Kuntî sesenti envahi d’une pitié immense et, tout troublé, il prononça : ARJUNA dit :28. Voici ô Krishna, que tous les hommes de ma parenté s’avancent avides d’unelutte (fratricide) ; à ce spectacle mes membres défaillent et ma bouche se sèche.29. Mon corps frissonne et tous mes poils se dressent ; Gândîva tombe de ma mainet ma chair devient brûlante.30. Je ne puis demeurer en place ; mon esprit se trouble, je n’envisage queprésages funestes.31. Quel bien me promettrais-je à frapper les miens dans la bataille ? A pareilprix je n’aspire pas, ô Krishna, ni à la victoire, ni à la royauté, ni au plaisir.32. Que nous sont, ô Govinda, la royauté, la richesse, la vie même ?33. Ceux en vue de qui nous souhaitons la royauté, la richesse et les plaisirs,ils sont là, rangés en bataille, renonçant à la vie et à leurs biens,34. Maîtres, pères et fils et aïeuls, oncles, beaux-pères, petits-fils, gendreset parents.35. Je ne saurais, même sous la menace de leurs coups, me résigner à lesfrapper, fût-ce pour la royauté des trois mondes ; que dire de la souveraineté dela terre ?36. Quelle joie resterait-il pour nous, ô Janârdana, quand nous aurions détruitla famille de Dhritarâshtra, nos parents. Ne serions nous pas la proie du péché sinous frappions de tels adversaires ?37. Nous ne pouvons consentir à frapper les fils de Dhritarâshtra, nos parents.Comment, ayant tué les nôtres, pourrions-nous être jamais heureux, ô Mâdhava ?38. Même, si aveuglés par la cupidité, ils ne voient pas combien il est coupablede détruire sa propre famille, quel crime c’est de trahir des amis,39. Comment nous, qui comprenons combien il est coupable de détruire sa famille,ô Janârdana, pourrions nous ne pas reculer devant pareil péché ?40. La famille détruite, c’est la fin des devoirs familiaux imprescriptibles ;ruiné le devoir, le désordre envahit la famille toute entière.41. Sous l’empire du désordre, ô Krishna, les femmes se corrompent ; lacorruption des femmes, ô rejeton de Vrishni, compromet la pureté de la race.42. Cette corruption, c’est l’enfer, non seulement pour les destructeurs de lafamille, mais pour la famille même. Les ancêtres, privés de libations et desacrifices, tombent [aux lieux de tourments].43. Ainsi par la faute de ceux qui, attentant à la famille, troublent la puretéde la race, sont renversées les lois éternelles de la caste, de la famille.44. Les hommes ô Janârdana, qui n’ont plus de lois de famille, sontirrémédiablement voués à l’enfer : telle est la loi qui nous a été transmise.45. En vérité c’est un grand crime que nous allions commettre quand, par passionde la royauté et des plaisirs, nous nous apprêtions à frapper les nôtres ;46. Combien ne vaudrait-il pas mieux pour moi être frappé sans défense, sansarmes, par le glaive des amis de Dhritarâshtra !SAÑJAYA dit :47. Ainsi parla Arjuna en pleine bataille ; et , laissant échapper arc etflèches, il retomba assis dans le char, l’âme étreinte d’angoisse.__________
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