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COMMENT LE FMI VERRAIT LA CRISE FINANCIERE AUX USA
La vénérable revue bostonienne « The Atlantic », publie dans son numéro daté de mai 2009 unarticle qui risque de faire du bruit, sous la signature de Simon Johnson, ancien chef économistedu FMI (mars 2007-août 2008), professeur de la Sloan School of Management du MIT. Il esttitré« Le coup d’Etat feutré ».C’est au nom de son expérience passée au FMI, ainsi qu’en s’appuyant sur ses étudesapprofondies des crises financières passées, dont il est un des experts reconnus, qu’il adoptepour cet article un angle très percutant : si c’étaient les USA qui frappaient à la porte du FMI,comme tant de pays l’ont fait une fois qu’ils avaient épuisé tous les autres recours, que luiaurions-nous dit ?Après avoir évoqué la situation actuelle en Russie, endettée à l’extrême pour avoir cru que sonsecteur énergétique pourrait soutenir une croissance continue de la consommation, il expliqueque le FMI dirait à Poutine, le premier ministre, qu’il ne pourrait obtenir un prêt qu’à conditionde faire le ménage dans son oligarchie et avoir fait un choix afin de ne conserver en son seinque les meilleurs représentants, ne pouvant prétendre assumer les dettes de tous.D’inévitables fortes réactions de défense de cette même oligarchie ont été à chaque foisrencontrées, dès qu’une telle politique était appliquée. Simon Johnson en donne des exemples,pour conclure que cela n’a pas empêché les mesures préconisées de produire leurs effetsbénéfiques. On voit que l’intérêt de cet article n’est pas son point de vue critique sur lapolitique menée par le FMI, ce n’est pas son sujet.Sous le sous-titre assez ravageur « devenir une république bananière », il en vient à la criseactuelle, pour l’analyser comme le résultat direct de l’action de « l’élite des milieux d’affaires »américains, avec le soutien implicite du gouvernement US. Une situation qu’il a en réalitérencontrée lors de chacune des autres crises économiques et financières qu’il évoque, en Coréedu sud, en Malaisie, en Russie ou en Argentine. Plus alarmant encore, précise-t-il, cette élitefait obstacle aux mesures qu’il serait nécessaire de prendre, et le gouvernement sembleincapable de sauter l’obstacle qu’elle représente.Revenant sur les 25 dernières années, l’auteur examine comment les Etats-Unis en sontprogressivement arrivés là, sous les différentes administrations successives, comment «l’oligarchie bancaire » est montée en puissance au fur et à mesure que la participation au PIBdu secteur financier augmentait. Les raisons profondes de ce double essor ne sont pasanalysées, pour s’en tenir à leurs conséquences, qui font aujourd’hui problème. A laconstitution de ce qu’il appelle « l’axe Wall Street – Washington ». Avec cette formuleredoutable, qui rend compte du caractère proprement corrosif de l’ensemble de son article : «Bien sur, les Etats-Unis sont uniques. A un point tel si que nous avons l’économie, la forcemilitaire et la technologie les plus avancés du monde, nous avons aussi l’oligarchie la plusdéveloppée de celui-ci ».Simon Johnson décrit ensuite comment l’industrie financière américaine a abandonné lesméthodes expéditives et violentes utilisées dans les systèmes politiques primitifs, ainsi que lespratiques classiques de corruption, pour constituer son influence politique en s’appuyant surune sorte de capital culturel, de système de croyance. Il donne aussi les exemples des allers-retours systématiques opérés par de nombreux grands noms de la finance américaine, entrel’administration de l’Etat et le privé. Pour estimer qu’une génération entière d’homme politiquea finalement été « hypnotisée » par Wall Street. De longues et précises évocations de cettesituation viennent illustrer le propos de l’auteur, qui n’a pas de mal à l’étayer en s’appuyantsur son propre vécu. Avant de décrire les points d’appui sur la base desquels l’industriefinancière a pu se développer, après avoir conquis en quelque sorte le pouvoir sans esclandre.D’où le titre de son article.Sous le sous-titre « les oligarques américains et la crise financière », Simon Johnson en vientaux causes les plus immédiates de cette crise et montre en quoi les autorités comme lesacteurs même de cette crise étaient aveuglés par leurs propres croyances, d’autant plusconvaincus que tout allait bien que cela allait particulièrement bien pour eux. La critique quis’en suit des mesures prises par les administrations successives Bush et Obama est sansappel, expression selon lui de la combinaison d’intérêts qu’elles cherchent à préserver, sansautre justification que ce sont les seules possibles et qu’il faut les accepter sans discussion.L’auteur montre ensuite comment le gouvernement a soigneusement évité de porter atteinte
 
aux intérêts des institutions financières, appuyant son propos sur un décryptage des mesuresqui ont été prises.Comment sortir de cette situation ? Deux situations étroitement connectés entre elles doiventêtre réglées. Celle du système financier, qui fait obstacle à la réussite des plans de relance. Etcelle qui donne au secteur financier un droit de veto sur la politique menée par les pouvoirspublics. Simon Johnson considère que la nationalisation des banques est la seule issue, ilexplique aussi le pourquoi et le comment de cette mesure radicale, selon lui indispensable. Ilestime également qu’une législation antitrust est nécessaire pour le secteur financier, et qu’ilfaut démanteler les grands groupes financiers : « tout ce qui est trop important pour chuterest trop important pour exister ». Et quant à l’oligarchie financière, le conseil que donnerait,selon lui le FMI, à la lumière des expériences qu’il évoquait en tête de son article, ne fait pasdans le détail : « cassez-les ! »La puissance des Etats-Unis leur permettant de survivre dans une situation de crise, entrébuchant sans arrêt sans pour autant tomber, celle-ci peut durer. Deux scénarios sont alorspossibles. Le premier consisterait dans la poursuite de la confusion actuelle, un chaos danslequel les frontières entre la légalité et l’illégalité seraient brouillées, instaurant