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Imagine demain le monde

Imagine demain le monde

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08/12/2013

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   B   u   r   e   a   u    d   e    d    é   p    ô   t    d   e   L    i    è   g   e   X  -   B    i   m   e   s   t   r    i   e    l  -   P   1   0   4   0   3   3
Slo pess
Fermer les
SDUDGLV¿VFDX["
Banques éthiques
 Veiller à son « propre »argent
4XHOOHVVFLHQFHVSRXUOHQRXYHDXPRQGH"
       5        4        1        4        3        0        6        1        8        0        1        3        0        0        0        9       7        0
Quel juste soutien
DXSKRWRYROWDwTXH"8QDFFRXFKHPHQW
ne seréussit pas, il
VHYLW/HMDUGLQLHUPDUDvFKHU
Small is beautiful 
   m   a    i   &    j   u    i   n   2   0   1   3    | 
   n   °   9   7 
    |    6 ,   5   0
     €
Le logement
comme
DQWLFULVH
Louer, rénover, construire écolo-abordable
 
2
[imagine 97]
mai & juin 2013
C’est le printemps pourles banques alternatives,
FHV¿QDQFHXUVGHFKDQ
-gement! Avec l’annonce
GHODFUpDWLRQGH1HZ%¿QPDUVF¶HVWWRXWOHVHFWHXUpWKLTXHTXLHVW
mis en lumière.Sale temps, par contre,
SRXUOHVSDUDGLV¿VFDX[
et pour les banques qui
WUD¿TXHQWGDQVFHVHDX[
troubles. L’affaire
&DKX]DFHQ)UDQFHDXUDGHVpULHXVHVUpSHUFXVVLRQV$O¶pFKHORQHXURSpHQDXPRLQV&¶HVW
le moins que l’on puisse
HVSpUHU
L
ors de la crise financière de2007-2008, trois des quatreplus grandes banques dupays (BNP Paribas Fortis,Dexia et KBC) seraient tombées en faillite si l’Etat n’était pas intervenu à coups de milliardspour les sauver. Du fait qu’elles étaient considérées comme
too big to fail, «trop grandes pour (pouvoir) faire faillite»
,leur chute aurait engendré un chaospréjudiciable pour tous. Via les caissesde l’Etat, les citoyens ont donc dû payerpour les tirer d’affaire.
Les sept péchés capitaux des banques
Cinq ans plus tard, alors que les Etats vont de plans d’austérité en tentatives desauvetage de pans entiers de l’économie,les choses ont-elles fondamentalement évolué chez les banquiers? Jusqu’il y a peu, seulement de façon marginale.Preuve en est la mise en ligne, en octobredernier, d’un site baptisé «Les sept péchéscapitaux des banques» (1), par le députéeuropéen Ecolo Philippe Lamberts, finlimier des pratiques bancaires. Le moinsqu’on puisse dire est qu’il en donne uneimage peu réjouissante
(voir le tableau ci-contre)
. Et l’eurodéputé de dépeindre ences mots les péchés des banques ainsi queles remèdes à leur administrer.
s,AMÏGALOMANIE
leur fait accumulerles risques. Il faut donc procéder audémantèlement des banques dont le bilandépasse les 100 milliards d’euros.
s,ATOXICOMANIE
: à ces dealeuses et consommatrices de produits toxiques(
 subprimes 
, etc.), il faut interdire de mettresur le marché des produits financiers quiprésentent trop de risques.
s,APERVERSION
: elles utilisent l’argent de leurs clients pour spéculer. Il convient donc de contraindre les banques univer-selles à opter pour le statut soit d’unebanque de détail, soit d’une banqued’investissement.
s,EVAMPIRISME
: elles socialisent leurspertes, l’Etat ayant dû intervenir pour lesaider. Pour l’éviter, il faut les obliger àcouvrir leurs dépôts d’épargne.
s,ACUPIDITÏ
: l’accumulation frénétiquedu capital contribue aux rémunérationshors normes des banquiers. Il faut intro-duire une taxation confiscatoire des hautsrevenus.
s,AFOURBERIE
: elles utilisent une mul-titude de subterfuges pour maquiller leurscomptes ou échapper à l’impôt, notamment  via les paradis fiscaux.
«Il est urgent de pénaliser ces pratiques,
préconisele député.
Les sanctions envisageable pourraient inclure le retrait de la licence  bancaire, l’interdiction de faire appel à l’épargne des particuliers ou encore la taxation des flux financiers à destinationou en provenance des filiales situées dans les paradis fiscaux.»
s,IMPRUDENCE
: en empruntant à trèscourt terme sur les marchés financiers, lesbanques financent à moindre coût leursactivités spéculatives, ce qui les fragilisequand le marché se tarit. Pour freiner cephénomène, une mesure parmi d’autresserait de taxer les sources de financement instables.
Les douze valeurs de New B
De même que nous ne changeons pas faci-lement de mutuelle, nous ne changeonspas facilement de banque. Mais tous cescomportements scandaleux ont fini parcréer, chez de nombreux citoyens, uneenvie forte d’autres perspectives pour leurargent.Dans ce contexte, l’annonce de la créationde New B, le 31 mars dernier, constitueune heureuse nouvelle (2). Dans les
 starting blocks 
depuis plusieurs annéesdéjà, cette banque coopérative, soutenued’emblée par une soixantaine d’ONG (unetrentaine d’autres seraient sur le point d’y participer) a connu un démarrageen flèche: 10000 coopérateurs en 48heures! Puis un rythme de croisière s’est installé. Au moment de clôturer la rédac-tion de ce magazine, à la mi-avril, plusde 36500 personnes avaient souscrit unepart symbolique de 20 euros pour exprimerleur volonté de prendre part à la créationde cette nouvelle banque. La décision delancer effectivement les activités sera prisele samedi 6 juillet, lors d’une assembléegénérale des coopérateurs où l’on s’attendà voir des milliers de participants. Lecapital minimum légal pour lancer le projet est de 6,2 millions d’euros.
«Nous avons travaillé pendant une année avec des financiers pour établir un pland’affaires 
, explique Bernard Bayot, direc-teur du Réseau Fa, à la tête du projet dela New B.
 Notre espoir était de rassembler 10000 coopérateurs en cent jours de campagne de recrutement, grâce à des  soirées d’information d’ici fin juin. Mais le succès est tel que nous allons revoir nos chiffres»,
explique-t-il. Et qui sont cescoopérateurs?
«Des personnes proches des mouvements sociaux qui soutiennent directement le projet, mais aussi un plus large public composé de gens qui veulent retrouver leur ancienne banque coopéra-tive par exemple, comme la CGER ou la  Bacob, et qui manifestent leur adhésion à des valeurs positives.»
La New B a inscrit dans ses statuts lesdouze valeurs suivantes:
s,INSERTIONSOCIALE
à travers desdizaines d’associations et des dizaines demilliers de coopérateurs.
s,ASIMPLICITÏ
en proposant aux clientsdes produits et services simples à com-prendre.
s,ASÏCURITÏ
à travers des investisse-ments dans l’économie réelle, en Belgiqueessentiellement.
s,ADURABILITÏ
en excluant tout produit ou projet nuisible à l’environnement et àla société.
s,ATRANSPARENCE
dans toutes les activi-tés de la banque.
s,INNOVATION
en favorisant des solu-tions originales pour le développement d’une économie sociale et écologique.
s,APARTICIPATION
des clients-coopéra-teurs, qui occuperont le siège du conduc-teur lors des assemblées générales.
s,HONNÐTETÏ
par le partage équilibrédes bénéfices entre les épargnants et lescoopérateurs.