pour « lespuissants » une grande impunité, une installation dans la crise, avec d’un côté une forteinflation et de l’autre un système de crédit sous perfusion. L’auteur fait référence, à titred’exemple, à la situation de la Russie de ces dernières vingt années.L’autre scénario s’appuie sur la spirale descendante que décrit la crise mondiale, touchant tousles continents, mettant les Etats-Unis à genoux, pouvant créer en retour les conditions d’unsursaut. Des actions décisives seraient enfin prises et les vieilles élites se briseraient.Comme on le peut constater, l’analyse sans concession de Simon Johnson ne brille pas parl’optimisme, mais elle est décapante. Elle décrit un monde, qu’il a fréquenté, qui laisse peu deplace à l’espoir car il est arc-bouté sur son pouvoir, ce qui n’est pas en soi une nouveauté.Version originale:http://www.theatlantic.com/doc/200905/imf-adviceThe crash has laid bare many unpleasant truths about the United States. One of the mostalarming, says a former chief economist of the International Monetary Fund, is that the financeindustry has effectively captured our government—a state of affairs that more typicallydescribes emerging markets, and is at the center of many emerging-market crises. If the IMF’sstaff could speak freely about the U.S., it would tell us what it tells all countries in thissituation: recovery will fail unless we break the financial oligarchy that is blocking essentialreform. And if we are to prevent a true depression, we’re running out of time.bySimon Johnson 
 
The Quiet Coup
Image credit: Jim Bourg/Reuters/CorbisOne thing you learn rather quickly when working at the International Monetary Fund is that noone is ever very happy to see you. Typically, your “clients” come in only after private capitalhas abandoned them, after regional trading-bloc partners have been unable to throw a strongenough lifeline, after last-ditch attempts to borrow from powerful friends like China or theEuropean Union have fallen through. You’re never at the top of anyone’s dance card.The reason, of course, is that the IMF specializes in telling its clients what they don’t want tohear. I should know; I pressed painful changes on many foreign officials during my time thereas chief economist in 2007 and 2008. And I felt the effects of IMF pressure, at least indirectly,when I worked with governments in Eastern Europe as they struggled after 1989, and with theprivate sector in Asia and Latin America during the crises of the late 1990s and early 2000s.Over that time, from every vantage point, I saw firsthand the steady flow of officials—fromUkraine, Russia, Thailand, Indonesia, South Korea, and elsewhere—trudging to the fund whencircumstances were dire and all else had failed.Every crisis is different, of course. Ukraine faced hyperinflation in 1994; Russia desperatelyneeded help when its short-term-debt rollover scheme exploded in the summer of 1998; theIndonesian rupiah plunged in 1997, nearly leveling the corporate economy; that same year,South Korea’s 30-year economic miracle ground to a halt when foreign banks suddenly refusedto extend new credit.But I must tell you, to IMF officials, all of these crises looked depressingly similar. Eachcountry, of course, needed a loan, but more than that, each needed to make big changes sothat the loan could really work. Almost always, countries in crisis need to learn to live withintheir means after a period of excess—exports must be increased, and imports cut—and thegoal is to do this without the most horrible of recessions. Naturally, the fund’s economistsspend time figuring out the policies—budget, money supply, and the like—that make sense inthis context. Yet the economic solution is seldom very hard to work out.No, the real concern of the fund’s senior staff, and the biggest obstacle to recovery, is almostinvariably the politics of countries in crisis.Typically, these countries are in a desperate economic situation for one simple reason—thepowerful elites within them overreached in good times and took too many risks. Emerging-market governments and their private-sector allies commonly form a tight-knit—and, most of the time, genteel—oligarchy, running the country rather like a profit-seeking company in whichthey are the controlling shareholders. When a country like Indonesia or South Korea or Russiagrows, so do the ambitions of its captains of industry. As masters of their mini-universe, thesepeople make some investments that clearly benefit the broader economy, but they also startmaking bigger and riskier bets. They reckon—correctly, in most cases—that their politicalconnections will allow them to push onto the government any substantial problems that arise.In Russia, for instance, the private sector is now in serious trouble because, over the past fiveyears or so, it borrowed at least $490 billion from global banks and investors on theassumption that the country’s energy sector could support a permanent increase inconsumption throughout the economy. As Russia’s oligarchs spent this capital, acquiring othercompanies and embarking on ambitious investment plans that generated jobs, theirimportance to the political elite increased. Growing political support meant better access tolucrative contracts, tax breaks, and subsidies. And foreign investors could not have been morepleased; all other things being equal, they prefer to lend money to people who have theimplicit backing of their national governments, even if that backing gives off the faint whiff of corruption.But inevitably, emerging-market oligarchs get carried away; they waste money and buildmassive business empires on a mountain of debt. Local banks, sometimes pressured by thegovernment, become too willing to extend credit to the elite and to those who depend onthem. Overborrowing always ends badly, whether for an individual, a company, or a country.Sooner or later, credit conditions become tighter and no one will lend you money on anythingclose to affordable terms.The downward spiral that follows is remarkably steep. Enormous companies teeter on the brink
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