s,INCLUSION
via l’accès aux servicesbancaires pour tous.
s,ASOBRIÏTÏ
dans la gestion écono-mique.
s,ADIVERSITÏDESDIFFÏRENCES
cultu-relles et sociales entre les personnes.
s,APROXIMITÏAVECLESCLIENTS
New B a pour objectif d’offrir tous lesservices de base d’une banque ordinaireauxquels le particulier peut prétendre:les opérations sur les comptes courant et d’épargne, les retraits d’argent dans lesdistributeurs Mister Cash et Bancontact,
%DQTXHV
 Veiller à notre
New B, que l’on prononce
New Bee
, comme«nouvelle abeille»? En termes d’image,l’abeille est le symbole par excellence del’économie coopérative.
 
Edito
[imagine 97]
mai & juin 2013
3
ainsi que toutes les formes de crédit.
«Notre objectif est de proposer une  banque qui pèse sur le marché belge. Ce qui implique d’avoir un capital signifi-catif. On parle de plusieurs dizaines de millions au départ. Cet argent viendrait de trois sources: les coopérateurs, qui  seront invités à augmenter leurs prises de  participation lorsque la banque sera effec-tivement lancée. Pour être coopérateur,le plancher est de 20 euros et le plafond de 3000 euros environ, ce qui permet de toucher un dividende de 190 euros par an (6% maximum), sans aucune retenue   fiscale à partir du moment où l’institution sera agréée par le Conseil national de la coopération. Les trois Régions du pays,qui ont aidé financièrement à la réalisationdes études et au lancement de la campagne de recrutement des coopérateurs, seront également invitées à participer à soncapital. Et il y aura enfin des investisseurs  privés, capables de mobiliser rapidement des sommes importantes, ce qui permettra de conserver un rapport acceptable entre le volume de crédits octroyés et les capitaux disponibles.»
Et le personnel?
«Il y a déjà une dizaine de personnes qui travaillent au lancement. Et nous recevons de très nombreuses lettres de candidature émanant de per- sonnes qui occupent des fonctions à tous les niveaux dans le secteur bancaire»
,témoigne-t-il encore.
Triodos: vingt ans d’expérienceen Belgique
«Nous n’avons pas été étonnés de l’inté-rêt suscité par l’annonce de la création de  New B
, réagit Olivier Marquet, directeurdepuis dix ans de la filiale belge de labanque Triodos.
 Nous considérons New Bcomme un allié qui va contribuer à faire croître l’intérêt de la population pour les  banques éthiques. Le nombre de visites  sur notre site a ainsi doublé depuis début avril.»
La banque Triodos est une société ano-nyme créée aux Pays-Bas en 1980. Elle aensuite implanté des filiales dans plusieurspays européens: en Belgique (1993), auRoyaume-Uni (1994), en Espagne (2004)et en Allemagne (2009). L’année dernièreelle a mis un pied en France. En chiffres,Triodos est aujourd’hui la plus grandebanque éthique en Europe, avec 5,3 mil-liards de total de bilan, 437000 clients et 788 collaborateurs.En Belgique, Triodos compte 57000 clientset a octroyé des crédits pour 721 millionsd’euros, principalement dans les domainesdes énergies renouvelables, de l’immobilierdurable, de l’économie sociale et de laculture alternative. L’an dernier, les dépôtsde la clientèle ont dépassé 1,1 milliardd’euros (+ 14%). Le bénéfice net de lasuccursale belge a atteint 9,8 millions en2012. Et le siège, situé rue Haute àBruxelles, compte 91 collaborateurs.
«Sur le papier,
explique Olivier Marquet,
entre New B et Triodos 
,
tous les objectifs  sont quasi les mêmes. Parlons donc de ce qui nous différencie. New B fait le choix de la coopérative, tandis que nous avons fait celui de la société anonyme, il y a plus de  30 ans, parce que cette structure juridique nous paraissait être celle qui nous permet-trait d’assurer la croissance la plus rapide. Nous connaissons en effet une croissance moyenne de 20% par an. Ce qui signifie qu’en crédits octroyés aux clients, il faut assurer une croissance annuelle de 30%,car les crédits s’amortissent. Aller au-delà de 30% de crédits, c’est entrer dans des  zones à risques.»
Selon le directeur de Triodos Belgique,c’est l’accompagnement des clients dansle montage de leurs projets qui fait unebonne part du succès de la banque.
«Unimportante partie de notre métier consiste à bien sélectionner les projets dans lesquels l’argent des épargnants va être investi. Nous devons consacrer du temps et des compétences à la structurationdes crédits. Nous avons développé une  grande expertise dans le financement d’unensemble de secteurs, comme les maisons médicales, les maisons de repos ou encore les éoliennes par exemple, avec 450 mou-lins à notre actif, dont 200 en Belgique. Et  pour ce qui concerne la relation avec nos clients, actionnaires et épargnants, nous organisons chaque année une journée qui est entièrement dédiée à leur écoute.»
Triodos offre déjà tous les services ban-caires liés aux comptes à vue aux Pays-Bas, en Espagne et en Allemagne. Elle vafaire de même en 2014 en Belgique.La crise que connaît le secteur bancaireest favorable aux banques éthiques.
« Le contexte contribue à notre développement 
,constate Olivier Marquet.
 En Espagne,nous ouvrons 5000 à 6 000 nouveaux comptes par mois. C’est la situation glo- bale du pays qui explique cette croissance,ainsi que l’ouverture de points de vente locaux. Nous allons tester ce dispositif en Belgique en 2014. Si c’est concluant, nous ouvrirons des agences dans différentes villes belges.»
Son «propre» argent
Etymologiquement, faire crédit, c’est croire (
credere 
) en quelqu’un ou enune institution. L’épanouissement desbanques éthiques, ce sont des citoyens quiexpriment un profond désir de croire à unautre modèle de relation de l’homme avecl’argent.
«Selon Spinoza, il existe deux émotions   fondamentales: la joie et la peur,
expliquele philosophe Patrick Viveret (3).
 Il faut apporter de l’ 
eros
pour faire pendant au 
thanatos
 , au caractère pathogène du modèle actuel. Au couple démesure-mal de vivre, il faut répondre par le couple positif  simplicité-joie de vivre.»
Et cela passe aussi par l’attention quechacun porte à ce que la banque fait (dedémesuré, de mal ou de triste, de joyeux ou de bien) de notre «propre» argent.
Q
(1) www.pechesbancaires.eu(2) Lire également les interviews dans le supplément
Demain le monde
.(3) Dans un entretien avec Bénédicte Manier, auteur de
Un million derévolutions tranquilles
, Les Liens qui libèrent, 2012.
«propre» argent
PAR!NDRÏ2UWETRÏDACTEURENCHEF 
La météo des banques
/HVFKLIIUHVVXUOHVTXHOVVRQWEDVpVFHWWHPpWpRVRQWVXUZZZSHFKHVEDQFDLUHVHX
Les premiers actionnaires de BNP Paribas sont l’Etat français (17% du capital) et l’Etat belge (11,
%HO¿XVGHVRQF{WpHVWHQWLqUHPHQWSDVVpHDX[PDLQVGHO¶(WDWEHOJH/DTXHVWLRQPDLVTXHIRQWHQFRUHFHVEDQTXHVGDQVOHVSDUDGLV¿VFDX["/¶DIIDLUH&DKX]DFGXQRPGHO¶H[PLQLVWUHIUDQoDLVGX%XGJHWHWIUDXGHXU¿VFDOGHYUDLWFRQWULEXHUjPHWWUHXQWHUPHjFHVSUDWLTXHV
Source : Philippe Lamberts, sur la base des rapports annuels 2011 des banques citées.

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